Intervention de Pierre Mauroy au meeting de Lille du 3 mai 2007
Mes chers amis, mes chers camarades, merci à vous tous d’être là ce soir. Vous êtes des milliers venus du Nord, du Pas-de-Calais et d’ailleurs pour écouter Ségolène Royal, et je sens bien qu’avec vous, est engagée une dynamique qui rend désormais la victoire possible.
Je m’associe aux mots d’accueil de Gilles Pargneaux, l’accueil des amis parisiens, des dirigeants des formations de gauche, et je suis particulièrement sensible à la présence des représentants du Parti socialiste européen et de ceux qui représentent l’internationale socialiste.
Mes amis, c’est à la huitième campagne présidentielle à laquelle je participe. Je peux vous dire que, si aucune n’a ressemblé à une autre, à chaque fois, les maîtres mots pour gagner ont été les mêmes, c’est-à-dire le rassemblement et ensuite la volonté de l’emporter. C’est une affaire de conviction, d’énergie et d’enthousiasme.
Sur tous ces points, la campagne de Ségolène a été remarquable, alors qu’au cours de ces longues semaines, rien ne lui a été épargné.
Ce soir, à Lille, à l’occasion de ce grand meeting, je veux rendre hommage à son courage, à sa pugnacité, à son sens politique et à sa compétence, à toutes ses qualités qu’elle a manifestés de manière éclatante lors de son excellente prestation dans le débat télévisé d’hier soir.
Chacun l’a compris, elle est digne d’exercer les plus hautes fonctions de la République.
Dans cet exercice difficile, elle a imposé ses idées avec force et clarté, démontrant combien son projet et le projet qu’elle porte était clairement celui de la solidarité et du progrès social, face à celui d’une droite autoritaire, démagogique et inquiétante.
Oui, la victoire est possible, et dans quarante-huit heures, nous aurons l’occasion de vivre un moment historique : l’élection de la première présidente de la République. Cette victoire constituera un pas de géant pour la France et pour la condition des femmes dans la longue marche engagée avec la gauche pour leur émancipation.
Sa campagne de proximité et d’écoute a permis de rassembler le peuple de gauche, chacun avec sa singularité vient enrichir le pacte présidentiel.
Mais aujourd’hui, ce rassemblement est beaucoup plus large encore, comme le prouve ce grand rendez-vous populaire de Lille. Ici, dans ce vaste palais des expositions, venus de la métropole, du littoral, du sud, du nord, du Pas-de-Calais, vous êtes tous là, ouvriers, employés, fonctionnaires, salariés et cadres, peuple du progrès, je vous salue.
Tous, vous êtes présents avec votre espoir et votre détermination pour faire barrage à une droite dure, une droite telle que nous n’avons pas connue depuis cinquante ans.
Son programme est simple, il s’adresse avant tout à ceux qui ont déjà réussi, à ceux qui ont de l’argent, du pouvoir et de la chance. Nous sommes, nous, les héritiers de ceux qui défendent le progrès, le développement, de ceux qui respectent les hommes et la terre, de ceux qui veulent favoriser une économie plus performante pour mieux répartir les richesses.
Mardi 1er mai, j’étais avec François Hollande à Fourmies où, en 1891, des hommes, des femmes et des enfants ont été tués par la troupe alors qu’ils revendiquaient déjà la journée de huit heures. Au cœur de cette ville, qui conserve dans sa mémoire le souvenir de l’une des répressions les plus violentes contre la classe ouvrière, nous avons rappelé la puissance des conquêtes et des réformes engagées par la gauche.
Cette histoire est la nôtre. Elle est celle de Jaurès, elle est celle de Blum, et ici, à Lille, de Salengro. Nous en sommes les héritiers et les dépositaires. Les vôtres, Monsieur Sarkozy, en ont toujours été les adversaires. Jamais vous n’aurez la légitimité pour capter l’héritage de ces figures emblématiques dont nous perpétuons la mémoire.
Ce soir, sur cette terre du Nord, je veux lancer un appel solennel aux ouvriers, aux salariés, mais aussi aux chômeurs, aux travailleurs pauvres, à ceux qui n’ont ni logement décent, ni espoir : s’ils le désirent, dans quelques jours, c’est leur présidente qui sera au pouvoir.
Avec son programme, elle pourra œuvrer pour les protéger, renforcer leurs droits plutôt que de les brader, améliorer leur pouvoir d’achat plutôt que de leur proposer de travailler plus, leur trouver un emploi plutôt que de frayer du côté de la haute finance des patrons indignes et des parachutes dorés.
Nous refusons cette société dans laquelle des patrons partent avec un magot de plus de huit millions et laissent dix mille salariés sur le carreau.
Car enfin, à qui appartient cet argent ? Il n’appartient pas seulement à ceux qui siègent dans les conseils d’administration, pas seulement aux actionnaires, il appartient aussi aux ouvriers, aux cadres, aux ingénieurs, aux techniciens, à tous ceux qui, par leur force et leur travail, créent la richesse.
Quand on se pique de revaloriser le travail, n’est-ce pas aussi en faveur des salariés que l’effort doit être porté ?
Pour nous, tout n’est pas chiffres, bilan, profit, nous luttons pour que, autant que la politique le permette, chacun s’épanouisse dans sa vie, dans sa famille, dans son travail, bref pour que chacun trouve sur cette terre le chemin du bonheur.
Dans la France que veut dessiner M. Sarkozy, y a-t-il une place pour le bonheur de chacun et de tous ? Le bonheur sera-t-il encore possible ? Il est permis d’en douter car, depuis cinq années, toute votre politique a accentué les inégalités sociales, renforcé la précarité, accru les difficultés des plus modestes, et augmenté les violences sur les personnes.
Il est vrai qu’à droite, personne, absolument personne n’assume ni ne revendique le bilan de la majorité sortante, tant il est calamiteux. Nous assistons là à une grande première : sans vergogne, M. Sarkozy a tiré un trait sur cinq ans d’action gouvernementale, sur cinq années de son action. Faut-il qu’il la trouve si médiocre pour la passer sous silence ?
Quand plus tard les historiens étudieront cette période, nul doute qu’ils en parleront comme les années blanches de la République.
Je concède avec regret que cet habile escamotage, que ces manipulations ont, chez certains, atteint leur objectif. Mais vous tous qui êtes présents, sans doute connaissez-vous autour de vous des amis, des parents, des collègues qui hésitent encore à nous rejoindre, impressionnés par ce numéro d’illusionnisme. Pourtant, la société de Sarkozy, nous la connaissons depuis cinq ans, c’est celle qui a échoué en matière de chômage et qui, pour se dédouaner, n’hésitent pas à maquiller les statistiques. C’est celle qui ne cesse d’accroître la précarité, c’est celle dans laquelle explose le nombre de RMIstes, c’est celle où disparaît le contrat à durée indéterminée, remplacé par les contrats à temps partiel et les petits boulots. C’est celle où les logements sociaux font cruellement défaut, c’est celle qui marginalise les jeunes.
Ségolène Royal, elle, propose un modèle exactement opposé à cette société dure avec les faibles et complaisante avec les forts.
Alors, demain, tous ensemble, avec Ségolène, nous augmenterons le SMIC à 1 500 euros et les petits salaires. Dès les premières semaines, nous provoquerons une conférence nationale avec l’ensemble des partenaires sociaux pour décider de ces revalorisations.
Mes amis, il nous reste quarante-huit heures pour gagner, pour convaincre les indécis et faire le choix du vrai changement, celui que les Françaises et les Français souhaitent ardemment.
A l’heure qu’il est, chaque voix compte. C’est à vous, c’est à nous d’aller les chercher une par une. L’enjeu est crucial, la victoire est à ce prix. La victoire pour ce dimanche, nous la voulons tous, avec Ségolène Royal, avec la France présidente, c’est-à-dire avec vous. En avant pour Ségolène et pour la victoire, merci.
