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Conseil national du 12 mai 2007 : intervention de Laurent Baumel

12-05-2007

Il est entendu que nous n’engageons pas, dans le Conseil national d’aujourd’hui, une analyse approfondie de la défaite mais, puisque les camarades qui m’ont précédé ont un peu effleuré le sujet, je voudrais à mon tour livrer très rapidement deux réflexions.


Premièrement, je crois que nous avions raison, début 2005, quand dans un texte que tout le monde a oublié depuis nous avions ensemble posé le diagnostic de la fragmentation des couches populaires et moyennes. Car, ce que cette élection a confirmé, me semble-t-il, c’est que, s’il existe dans les faits le clivage entre le capital et le travail, il ne structure plus dans les têtes le comportement politique des français.
Ce qui prend désormais le pas, et cela a été dit ce matin, au sein même des couches populaires et des couches moyennes, c’est un antagonisme entre les inclus et les exclus, c’est l’antagonisme que la droite désigne de façon dangereuse comme étant l’antagonisme entre les salariés et les assistés ; et cet antagonisme, nous le voyons bien, est d’autant plus puissant qu’il se superpose désormais, ne nous voilons pas la face, à une lecture ethnique et raciale des clivages sociaux.
Ce que cette élection a confirmé, c’est que la droite, en France comme partout, dès lors qu’elle bascule du libéralisme vers le populisme, dès lors qu’elle est conduite par un leader habile, capable d’épouser et de manipuler ces antagonismes, le peuple peut constituer autour d’elle un bloc sociologique majoritaire allant des couches populaires les plus intégrées jusqu’à la bourgeoisie aisée. Et ce que cette élection confirmer par conséquent aussi, c’est que la gauche contemporaine, en France comme ailleurs, ne peut faire face structurellement à ce défi que si elle est elle-même capable de produire une offre politique très forte qui fédère les couches populaires et les couches moyennes autour d’un certain nombre d’orientations économiques, sociales, fiscales, fortes et lisibles. C’est ce qui nous a manqué, à l’évidence, et c’est là qu’il faudra reprendre le travail idéologique et programmatique dans les années qui viennent.
Deuxième réflexion, je vais très vite : je crois que nous allons devoir rediscuter très sérieusement de l’analyse que nous faisons de la nature de la crise démocratique française. Tous autant que nous sommes, et à des degrés divers, nous avons eu un peu tendance au cours des dernières années à mettre surtout l’accent sur les problèmes de rénovation institutionnelle, sur les problèmes de dialogue social, sur les problèmes de démocratie participative. Or, nous avons été battus dans cette élection par un adversaire qui, lui, a fait le pari délibéré de l’offre politique ; une offre politique certes contradictoire, certes démagogique, certes simpliste, mais qui s’est présentée formellement comme un ensemble de solutions opératoires aux problèmes des Français. Et, personnellement, cette élection m’a confortée dans la conviction que la crise française est avant tout une crise de l’offre politique et que nous devrons travailler pour montrer que nous avons nous aussi, la gauche, des réponses opératoires aux grandes questions de la période.
Voilà, c’est de tout cela, je crois, que nous aurons à débattre demain, comme nous aurons bien sûr à débattre, cela a été dit, des conditions idéologiques et politiques qui font que ces questions que nous nous posions déjà en 2002, nous n’aurons pas à nous les reposer en 2002.

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