Intervention de Martine Aubry au meeting de Lille du 3 mai 2007
Mes chers amis, mes chers camarades, grâce à vous, une fois encore, Lille est au rendez-vous. Lille est au rendez-vous parce que vous êtes là. Lille est au rendez-vous parce que vous venez de toute la région, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, et parfois bien plus loin, autour de Pierre Mauroy, de Daniel Percheron, de Bernard de Rozier, de Dominique Dupilet, de Gilles Pargneaux et de Serge Janquin.
Mais aussi, vous êtes là, toute la gauche rassemblée, et nous savons que nous avons toujours gagné dans l’union.
Je salue Jean-Michel Baylet, Jean-Pierre Chevènement, je salue tous les militants de la gauche qui sont ici, Michèle de Messine, du Parti communiste, les Verts qui sont là, cette union que nous attendons.
Nous pouvons aussi nous réjouir vivement de la présence d’Elio di Ruppo, qui est toujours là, notre camarade et notre frère du parti socialiste belge. Nous serons à ses côtés le 10 juin, de toutes nos forces, puisque c’est son slogan, pour gagner en Belgique.
Je salue Piero Fassino qui, avec Romano Prodi, a su faire le large rassemblement qui les a menés au gouvernement.
Et puis permettez-moi de saluer Jacques Delors. Je sais que j’ai la chance de l’avoir pour père, mais je sais aussi que beaucoup de Français seront heureux de le voir ici ce soir pour ce qu’il a apporté à la France et à l’Europe.
Mes chers camarades, mes chers amis, entre le Nord et la gauche, c’est une longue histoire, une longue histoire d’amour. Le socialisme est né ici, dans le Nord, du combat des ouvriers, de l’humanisme et de la recherche de toujours plus de démocratie. Nous sommes les héritiers de Jaurès, de Jean Lebas, de Léo Lagrange, et je voudrais dire ici, très simplement, que Nicolas Sarkozy a osé dire il y a quelques jours que nous avions oublié et enterré Roger Salengro, qui est mort à cause de calomnies, et qui a réalisé une grande action dans toute notre région et communiste du Front populaire.
Eh bien, n’en déplaise à tous ceux-là, nous sommes ici les héritiers du grand mouvement ouvrier. Nous sommes les héritiers de ces premiers socialistes, et c’est lui raison pour laquelle nous avons été heureux et fiers de défendre le pacte présidentiel de Ségolène.
Je voudrais dire les choses simplement. Nous sommes à trois jours d’un choix majeur, un choix de société et un choix de vie pour nos concitoyens. Les Français ont compris la gravité de la situation, ils ont voté en masse le 22 avril pour garder les deux candidats qui présentent deux projets complètement opposés de société.
Mais aujourd’hui, les Français ne peuvent plus dire : « La gauche et la droite, c’est pareil », car depuis 2002, la droite, c’est sur la sécurité le spectacle plutôt que l’efficacité, malgré les lois votées à grand renfort de marketing. Eh bien, reconnaissez votre échec sur la sécurité, M. Sarkozy ! Ne vous dérobez pas, comme vous l’avez fait hier devant les Français, sur l’emploi, c’est la lutte contre le chômage abandonnée contre la lutte pour les chômeurs, les chômeurs montrés du doigt, c’est la régression sociale sur le pouvoir d’achat, c’est les services publics démantelés, c’est la division des Français et la stigmatisation des jeunes, c’est le rejet des immigrés. En tout cela, Nicolas Sarkozy est responsable, et la première qualité d’un homme d’Etat, comme le lui a rappelé Ségolène avec force hier soir, c’est d’assumer ce qu’il fait.
Mes camarades et mes amis, et je m’adresse aussi aux Français, il n’y a qu’un seul projet pour Sarkozy : récidiver ! Récidiver les erreurs, récidiver les régressions sociales.
A qui fera-t-on croire qu’avec M. Fillon, qui a rabaissé le paiement des heures supplémentaires de 25 à 10 %, qui a supprimé les emplois jeunes, qui a arrêté les 35 heures, avec M. Bertrand, qui a abandonné l’hôpital public pour les grands intérêts pharmaceutiques et les cliniques privées, a qui fera-t-on croire qu’il est l’homme du changement ?
Alors, Nicolas Sarkozy a un modèle en tête : il encourage la loi du plus fort, qui crée les inégalités, et c’est toujours la violence qui répond aux inégalités, à côté de chez nous, et dans le monde, quand montent les intégristes. Ce modèle est l’inverse de celui qu’a proposé Ségolène : une France juste qui sera forte et apaisée, qui se regardera et regardera l’avenir avec confiance. Ségolène, dont les premières mesures iront vers les Français : augmentation du pouvoir d’achat, des salaires, des petites retraites, de l’allocation handicapés, et priorité à l’emploi.
Lui, Sarkozy, propose une sixième loi sur la sécurité, c’est bien la preuve que les cinq premières n’ont pas marché.
Et puis Ségolène répond à la loi du plus fort : nous voulons émanciper chaque homme et chaque femme, car lorsqu’on est à gauche, il n’y a pas de liberté sans égalité. Alors oui, priorité à l’éducation, priorité à la santé, priorité au logement, priorité aux droits fondamentaux.
Avec Ségolène, c’est un pays réconcilié avec lui-même, c’est une France républicaine avec plus de démocratie, c’est une France fière d’être de toutes les couleurs, et qui traite de la même manière tous ses enfants. N’ayons pas peur de dire dans ces derniers jours que l’immigration n’est pas une affaire de stock et de flux, que ce sont des hommes et des femmes qui ont voulu fuir la misère, la guerre, pour venir chez nous. Les Français le savent. Ils le savent quand ils pleurent, quand ils voient des enfants maliens qui sont morts dans les trains d’atterrissage des avions, ils le savent et ils pleurent quand ils voient les barques qui se renversent aux pieds de l’Espagne de l’Italie. Ils ont vu ces baskets et ces tee-shirts accrochés aux grilles de Saita* et Melilia*, quand l’Afrique noire vient vers nous parce qu’elle n’en peut plus de mourir. Eh bien, les Français ont été là aussi auprès des parents des enfants scolarisés. La France est métissée, oui, elle est métissée. Elle a raison de le dire, Ségolène. Nous leur donnerons à tous les mêmes droits, et notamment le droit de vote.
Je termine en disant que, face à ces valeurs d’humanisme, de solidarité, non seulement aucune voix de gauche ne doit manquer le 6 mai à Ségolène, mais je voudrais dire un mot pour ceux qui hésitent encore, qui ne sont pas de la gauche, qui ont les mêmes valeurs d’humanisme, de justice et de respect. Puis-je me permettre de vous lire quelques lignes de ce que disait ici même François Mitterrand trois jours avant la victoire de 1988 :
« Elargir ses horizons ne contraint pas à abandonner la route où l’on se trouve. Moi, je suis socialiste, et si je n’entends pas que tous ceux qui vont nous rejoindre partagent cette conviction, je sais la nécessité de réunir, dans les combats qui nous attendent, le plus d’hommes et de femmes qui acceptent de se comprendre, de parler ensemble, jusqu’à constituer une foule immense qui vienne délivrer les souffrants, les exclus et les abandonnés. » Voilà ce que l’on doit dire aux Français.
Mes amis, mes camarades, la France n’a jamais été aussi forte dans son histoire que lorsqu’elle a vécu en fraternité et ouverte vers les autres.
Donc je dis clairement à M. Sarkozy que la France que nous n’aimons pas, c’est la sienne, mais nous n’allons pas la quitter, nous allons la changer, avec Ségolène !
C’est la France de la fraternité, de la solidarité qui sera là le 6 mai avec Ségolène, c’est la France que nous construirons. Et elle, qui va nous rejoindre dans quelques instants, je dis : Ségolène, je sais que le 6 mai, tu penseras à nous, gens du Nord, qui t’avons portée de ce soir à Lille à la victoire.
Alors en route, mes camarades !
