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Discours de François Hollande – Hommage à Gaston Defferre – Marseille le 5 Mai 2006

05-05-2006

Madame Edmonde Charles-Roux, Mesdames, Messieurs,

Je viens ici, au nom du Parti socialiste, saluer 20 ans après, la mémoire de ce qui reste pour nous une fierté : Gaston Defferre.

D’autres qui l’ont mieux connu que moi, ici présents, qui l’ont accompagné dans son parcours militant, dans sa ville de Marseille, au gouvernement, au Parlement, pourraient trouver dans sa vie suffisamment de références que je ne peux pas, moi-même, user.

Je viens ici comme Premier secrétaire du Parti socialiste qui n’a pas connu Gaston Defferre, ou plutôt qui l’a regardé. Je viens donc faire ce travail de mémoire, de continuité, pour trouver dans le passé ce qui peut, encore aujourd’hui, dans le moment actuel, nous servir de référence et de guide.

Finalement, il y a dans chaque homme ou femme qui a laissé une trace à la fois les souvenirs dont on peut, à longueur de réunions, rappeler et les actes qui, eux, restent dans l’Histoire.

Gaston Defferre aura su conjuguer trois valeurs essentielles : le courage, l’honneur et l’efficacité. On peut parfois avoir du courage et perdre l’honneur. On peut avoir du courage et de l’honneur et ne pas être toujours efficace. On peut parfois être efficace sans honneur et sans courage. Ce qui est sûr, c’est que Gaston Defferre, lui, savait toujours être au rendez-vous du courage, de l’honneur et de l’efficacité.

Je veux saluer Gaston Defferre d’abord comme socialiste, parce qu’il était d’abord un socialiste. Entré à la SFIO en 1933, il a pris part aux belles victoires du Front Populaire ; il était exalté, partisan et, surtout, adhérent de ce grand mouvement qu’est le socialisme. Il ne lui fut jamais déloyal, au contraire. Il participa à la vie tumultueuse de la SFIO, fut un opposant à la direction du Parti à cette époque –il faut toujours saluer ses opposants. Mais, il fut d’abord un responsable du Parti capable de le représenter dans les moments les plus difficiles. Jean-Noël Guérini a souligné une date qui fut cruelle, 1969 et sa candidature à l’élection présidentielle, mais qui fut en même temps l’occasion d’un nouveau rebond. Puis, il participa à la fondation du Parti socialiste en 1971 avec François Mitterrand. Son choix, là aussi, fut décisif dans ce Congrès d’Epinay ; il permit le redressement et ce qu’est aujourd’hui le Parti socialiste, avec ses forces mais aussi ses faiblesses.
Il fut aussi, à partir de 1962, Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, sans discontinuité jusqu’en 1981, date de son entrée au gouvernement. Je veux donc saluer le militant.

Mais, je veux saluer le Résistant qui a sauvé l’honneur du Parti socialiste -avec beaucoup d’autres ici présents- pendant la guerre dès 1940 ; il constitue des réseaux sous un nom d’emprunt « Denvers » et est le chef d’un réseau resté célèbre « Brutus » avec lequel il poursuit des missions à Alger, à Londres. Il devint d’ailleurs rapidement un chef estimé de la Résistance de l’intérieur.

Je veux saluer aussi le Ministre. Le Ministre de l’outremer, notamment, de 1956 à 1957, qui a contribué à la décolonisation. Il a fait un acte fondateur d’émancipation de ces territoires jusque-là dans « l’empire » français, dans la République. Il fut aussi, à sa façon, décolonisateur en 1981. Je prends le mot à dessein, puisqu’il l’utilisa lui-même, en considérant qu’il fallait aussi « décoloniser la métropole » en faisant la décentralisation. Notre territoire ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui s’il n’y avait pas eu les lois Defferre sous l’autorité de François Mitterrand et de Pierre Mauroy.

Il y a aussi Gaston Defferre, maire de Marseille. Là, vous en savez plus que moi. Maire durant 33 ans… C’est beaucoup, c’est exceptionnel, surtout à Marseille. Cela doit rester exceptionnel. Il faut donc faire en sorte de rappeler le rôle de Gaston Defferre, maire de Marseille. Et, s’il y a trois actions engagées par lui qui restent à la vue de tous, c’est ce qu’il a fait pour les grands travaux, ce qu’il a fait pour le logement et pour la santé, même si je n’oublie pas l’homme de culture.

Le Parti socialiste est fier d’avoir pu compter en son sein un homme qui aura, à la fois libéré le pays, décolonisé l’outremer et émancipé la République à travers ses territoires. On disait qu’il était à la fois épris de liberté et enclin à l’autorité. Je le crois assurément. Il nous a donné la liberté par son action de résistance, par son travail de Ministre et de parlementaire. Pour l’autorité, beaucoup l’ont éprouvée ici –parfois à leurs dépens. Mais, il mettait son autorité au service de la liberté. On disait qu’il était ponctuel –une qualité rare surtout au sein du Parti socialiste et des hommes prestigieux y ont fait aussi exception. En revanche, tous ceux qui ont servi le Parti socialiste, comme Gaston Defferre, comme François Mitterrand et comme ceux qui sont ici encore aujourd’hui, doivent comprendre le message : être ponctuel autant qu’il est possible, être fidèle, fidèle à la mission qui nous est confiée collectivement.

Gaston Defferre, lui, a été fidèle à sa ville, à la France et à l’idéal internationaliste qui l’animait. Soyez donc fiers d’avoir connu Gaston Defferre. Je suis fier, comme socialiste, qu’il ait adhéré un jour à mon Parti.

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