Chers camarades, je voudrais à mon tour rendre hommage à la détermination et à l’énergie de Ségolène Royal dans cette campagne, ainsi qu’à l’engagement des militants qui s’y sont investis dans toutes les fédérations et dans tout le pays comme l’a rappelé François Hollande.
Il nous faudra, le moment venu, et Vincent a raison, ce n’est pas encore le moment, de tirer toutes les leçons de cette élection, même s’il est normal aussi, Vincent, que nous commencions à les évoquer aujourd’hui, mais nous sommes face à une autre échéance décisive. Et, la priorité, c’est bien de se consacrer à cette élection législative, et cela nous impose unité, solidarité, responsabilité devant les Français et au service de nos candidats.
Car la droite effectivement va maintenant tenter d’accaparer tous les pouvoirs pour imposer toutes les régressions. Les Français attendent de nous que nous nous engagions dans cette bataille rassemblés pour pouvoir les protéger, les défendre avec la plus grande force possible pendant les cinq années qui viennent à l’Assemblée nationale, pour que puisse exister un contrepoids au pouvoir d’un seul homme et d’un seul parti.
Et dans les cinq années qui viennent, et Claude Bartolone y a insisté, il faut que la gauche soit forte, qu’elle soit même plus forte qu’elle ne l’a été après 2002 pour peser, pour faire barrage quand c’est nécessaire, pour proposer d’autres politiques et pour préparer l’avenir.
Alors, dans les quatre semaines qui nous séparent du premier tour de cette élection législative, l’urgence des urgences, c’est le rassemblement, c’est le combat collectif car tout dépend de la force collective du Parti socialiste. Faisons moins entendre de « je », parlons davantage collectif, montrons aux Français que nous sommes à leur service, montrons à nos candidats que nous sommes derrière eux et ne soyons pas d’abord préoccupés par des problèmes de leadership pour dans cinq ans.
Nous devons donc engager cette campagne en faisant tout pour gagner, Claude, là encore, a raison, même si nous savons que ce sera difficile ; et mener un combat offensif sur la base de nos orientations et du projet socialiste pour obtenir le score le plus élevé et remporter le plus grand nombre de circonscriptions possible.
S’agissant des leçons de l’élection présidentielle, et même s’il ne faut jonc pas s’y étendre puisqu’elles devront être tirées avec lucidité, je crois surtout qu’il faudra le faire sans préparation, pas dans les querelles d’appareil, pas dans les luttes de pouvoir. C’est une condition indispensable si nous voulons mener à bien ensuite la refondation socialiste à laquelle tous les efforts devront être consacrés pour préparer la reconquête du pouvoir au cours des cinq prochaines années. Car notre défaite, et en effet c’en est une, appelle cette refondation. Nous avons perdu une élection que nous partions pour gagner et qui pouvait être gagnée parce que, au terme de cinq années au pouvoir, la droite se présentait avec un bilan désastreux, une politique rejetée par le pays et sanctionnée dans les urnes en 2004 et en 2005. Mais, face à une droite qui a reconstruit son discours, assumé son identité, son idéologie, et présenté une offre politique cohérente même si nous en contestons la justice, nous n’avons pu convaincre de la nôtre, de cohérence. La campagne a été enthousiaste, combattive, pleine d’élan, mais la mobilisation en contre ne pouvait suffise à emporter la conviction majoritaire et à assurer la victoire dans un pays en quête de solution.
Il faudra analyser et comprendre notamment pourquoi, alors que le pays attendait un changement et avait conscience de sa nécessité pour sortir de l’ornière, il a choisi celui qui était proposé par le candidat du camp sortant qui a réussi à échapper à son bilan, et non celui que nous aurions pu présenter et incarner.
C’est donc un immense travail politique qui est devant nous, il devra être mener collectivement et impliquer tout le Parti. Il porte sur notre identité de socialistes, notre vision de la France dans un monde qui met au défi son modèle social, mais aussi son rayonnement, son influence et son rang. La France a besoin d’une gauche qui ouvre une alternative concrète à la dérive vers toujours plus d’individualisme, de sauvagerie économique et d’égoïsme social ; une alternative en effet à cette société des golden parachutes, des jets privés et des yachts planqués pour les uns, tandis que les autres n’ont pour seule perspective que les heures supplémentaires, des contrats de travail jetables et la relégation dans des banlieues vidéo-surveillées.
Alors, quel est le projet de la gauche pour la France du 21e siècle ? Quels moyens se donne-t-elle de faire vivre ses valeurs dans une économie de plus en plus financiarisée, bousculée par l’émergence de nouvelles puissances ? Quelle politique propose-t-elle pour renouveler l’état social face à des défis comme le vieillissement de la population ? Des milliers de Français attendent que nous disions plus concrètement quelle autre voie que celle avancée par la droite et les libéraux nous proposons pour restaurer notre compétitivité tout en continuant à lutter contre les inégalités, pour assurer à la fois la création et la redistribution de richesses. Quelles sont nos réponses sur la réforme des systèmes de solidarité collective, les retraites, leur financement, la réforme de l’État, la dette ?
De même, sur le travail, nous avons parlé du plein emploi et de la valeur travail, mais pas assez des conditions de travail, de la précarité, de l’évolution des revenus, et pas seulement du salaire minimum, dans un marché du travail toujours plus instable où même le travail qualifié est exposé aux délocalisations.
Toutes ces questions suscitent beaucoup d’inquiétudes et c’est pourquoi elles appellent des réponses, non seulement de principe, mais précises qui crédibilisent nos intentions et nos choix de société.
Nous n’y sommes pas parvenus de façon complète dans cette campagne parce que nous n’avons pas mené ces débats à leur terme entre nous, et sur ce point, je crois que Dominique Strauss-Kahn a raison. Or, si le pays a montré qu’il peut s’opposer avec virulence aux politiques de libéralisation, et même voter pour nous pour sanctionner un pouvoir en place, il a aussi montré qu’il ne croit pas aux seules bonnes intentions dans un moment où nos partenaires, et notamment l’Allemagne, retrouvent leur compétitivité après avoir engagé des réformes.
Nous ne sommes pas obligés de faire les mêmes, nous pouvons et nous devons inventer notre propre voie, mais les Français savent que nous ne pouvons rester immobiles et ils attendent de la gauche qu’elle dise quel autre changement est possible et non comment échapper au changement. La tâche est immense et elle doit d’abord viser au renforcement du Parti socialiste lui-même qui doit être la matrice de tout futur rassemblement de la gauche et des progressistes. Pour être solide, crédible, répondre à la situation du pays et aux attentes des Français, cette refondation exigera du temps, des débats francs, centrés sur le fond, il y faudra plusieurs grandes conventions thématiques, un travail rigoureux qui puisse déboucher sur des choix solides et clairs, mais légitimes et acceptés par tous.
Elle devra se faire d’abord sur des idées et non sur des personnes, car nos problèmes sont d’abord politiques, ils concernent le fond de nos positions, mais également nos méthodes de travail et d’élaboration. Alors, limitons l’emprise sur nos débats de la personnalisation excessive de la vie politique et de la starisation qui nous font beaucoup de tort.
Concernant la stratégie, ne tranchons pas les options avant de les avoir examinées entre nous, faisons nos choix nous-mêmes après avoir écouté les autres, mais sans nous les faire dicter par la mode du jour. D’une façon générale, d’ailleurs, il ne faut pas que les choix que nous avons à faire nous soient imposés de l’extérieur par le système médiatique.
Le centre, nous n’avons pas à l’aider, nous n’avons pas à crédibiliser l’idée d’un centre qui n’existe pas aujourd’hui en France et dont tous les députés, ou presque, retournent d’où ils viennent, c’est-à-dire à droite. Là où existe un véritable parti démocrate, en Europe ou ailleurs, pense-t-on que c’est vraiment une bonne chose pour les socialistes ? Regardez ce qui se passe en Italie, où cela débouche sur une fusion avec le Parti socialiste dont la première conséquence est la scission de celui-ci car l’objectif d’un parti démocrate, et ce sera celui de Bayrou s’il parvient à émerger en France, n’est pas d’aider les socialistes à gagner, mais de se substituer à eux comme force d’alternance face au parti conservateur. Nos champs politiques se structurent alors dans un face à face entre le parti libéral modéré et un parti réactionnaire ultra conservateur, les socialistes se divisant entre ceux qui rallient les libéraux démocrates et ceux qui, ne l’acceptant pas, se trouvent marginalisés, accrochés à une gauche protestataire, impuissante et sans perspective.
Et le projet de Bayrou, faute de pouvoir le faire au travers d’une représentation parlementaire qui sera réduite, et de tenter de le faire en 2012 en se qualifiant cette fois au deuxième tour devant le candidat socialiste, en comptant sur la porosité que nous aurions entretenue entre notre électorat et le sien, et en tentant de s’approprier le réflexe du vote utile pour mieux battre la droite dure au second tour. Alors, ne l’aidons pas à crédibiliser cette démarche, soyons lucides, l’entreprise de Bayrou ne peut reposer que sur l’affaiblissement et l’éclatement du Parti socialiste. Il n’en reste pas moins que, oui, nous sommes face à un défi nouveau concernant la stratégie d’alliance et le score historiquement faible de la gauche au premier tour le montre, même si tous les électeurs de gauche ne se sont pas portés sur les candidats de gauche lors de ce premier tour. Mais, la première réponse, c’est d’élargir l’assise du Parti socialiste lui-même pour le porter, comme le disait Dominique, au niveau de tous les grands partis socialistes et socio-démocrates, c’est-à-dire aux alentours de 35 %. Il est alors en position centrale pour nouer des alliances qui ne le déportent pas de son orientation, qui ne satellisent pas au bénéfice d’autres, et cela ne peut se faire évidemment que dans la clarté des orientations comme le rappelait le premier secrétaire.
Enfin, nous avons besoin de méthodes pour mener nos débats, veillons à un mode de fonctionnement interne démocratique, reposant sur les militants qui s’engagent activement et durablement. C’est sur ceux que doivent reposer les décisions. Le Parti doit être ouvert aux engagements nouveaux, mais pas manipulés et soumis à tous les mouvements grognants*. Nous avons donc trois temps devant nous : d’abord celui, immédiat, de l’élection législative, qui n’appelle qu’unité, solidarité, ne doit laisser place, ni aux règlements de compte, ni aux auto-proclamations, c’est autour du premier secrétaire, dans un dispositif collectif, que nous avons à mener cette bataille. Deuxièmement, viendra celui de la refondation du Parti socialiste, de son identité, de son projet à partir d’un bilan sérieux de l’élection présidentielle et de l’ensemble de la période qui a précédé. Nous prendrons le temps qu’il faut.
Or, après les législatives, nous aurons à nous opposer à l’Assemblée, aux premières mesures du pouvoir, probablement, cela dès cet été, puis à préparer les élections municipales dans un calendrier que nous ne connaissons pas. C’est pourquoi ce travail de refondation, je crois qu’il sera difficile de le mener avant les élections municipales, même s’il devra être amorcé. En tout cas, je crois que nous gagnerions à tenir notre congrès après cette étape des élections municipales.
Enfin viendra le temps du leadership, sans doute plus tôt par rapport à la date de l’élection présidentielle que nous ne l’avons fait la fois dernière, peut-être deux ans avant, mais ne mettons pas les questions de personnes en premier comme un substitut à l’effort de refondation collective et de débat collectif. Le problème du leadership devra découler du choix que nous aurons fait sur le fond, et non l’inverse. Nous en redébattrons.
Je conclus : notre responsabilité aujourd’hui, c’est l’unité de tous au service des Français, et cela l’emporte sur toute autre considération. La nécessité, c’est aider tous nos candidats, tous nos militants à relever le gant de cette élection. Demain, notre disponibilité à tous, ce devra être de donner tous nos efforts au travail de rénovation politique, ce à quoi nous entendons nous consacrer au service de la gauche, mais surtout et d’abord du Parti socialiste car il n’y a pas d’autre force autour de laquelle structurer la gauche et préparer l’alternative.
Je vous remercie.
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