Parti socialisteParti Socialiste EuropéenLes Jeunes SocialistesLa coopol

Conseil national du 12 mai 2007 : intervention d’Elisabeth Guigou

12-05-2007

Mes chers camarades, nous avons, toutes celles et ceux qui sont intervenus l’ont dit, nous avons devant nous une double responsabilité et nous sommes tous d’accord là-dessus, les législatives d’abord, la refondation après.
Nous avons un accord sur les objectifs, le problème est de savoir comment on va tenir ces deux objectifs. Le premier, sur les législatives, nous savons bien que nous devons nous dire que nous devons nous battre pour avoir le maximum de députés à l’Assemblée nationale pour faire contrepoids, et, pourquoi pas, un contre-pouvoir ? Je crois moi aussi que nous ne devons pas nous interdire de faire ce contrepouvoir. Mais, pour cela, si nous voulons y arriver, je crois qu’il y a une urgence, c’est de mettre fin vraiment aux querelles de chefs. Ces querelles, elles nous font un mal fou, et en plus elles font du mal à ceux et celles qui s’y livrent, qui s’abîment là-dedans.
Je risquerai un conseil, je dirai, comme Vincent tout à l’heure : chut sur nos querelles personnelles. Mais, quand même, prenons la parole pour parler aux Français, tournons-nous vers eux au lieu de faire du nombrilisme. Arrêtons de ressasser nos rancœurs et nos reproches et disons aux Françaises et aux Français ce que nous pouvons leur apporter. Je crois que nous avons à leur dire que ce n’est pas parce que l’élan que nous avons connu, qu’il y a eu de l’enthousiasme dans cette campagne, et moi j’en remercie aussi Ségolène Royal pour cet enthousiasme, et c’est vrai aussi que cet élan a été trop court. Et ça, ça nous imposera d’en tirer des conséquences. Je crois que nous saurons faire taire nos divisions si nous pensons à nos militants et à ces sympathisants qui ont fait cette campagne ardente, enthousiaste, jeune et créative. Je pense que nous saurons le faire si nous privilégions le travail collectif, et là chacun vraiment doit vraiment balayer devant sa porte.
Et je pense que nous le ferons si nous savons regarder les qualités car chacun a ses qualités, ses défauts et ses limites. Si nous savons, en parlant des uns et des autres, ne retenir que le positif, je crois que vraiment nous nous mettrons en meilleure position pour les législatives. Il nous faudra retrouver une éthique de comportement entre socialistes, de la modestie, de l’humilité, de l’esprit de camaraderie, en finir avec le « pousse-toi de là que je m’y mette » qui est notre exercice quand même favori et qu’on a vu un peu revenir ces derniers jours, n’est-ce pas, les ambitions sont légitimes, mais pas au détriment en effet de ce qui doit exister entre nous. Le renouvellement, oui, Vincent, Manuel, ont eu raison d’insister là-dessus en termes de génération, attention à ne pas oublier la diversité, mais pas avec des postures vieilles, convenues, qu’on a trop connues. Et quant à l’auto-proclamation, d’abord ça ne marche pas et, ensuite, c’est toujours un peu ridicule.
Alors, je crois que nous aurons à nous dire aussi, pendant cette campagne des législatives, que nous devons faire attention à la droite, elle est redoutable ! Non seulement il y a un candidat qui a gagné parce qu’il a réussi à unifier toutes les droites, qu’il a réussi à mobiliser tous les siens, qu’il a réussi à siphonner le Front national, mais comment est-ce qu’il l’a fait ? Il l’a fait parce qu’il a construit et reconstruit une idéologie de droite et une doctrine. Et c’est comme cela qu’il a gagné, en n’ayant pas justement à se livrer à je ne sais quelles conclusions ou accords d’appareil. Eh bien, nous devons nous inspirer de ça, moi je n’ai pas peur de le dire.
Alors, pendant cette campagne, d’abord, soyons unis derrière notre premier secrétaire, François Hollande. J’ai été vraiment heureuse de l’entendre et de le voir applaudi à ce point tout à l’heure, et je pense que nous avons, c’est la seule chose que nous ayons à dire, utilisons nos instances, oui, elles existent, elles sont là pour avoir le débat politique. Disons ce qui va arriver après les législatives, parce que c’est cela dont nous devons parler, les quatre franchises, la TVA dite sociale, une politique qui va être bestiale quand même, pour notamment les habitants des quartiers populaires. Nous devrons dire sur quoi nous nous battrons, sur nos thèmes bien entendu, l’emploi pour ceux qui n’en ont pas, mais le travail, la qualité du travail pour ceux qui en ont déjà un et la qualité du travail, cela passe aussi par la rémunération et les conditions de travail. N’opposons pas emploi et travail. Parlons, bien entendu, logement, parlons services publics, disons que nous avons su résister, c’est vrai, avec Jean-Marc Ayrault à l’Assemblée nationale, avec Jean-Pierre Bel au Sénat, nous avons pu éviter, d’abord qu’on adopte le CPE, il y a eu le mouvement social, c’est vrai, mais la bataille à l’Assemblée nationale a existé. Nous avons évité que la loi sru soit démantelée, nous avons réussi à empêcher, jusque-là, la privatisation de Gaz de France et au Sénat et à l’Assemblée nationale nous nous sommes magnifiquement battus contre des lois qui étaient de fur affichage en matière de sécurité. Et puis, battons-nous sur nos valeurs, sur une France diverse qu’il va falloir montrer : la diversité des âges, la diversité des origines, la France multiculturelle qu’on a vue à Charléty et qui était une France, je crois, magnifique.
Battons-nous aussi sans oublier de parler du reste du monde. Nous ne voulons pas d’une Europe alignée sur les États-Unis d’Amérique, nous voulons une Europe forte, nous voulons une Europe autonome et n’oublions pas aussi de dire que nous voulons une Europe qui soit tournée vers la Méditerranée et vers l’Afrique. Je peux vous dire que jeudi dernier quand, à Bondy, j’ai lancé avec nos camarades et nos élus ma campagne pour les législatives, eh bien c’est quand j’ai parlé de ça que j’ai été la plus applaudie, parce que ces populations que nous défendons, elles savent très bien qu’on ne trouvera pas les solutions simplement en faisant du nombrilisme, en étant refermés sur nous-mêmes et en oubliant que nous trouverons des solutions de gauche avec le monde qui nous entoure.
Alors, après ? Deux choses. D’abord, ne confondons pas vitesse et précipitation. Cinq ans, c’est court ; dix ans, c’est long ; et quinze ans, c’est interminable. On a déjà connu cela. J’en tire une conclusion concrète pour ma part : nous devons nous interdire de tenir un congrès avant les élections municipales. Nous savons très bien ce que ça donne, les congrès juste avant les élections, cela ne sert qu’à nous diviser ou alors qu’à faire des synthèses molles qui ne convainquent personnes et qui ensuite pèsent sur la qualité de nos débats.
Il y aura la refondation, tout le monde la veut ici, tout le monde en a parlé, tant mieux, mais pour cela il ne suffira pas de diaboliser Sarkozy, il faudra que nous sachions en effet construire et reconstruire et refonder une véritable doctrine, une véritable idéologie sur les réalités, Dominique a raison, mais aussi sur l’idée que : qu’est-ce que c’est que la gauche dans la société d’aujourd’hui ? Qu’est-ce que c’est que la gauche dans l’Europe et dans le monde d’aujourd’hui ?
Je crois qu’on doit avoir une ambition très haute, là, et en effet tenir les deux branches du réel et de l’imaginaire pour la gauche du 21e siècle.
Enfin, et enfin seulement, il y aura le leadership, mais je crois, comme Henri l’a dit, qu’il découlera de la qualité de notre travail de fond. Ce sera un homme, ce sera une femme, une femme, un homme, quelqu’un qu’on a déjà vu, quelqu’un de neuf… Soyons ouverts, ne nous interdisons rien et disons que, si nous avons renouvelé et montré le visage de l’unité et de la diversité, alors, oui, nous gagnerons en 2012.

Commentaires fermés