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Conseil national du 12 mai 2007 : intervention de Kader Arif

12-05-2007

Je vais faire court, mes chers camarades, court mais peut-être plus sincère.
Je ne sais pas si je suis la couleur marron de la mosaïque qui a été évoquée tout à l’heure, mais cette couleur marron de la mosaïque, pour être très honnête, elle n’est pas forcément très représentée au sein de notre parti, même si je sens çà et là des volontés pour qu’elle existe.


Mais quand on rentre dans le réel, puisque ça a été évoqué, ou dans le dur, je me pose une question : je me dis que, si dimanche soir, dans cette volonté de renouvellement, ou quand il y a des invitations qui sont lancées dans tel ou tel média, certains représentant cette diversité, représentant ce renouvellement allaient voir leurs camarades pour leur dire : est-ce que tu peux me laisser ta place pour aller sur le plateau de telle ou telle télé ? On connaît la réponse, elle serait non.
Donc c’est du renouvellement, mais pour les autres, c’est la diversité pour les autres, et c’est en même temps la réalité de notre parti. Donc autant se parler très franchement entre nous pour rester dans le peu de sincérité qu’on peut avoir dans nos relations ces derniers temps.
Je voudrais commencer par remercier Ségolène pour la campagne qu’elle a menée en notre nom à tous, pour cette force de mobilisation qui a été la nôtre, pour le courage dont elle a su témoigner dans des moments difficiles face à Nicolas Sarkozy, face à la droite, et saluer aussi, parce qu’on a tendance parfois à l’oublier, je tiens à le faire, tous les premiers secrétaires fédéraux, à travers eux, tous les permanents, à travers eux tous les militants de leurs fédérations et tous les élus de leurs fédérations, parce que sans les fédérations, il n’y aurait pas eu de campagne.
Remercier en même temps aussi les permanents de notre parti, sur le plan national, la direction de notre parti, et en particulier notre premier secrétaire pour la campagne qu’il a menée et pour le courage qu’il a su nous insuffler tout au long de cette campagne présidentielle.
Je ne serai pas long, mais deux questions se posent à nous, elles ont été évoquées.
La première est une question de calendrier. Comment traiter ce calendrier ? Une campagne législative dans laquelle nous sommes déjà inscrits, campagne législative où nous appelons tous à l’unité et au rassemblement ?
Je crois que c’est indispensable, pas seulement en utilisant des mots qu’on a tout le temps utilisés, mais parce que c’est la demande aujourd’hui des militants que de voir un parti rassemblé et uni, et que ceux qui manqueraient à cette volonté d’unité et de rassemblement le payeraient de manière assez forte dans leurs relations aux militants de notre parti.
Unité et rassemblement, mais en même temps, unité et rassemblement qui doivent s’inscrire non pas… Vincent, tout à l’heure, de manière très rapide, presque brutale, a dit qu’il était interdit de parler. Moi, je n’ai pas l’impression, chers camarades, depuis dimanche soir, qu’un certain nombre de nos leaders aient été interdits de parole, et que ce qui a le plus gêné nos militants depuis quatre jours, c’est les interventions de telle ou telle personnalité par tel ou tel média, ou dans tel ou tel média plus que l’idée que ce parti ne donnerait pas la parole à certains de ses leaders.
Donc je crois que la parole n’est pas interdite, pour autant que la parole soit portée par le sens de l’intérêt général. Mais nous vivons, dans notre parti, cela a été évoqué avant moi, ici, au bureau national, au secrétariat national, non pas dans le sens d’intérêt général, mais dans une espèce de somme d’individualités, et où le mouvement, l’idée du mouvement serait en même temps et le contenant et le contenu et l’action, c’est-à-dire qu’on ne pense pas au contenu, il faut bouger, il faut dire que cela a été partagé ou pas avec les camarades.
Donc moi, je suis contre le fait qu’on veuille accélérer les choses, pour non pas la défense de l’intérêt général, mais pour, parfois ou souvent, seulement le sens de l’intérêt particulier.
Le deuxième temps de notre calendrier, chers camarades, c’est le temps de la préparation justement de ce contenu qui a été évoqué ce matin.
Je sens bien, pour avoir écouté les uns et les autres, qu’on voudrait précipiter le mouvement pour éventuellement précipiter un congrès. Je crois que ce serait une erreur que de vouloir un congrès qui se passe dans les deux, trois prochains mois.
Un congrès, pour quoi faire ? Un congrès sur quel contenu ? Un congrès sur quelle base de travail collectif que nous aurions ? Et un congrès d’ailleurs qui serait au mois de novembre, à quelques semaines d’élections municipales que nous avons perdues en 2001, et où on mettrait nos candidates et nos candidats dans une drôle de situation de que voir un parti déchiré, explosé ou il n’y aurait que des personnalités qui seraient exprimées sans contenu, et on ne mettrait pas là-dessus nos camarades pour les élections municipales et cantonales dans les meilleures conditions. Donc je vous demande d’y réfléchir là aussi collectivement.
Donc je suis pour un congrès qui se passe, si les élections municipales sont maintenues au printemps prochain, après les élections municipales et cantonales.
Et entre temps, travaillons entre nous. Nous avons la matière, ça a été dit aussi, nous avons le contenu nécessaire entre le travail fait entre 1995 et 1997 sous l’égide de Lionel Jospin et des camarades à la direction du parti qui l’entouraient, mais tout le travail que nous avons fait, que l’on a tendance à oublier, qui nous permet de nous appuyer sur un socle pour, appelons ça comme on veut, assises de la transformation, assisses de la rénovation, mais nous permettre demain de dégager, éventuellement de prendre des positions, de nous déclarer sur des choses de fond et non pas seulement sur de la forme.
Je suis déjà trop long, et je ne vais pas répéter ce qui a été dit, mais je ne fais pas partie des gens qui considèrent que la société s’est droitisée, parce que le PC l’a fait avant nous, échec après échec, de considérer que ce n’était pas sa faute à lui, mais la faute de la société. Non, je considère que la société ne s’est pas droitisée, cela a été dit avant moi, et que nous avons là-dessus à réfléchir. Mais réfléchir non pas en essayant de créer dans une main tendue qui serait trop rapide par rapport à des forces qui sont marquées encore aujourd’hui à droite, je parle de François Bayrou, pour essayer de l’aider, lui, à se construire, non, il me semble important qu’on puisse déjà construire au sein du Parti socialiste, construire la gauche, et ensuite savoir les gens qui, sur cette base, seraient amenés à nous rejoindre pour construire ce qu’a dit tout à l’heure Benoît, un socle à 30, 35 % qui nous permette d’être à la hauteur des grands partis socio-démocrates socialistes européens, et pas sur la même ligne politique que la plupart d’entre eux, mais sur une ligne politique parce que n’ayons pas honte* d’être socialistes français, et la modernité n’est pas pour moi, ou la rénovation n’est pas pour moi un changement de ligne politique ou une rupture avec notre histoire.
Donc, le meilleur service à rendre, chers camarades, ça a été évoqué tout à l’heure, c’est aussi de ne pas se payer de mots. Je l’évoquerai à travers seulement un élément. On s’est tous félicité les uns derrière les autres de ce vote massif, des chiffres ont été évoqués, dans les quartiers populaires… C’est plutôt les cités d’ailleurs que les quartiers populaires, il faut faire la distinction quand on regarde les choses précisément. Donc c’est plutôt dans les cités. Mais dans les cités, la demande, et je ne vais pas le faire de manière trop facile ou trop brutale, trop caricaturale en considérant qu’il n’y avait qu’un vote anti-Sarkozy, je pense qu’il y avait une vraie demande de citoyenneté, je pense qu’il y a une vraie demande d’intégration républicaine, je pense que ces jeunes qui se sont exprimés ont envie de prouver qu’ils sont citoyens et citoyennes français et qu’on puisse aussi leur donner leur chance.
Mais ne nous trompons pas, chers camarades, ce n’est pas aujourd’hui un électorat qui a voté pour le Parti socialiste ou qui est ancré auprès du Parti socialiste, si nous ne faisons pas l’effort de lui donner non seulement des symboles, mais des signes forts de notre intérêt pour lui.
Je pense que la droite sur cette question fera les gestes nécessaires. Les connaissant un peu ces quartiers, si demain, citons des noms, Rachida Dati est ministre dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, ce sera un signe fort qui sera adressé à cet électorat-là, mais auquel cet électorat-là sera très sensible, quand nous sommes dans l’incapacité, je le vois aujourd’hui dans les débats dans les fédérations, parfois de défendre des candidates ou des candidats issus de l’immigration ou issus de la diversité dans nos propres fédérations. Faisons attention à cela, chers camarades.
Le meilleur service à rendre aussi, c’est de rester dans cette unité, dans ce rassemblement, de ne pas balancer le bébé avec l’eau du bain, de s’appuyer sur ce que nous savons faire collectivement, de s’appuyer sur notre force collective, de s’appuyer sur le talent de notre premier secrétaire, sur le talent de nos différentes personnalités, sur cette capacité que nous aurons à construire ensemble, c’est le meilleur service que l’on pourra rendre à court terme à nos candidates et à nos candidats aux législatives, le meilleur service que l’on pourra se rendre à moyen terme pour le Parti socialiste, mais le meilleur service que l’on pourra rendre à la gauche, à nos concitoyens et au peuple qui nous attend. Merci.

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