Chers Amis,
Je reviens de Madrid où j’y ai retrouvé tous les socialistes européens réunis autour et de Zapatero –Président du gouvernement espagnol- et de Poul Rasmussen –Président du Parti socialiste européen. Nous avions simplement à nous réunir pour -dans le cadre de cette future Constitution- déjà élaborer ce que serait le programme des socialistes dans les cinq ans qui viennent.Je dois vous dire que la discussion a certes porté sur ce que nous pourrions faire, mais a tourné autour de ce que les socialistes français allaient faire.
Beaucoup de dirigeants, la plupart, socialistes européens, Chefs de gouvernement ou d’opposition dans leur pays, se tournaient vers moi, avec inquiétude le plus souvent, consternation parfois. Mais, je leur disais de ne pas nous regarder comme si nous étions différents d’eux. Nous sommes socialistes, nous sommes européens. Nous avons choisi de consulter nos adhérents sur la réponse à faire et ils ne peuvent pas la préjuger. Ils peuvent simplement l’espérer. Et ce que nous, socialistes français, leur demandons, c’est de nous dire quelles sont les raisons qui les conduisent à voter “ oui ” au Traité constitutionnel.
Tous les partis socialistes européens, tous, ont apporté au même texte –celui que nous avons adopté à Madrid- la même réponse : c’est un progrès, c’est une avancée, c’est un moment historique même pour l’Europe de pouvoir se retrouver, enfin, autour d’une Constitution, en portant les mêmes valeurs, en fixant les mêmes objectifs et en défendant les mêmes droits –ceux qui figurent dans la Charte des droits fondamentaux. Les socialistes européens nous demandent donc de voter ce texte.
Nous allons avoir un choix très important à faire le 1er décembre. Je ne regrette pas du tout le débat que nous avons ouvert. Il est difficile ; il est risqué ; il est en même temps la confirmation de ce que nous voulons faire pour notre parti. Il est difficile parce qu’il faut lire le texte, même s’il ne faut pas le connaître par cœur –le 1er décembre n’est pas une composition écrite. Mais, je suis conscient que pour beaucoup de nos camarades, cela a été un exercice particulièrement âpre que de regarder ce texte. Ce n’est pas un roman policier. C’est un Traité, une Constitution, avec des valeurs, des engagements et des politiques au nom de principes que nous partageons. C’est un exercice risqué, car la démocratie est toujours risquée car on doit construire une réponse pour qu’elle soit approuvée ou refusée. Il y a eu aussi votre volonté d’être informé, de connaître les arguments des uns et des autres pour, ensuite, formaliser votre réponse.
Ce n’est pas forcément le “ oui ” qui va gagner, mais ce n’est pas nécessairement le “non ”. Je ne connais d’ailleurs pas de sondage à l’intérieur du Parti socialiste. La réponse sera celle que chacune et chacun vont faire, en conscience, en liberté et je ne préjuge pas des choix en fonction des indications des élus, des responsables.
Vous allez prendre ce qui vous paraît le meilleur de ce que vous avez entendu ; mais vous allez d’abord agir en socialistes, c’est-à-dire en militants capables de former une réponse qui n’est pas en fonction d’une humeur, qui n’est pas en fonction de notre situation d’opposition aujourd’hui, mais en fonction de votre engagement de socialistes et d’européens. Vous n’allez pas choisir votre réponse en fonction de celle que vous supposez être la réponse de nos électeurs –qui, généralement, sont plutôt favorables au Traité constitutionnel. Vous n’allez même pas faire votre réponse en fonction de ce que pourraient répondre les Français au moment du référendum, parce que vous savez qu’en politique, on ne doit pas forcément anticiper sur ce que pense, souhaite le peuple. Si nous avons fait le choix de nous engager dans un parti, de militer, c’est parce que nous pensons que par notre intervention, notre conviction, nous pouvons construire le résultat que nous espérons. Le rôle d’un dirigeant ou d’un militant politique, c’est d’éclairer l’avenir, c’est de dire ce qui est juste ou pas pour son pays, pour son parti et, en l’occurrence aujourd’hui, pour l’Europe. Ce n’est pas d’essayer de préempter un enjeu à des fins personnelles, ce n’est pas d’essayer de penser que la réponse des Français doit obligatoirement être la nôtre. C’est pourquoi vous ferez votre choix en toute responsabilité.
C’est un choix décisif et, en ce sens, il faut bien le mesurer. Nous n’allons pas décider pour nous-mêmes, socialistes français. Ce n’est pas un rapport entre personnes. Ce n’est pas simplement un choix de rapport de forces entre sensibilités comme nous pouvons les connaître au moment de Congrès. Ce que nous allons décider, nous, va sûrement être la réponse de la France au moment du référendum, puisque nous sommes la première force politique du pays. Ce que nous dirons sera forcément entendu par nos électeurs. C’est pourquoi, lorsque j’entends que nous pourrions voter pour un autre qui se trouve être le Président de la République, je m’insurge. Selon la réponse que nous ferons –et j’espère que ce sera “ oui ”- ce sont les autres –et donc lui- qui voteront comme nous ! C’est tout à fait différent. Nous serons les seuls à avoir fait ce vote militant ; nous serons les premiers à avoir dit, le 1er décembre, ce que nous avons à dire à propos du Traité constitutionnel. Les autres se détermineront donc par rapport à nous. Il faut donc cesser cette dialectique. C’est Chirac qui votera comme nous.
Ce sera un choix décisif car, si la France dit “ oui ”, il y aura un Traité constitutionnel. Si la France dit “ non ”, il faut être convaincu du fait qu’il n’y en aura pas. Nous avons dans les mains des 125 000 militants socialistes l’avenir même du Traité. Cela en inquiète d’autres, y compris socialistes. À Madrid, beaucoup m’ont interrogé. C’est pour eux un comble que ce soit les 125 000 adhérents socialistes français qui décident de l’avenir du Traité. Mettez-vous à la place du Parti Social Démocrate allemand –700 000 adhérents- ; des Italiens –600 000- ; des Espagnols –600 000- ; même des Britanniques –400 000. Si on avait fait un référendum au sein du Parti socialiste européen, les tenants du “ non ” n’auraient pas pesé lourd. Nous, socialistes français, nous donnerons la réponse pour les autres. C’est notre fierté de Français. Une nouvelle fois, on peut nous regarder comme arrogants, mais on peut aussi nous regarder comme démocratiques. Nous devons prendre en considération ce fait : nous allons choisir le cadre constitutionnel dans lequel l’Europe aura à faire sa construction dans les prochaines années.
Mais comment choisir ? Il y a deux interrogations :
1/ Ce traité est-il meilleur que ceux qui sont existants ?
La réponse est oui. Je sors de notre campagne encore plus convaincu du bien fondé de ce traité qu’au début. Où serait le premier recul, le premier risque ? Nul n’a été capable de nous en donner l’illustration, même si certains ont joué avec des peurs.
On nous dit que les délocalisations vont se multiplier si l’on vote ce traité. Comme si c’était le traité qui les portait ! Elles sont là, hélas, et tellement insupportables pour ceux qui les vivent. Ces délocalisations seraient justifiées par l’Europe au prétexte de la règle de l’unanimité fiscale dans le Traité de Nice ? Ce n’est pas vrai ; si les entreprises partent c’est que les coûts salariaux sont moindres ailleurs et non pas parce que l’on paye moins d’impôts sur les sociétés. Mais quel est l’objet de l’élargissement de l’Europe, justement ? C’est de faire ce que nous avons déjà fait avec l’Espagne, le Portugal, la Grèce. C’est de mettre ces pays à niveau par rapport à nous, c’est de les accompagner dans leur développement, c’est de faire que leurs droits sociaux soient au niveau des nôtres, c’est de faire que leurs salaires progressivement deviennent les nôtres et que les nôtres progressent par la même occasion. C’est cela l’Europe. Et, si nous avons peur des autres, alors ne faisons pas l’Europe et érigeons des frontières pour que ceux qui sont plus pauvres que nous n’entrent pas dans ce cercle des privilégiés. Je suis très surpris, très fâché même quand j’entends des socialistes dirent que le danger c’est que les autres puissent nous faire concurrence. Cela fait partie de ce qu’est l’idéal européen d’emmener toute l’Europe vers un même modèle de développement.
Ce n’est pas l’Europe qui fait les délocalisations, c’est le capitalisme. Et, de ce point de vue, il y a encore beaucoup à faire pour lutter contre le capitalisme.
On nous dit qu’il y aurait dans ce texte des formules ambiguës par rapport à la laïcité. Il y aurait un risque –insupportable pour nous, socialistes, républicains- de faire apparaître que –par l’interprétation alambiquée d’une disposition- la laïcité pourrait être mise en cause. Nous avons vérifié. Le Conseil constitutionnel, dans l’avis qu’il devait donner avant la ratification du traité, a dit que le Traité constitutionnel respectait tous les principes de la République, ou plus exactement que les principes de la République n’étaient pas en aucune façon, et notamment celui de la laïcité, menacés par le Traité.
Ce n’est pas l’Europe qui menace la laïcité, c’est Nicolas Sarkozy qui veut remettre en cause la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. La menace est donc là.
Ensuite, on dit que le Traité pourrait démanteler le service public, alors même qu’il prévoit explicitement, et pour la première fois –c’est d’ailleurs une revendication que nous portons depuis des années, la reconnaissance du service public en Europe et surtout la possibilité d’une loi européenne pour en préciser la spécificité et le financement. Ce n’est d’ailleurs pas l’Europe et le Traité constitutionnel qui menacent le service public, c’est la politique de Jean-Pierre Raffarin et de Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas le Traité constitutionnel qui ferme des perceptions ou des bureaux de poste. C’est parce que l’on ne reconduit pas les fonctionnaires partant à la retraite, c’est parce que l’on diminue les budgets. Là encore, c’est la responsabilité du gouvernement et non celle de l’Europe ou du Traité constitutionnel.
On nous dit que la défense sera soumise à l’OTAN. Quelle découverte ! Vous savez que la France est membre de l’OTAN et il ne m’est pas apparu que nous voulions en sortir ! Le traité prévoit, c’est vrai, que les pays qui sont dans un système d’alliance y resteront. Allez demander aujourd’hui, avec ce qui se passe en Ukraine, à la Pologne, à la République Tchèque, à la Hongrie, de sortir de l’OTAN pour venir s’abriter, mais où ? Il n’y a pas encore d’Europe de la défense et c’est d’ailleurs l’objet du Traité. Sous la protection de la France et de son arme de dissuasion ? Ils n’ont pas forcément une confiance énorme en notre capacité à les défendre. Pour eux, pour l’instant, leur protection, c’est l’OTAN. Et, quand on n’est pas loin de la Russie de Poutine, je ne peux les en blâmer.
Nous avons un devoir : qu’il y ait une Europe de la Défense. Et le jour où il y aura une Europe de la Défense, et le Traité nous y autorisera, alors on peut faire en sorte que l’OTAN –ou un système d’alliance- puisse d’abord se fonder sur l’équilibre et le partage de la responsabilité. Il faudra, à l’avenir, que nous prenions conscience des conséquences. Quand il y a une guerre au Kosovo pour départager les belligérants, pour faire la paix, il ne faut pas le demander aux Etats-Unis. Il faut qu’il y ait une armée européenne –et c’est déjà le cas d’ailleurs- qui fasse son devoir.
Une fois, donc, que l’on a évacué les peurs, on constate que l’on ne trouve que des avancées dans ce Traité. Avancées sur les Institutions : Parlement, Conseil européen présidé pour deux ans et demi par un Chef d’Etat ou de gouvernement, Commission européenne qui procède du Parlement européen, lequel Parlement européen procède du suffrage universel –les élections européennes seront donc décisives pour déterminer les majorités de gauche ou de droite pour l’avenir de l’Europe ; Ministre des Affaires Etrangères de l’Europe pour porter une politique étrangère. Avancées sociales : la Charte des droits fondamentaux, la reconnaissance des services publics, des syndicats comme partenaires des négociations collectives à l’échelle de l’Europe. Avancées économiques : face à la Banque Centrale Européenne, il y a la possibilité d’un gouvernement économique et donc la possibilité, enfin, de mener dans la zone euro notamment une politique pour la croissance et l’emploi, le plein emploi reconnu comme un objectif de l’Union européenne avec le développement durable, l’égalité homme/femme, le souci du partage et de la redistribution.
Beaucoup de nos valeurs sont dans ce texte.
2/ Est-ce qu’en votant “ oui ” ou en votant “ non ”, il y aurait des conséquences heureuses ou pas ?
Si on répond “ oui ”, je peux vous dire ce qui se passe. Il y a d’abord une Europe qui continue de se faire dans un délai rapide ; il y a immédiatement, en 2006, des institutions qui se mettent en place ; il y a, à travers les processus de ratification, une Europe qui s’affirme ; il y a enfin la réussite de l’élargissement, celui que nous avons voulu ; et il y a aussi les combats qui doivent être menés dans cette Europe-là par les socialistes européens : le Traité social, les coopérations renforcées, notamment sur la Défense, mais aussi sur l’harmonisation fiscale. Si on vote “ oui ”, l’Europe avance.
Je sais ce qui se passe aussi au Parti socialiste : la dynamique se prolonge, se poursuit au lendemain de victoires électorales. Nous rassemblerons la gauche autour d’un projet, le nôtre, et nous ferons en sorte d’être en capacité de mobiliser les Français pour les échéances qui viennent. Et cela ne sera pas facile. Il ne faut pas croire que, parce que nous avons connu de grandes victoires, tout nous est donné. Ne pensez pas que la droite, impopulaire aujourd’hui, ne puisse pas être conquérante demain.
Regardez ce qui se passe aujourd’hui même au sein de l’UMP !Cette vieille méthode qui consiste, lorsqu’elle connaît l’échec, de trouver en son sein l’apparence d’une autre solution, une fausse alternance. L’Histoire de la Vè République est remplie de ces tactiques-là et de ces illusions-là ! Pompidou par rapport à De Gaulle ; Giscard par rapport à Chaban-Delmas, Chirac par rapport à Giscard, Chirac par rapport à Barre, Chirac par rapport à Balladur et, aujourd’hui, c’est Sarkozy par rapport à Chirac. On connaît cette histoire-là ! Et puis, ne pensez pas que la droite ne continuera pas à utiliser ce qu’elle a fait en 2002, ce que Bush a fait à son niveau, c’est-à-dire l’utilisation des peurs, l’insécurité, les valeurs conservatrices, même les valeurs religieuses. Ce que fait d’ailleurs Nicolas Sarkozy, c’est bien d’essayer d’être sur un autre terrain que celui du gouvernement –il faut dire qu’on l’a pas autorisé à continuer à jouer ; ensuite, c’est de faire en sorte de montrer qu’il serait différent des autres, y compris dans son bras de fer avec Jacques Chirac ; et puis, enfin, d’utiliser d’autres sujets que l’économie et le social. Parce que droite sait bien que, sur ce terrain-là, elle ne peut pas gagner. Elle n’a pas gagné en 2002 contre nous sur la situation économique et sociale. Elle a gagné sur d’autres questions, celle de l’insécurité. Ce sera encore et toujours son registre.
Nous n’avons rien encore conquis –si ce n’est 20 régions sur 22. On a fait en sorte d’avoir la moitié des départements. On a fait notre meilleur résultat de notre histoire aux élections européennes –ce qui permet d’avoir deux députées européennes pour une seule région administrative ici. Et l’on a eu, dans la France entière, des succès aux élections sénatoriales. Pour autant, rien n’est joué. Si nous répondons “ oui ”, le Parti continue à se mettre en mouvement autour de son projet, prépare avec nos concitoyens les arguments qui permettront de donner espoir.
Si nous avons à rassembler la gauche –et j’y suis fortement attaché parce que c’est notre stratégie depuis toujours-, nous avons à la rassembler sur notre identité, notre projet, nos valeurs. Si les socialistes aujourd’hui, qui représentent plus de 30 % des électeurs, commençaient à être sur d’autres principes, sur d’autres valeurs que les leurs, qui rassembleraient-ils ? Serait-il, pour nos électeurs, compréhensible, lisible de voir le Parti socialiste se rallier aux thèses du Parti communiste ou à celles de Jean-Pierre Chevènement sur la question du Traité constitutionnel ? Il est tout à fait normal que le Parti communiste vote “ non ” au Traité. Le PC, depuis l’histoire de la construction européenne, a toujours voté “ non ”. Il est donc logique avec lui-même, même si je ne suis pas sûr que cela lui ait tellement profité électoralement. Jean-Pierre Chevènement est, au bout du compte, aussi logique avec lui-même. Il nous a quitté en 1992 sur la question européenne. Nous ferions une faute considérable par rapport à notre identité de socialiste et par rapport au rassemblement de la gauche.
Nous savons tout des échecs comme des victoires. Mais, il n’y a pas de succès possible sans un Parti socialiste fort qui assume son identité, son histoire et qui assume son destin de force de gouvernement.
Voilà en quoi le débat sur le Traité constitutionnel renvoie aussi à notre stratégie, à notre projet et aux échéances de 2007.
Si le “ oui ” est accepté par nos militants, il y aura une dynamique de victoire.
Si le “ non ” l’emporte, je ne peux rien vous dire, je ne sais pas ce qui se passe ; et précisément, parce que je ne sais pas ce qui se passe, je peux tout craindre, et notamment le pire.
Sur le plan européen, si le “ non ” l’emporte, sans doute nous serons tous tenus à appeler à voter non –les uns plus que les autres- au moment du référendum dans le pays. Si la France dit “ non ”, il n’y aura pas de Traité constitutionnel. On nous dit qu’il y aura peut-être d’autres pays qui diront non avant nous. De quel pays parle-t-on ? Il est en effet arrivé que certains pays –l’Irlande, le Danemark- à certains votes de ratification votent “ non ”. Que faisons-nous vis-à-vis de ce pays : on les fait revoter. Imagine-t-on faire revoter les Français ? Non.
On nous dit que la Grande-Bretagne peut voter “ non ”. Ce sera, sans doute, un problème pour la Grande-Bretagne, mais pas pour l’Europe, quand on sait ce que fait la Grande-Bretagne au sein de l’Europe. La Grande-Bretagne n’est d’ailleurs pas membre de la zone euro. Elle a donc beaucoup plus à perdre en votant “ non ” qu’en votant “ oui ”. Si référendum il y a en Grande-Bretagne, il ne se fera pas sur le Traité constitutionnel mais sur l’Europe, sur la participation à l’Europe.
Donc, c’est nous, pays moteur de la construction européenne, qui arrêteraient le processus de la construction européenne. Sachons-le.
On nous dit qu’en disant “ non ”, on se mettra autour de la table et tout le monde viendra. La table est facile à trouver, mais pour y installer qui autour pour négocier un meilleur traité ? Jacques Chirac –puisque ce serait lui qui représenterait la France- viendrait autour de la table pour négocier un autre traité plus social ! C’est une gageure ! 18 gouvernements conservateurs ou libéraux sur 25 ? Ils n’iraient certainement pas dans le sens d’une amélioration du Traité constitutionnel ! Et puis, les socialistes –ceux qui sont au pouvoir sont suspects pour les socialistes français- comme Tony Blair ou G. Schröder qui suscite une méfiance de notre part ! Mais il y a aussi les socialistes qui arrivent à rester longtemps, très longtemps au pouvoir ; et ces socialistes-là ne sont pas toujours comme nous. Certains regrettent qu’il n’y ait pas que des Français en Europe. Eh ! bien, non ; les socialistes européens sont tous socialistes mais pas tous Français. Ils ont eux aussi leurs principes, leurs valeurs, leurs spécificités. Par exemple, les Suédois, eux, pensent qu’il faut mettre les impôts à un certain niveau, si ce n’est les augmenter. Pourquoi ? Parce que cela sert à financer la santé, les crèches, l’éducation et d’ailleurs, de ce point de vue, ils sont exemplaires. Et quand ils voient le risque d’une harmonisation fiscale à la majorité qualifiée, ils s’y opposent car ils ne veulent pas qu’on les oblige à baisser les impôts. Remarquez, en France on ne nous avait pas obligé à baisser les impôts et nous l’avions tout de même fait, peut-être pas d’ailleurs de la meilleure des façons, en tout cas cela ne nous a pas rapporté beaucoup de voix en 2002 ! Les Allemands, eux, ont le système de la co-gestion dans les entreprises où les salariés sont dans tous les conseils d’administration des grandes entreprises –c’est d’ailleurs en ce moment une menace qui pèse sur le syndicalisme allemand car le patronat veut le remettre en cause. Ils y sont attachés. Les Espagnols nous donnent des leçons en matière d’égalité homme/femme. Chacun a sa spécificité et nous avons beaucoup à apprendre et à prendre des socialistes européens. N’imaginons pas qu’ils viendront faire le Traité que nous, nous souhaitons.
La renégociation de ce texte aboutirait donc à un texte moins bon que celui qui nous est proposé.
On nous dit que voter “ non ” n’aura aucune conséquence sur le Parti socialiste. Alors, pourquoi voter “ non ” s’il n’y aura pas de conséquence.
Je n’ai pas envie de prendre un risque pour le Parti mais, en même temps, je trouve parfaitement normal que les militants soient confrontés à ce choix important pour eux.
On nous dit souvent que ce serait tellement plus simple si, dans le Traité constitutionnel, il n’y avait que les aspects institutionnels, la Charte des droits fondamentaux et pas les politiques. C’est-à-dire, en fait, tous les traités que l’Europe a produit depuis le Traité de Rome de 1957 jusqu’à aujourd’hui. C’est un argument que l’on peut entendre, les uns les autres car, en effet, pourquoi mettre tous les traités dans un texte qui a l’apparence d’une Constitution ? Mais, ne soyons pas hypocrites. Tous les traités européens ont été négociés et conclus par des gouvernements socialistes. Tous les traités. Du Traité de Rome –c’était un gouvernement socialiste, même si on n’en fait pas une référence, c’était Guy Mollet, alors que le rapporteur du texte était Alain Savary ; après cela a été toute l’œuvre de F. Mitterrand avec d’abord l’Acte unique européen, le marché commun –le grand marché intérieur que Jacques Delors proposait et que Laurent Fabius a fait voter et qui instaure le principe de concurrence –la concurrence libre et non faussée est dans le Traité de Rome de 1957, repris dans l’Acte unique. D’ailleurs, je m’émerveille de voir que certains socialistes redécouvrent aujourd’hui ce principe. Mais, qui peut être contre la concurrence ! Elle existe partout ! Même au Parti socialiste d’ailleurs ! Il n’y a donc pas de monopole ! Ensuite, cela a été le Traité de Maastricht, la monnaie unique et je pense que nous avons eu raison de faire la monnaie unique et l’on s’en rend compte aujourd’hui avec les turbulences monétaires et économiques internationales. Puis, après le Traité d’Amsterdam puis celui de Nice. Il y a toujours eu l’initiative des socialistes, mais pas des socialistes seuls.
Il faudrait maintenant que l’on ait de nous-mêmes, que l’on écarte ces traités, que l’on écarte ces acquis communautaires. C’est une conception étrange ! À la limite, d’ailleurs, moi je pourrais le faire ; après tout, je n’ai jamais été au gouvernement de la France ; je ne suis pas lié par tout ce qu’ont fait les gouvernements de gauche pendant 20 ans ! Mais quelle faute terrible cela serait pour le Parti socialiste ! Nous devons être fiers de tout ce qui a été engagé par les socialistes ; nous devons être conscients que nous avons donné à l’Europe sa force, sa dynamique monétaire, économique et qu’il lui manque précisément sa force politique, celle-là même qui sera consacrée dans le Traité constitutionnel.
Ce serait une faute lourde sur le plan stratégique que de vouloir écarter les traités qui ont été élaborés, négociés, conclus et votés par nous.
Et, même si on y parvenait, on aurait le Traité constitutionnel, mais les autres traités demeureraient. On aurait donc deux traités ! Un traité constitutionnel et tous les traités antérieurs. Ce qui reviendrait au même puisqu’ils auraient la même valeur.
On nous dit aussi que si l’on vote “ oui ”, on ne serait pas les seuls. Il y en aurait d’autres qui voteraient “ oui ” et ils sont de droite ! Comme si l’Europe ne pouvait, en France, être votée que par les socialistes ! Mais, si les traités n’avaient été votés que par les socialistes, il n’y aurait pas de construction européenne ! Les socialistes ont toujours été moteur, mais ils n’ont pas été seuls à l’être. C’est l’histoire de la construction européenne ; tout au long de ces dernières années, à tous les moments de ratifications, nous avons été accompagnés par d’autres que des socialistes. Car, l’Europe est un compromis entre pays et entre partis. Compromis d’abord entre deux pays qui s’étaient fait la guerre, représentés par deux chefs d’Etat et de gouvernement, l’un socialiste –F. Mitterrand- l’autre conservateur –Helmut Kohl. N’imaginez pas que pour l’Europe à 25, il n’y aura que des gouvernements socialistes. C’est donc aussi un compromis entre partis. Quand il s’est agi, en 1992, de faire voter le traité de Maastricht qui fut difficile à faire voter car il ne s’agissait pas là que de progrès, mais d’un choix lourd en termes de souveraineté : on confiait notre monnaie, le franc, à une institution, la Banque Centrale Européenne sur laquelle, d’ailleurs, il n’y avait pas tous les moyens pour agir pour faire contrepoids. Et nous pensions que c’était le passage obligé pour doter l’Europe d’une cohésion monétaire et économique pour l’emmener à choisir la cohésion politique. Si nous avions été seuls à ce moment-là aurions-nous pu faire voter le traité ? Pas si sûr. Et, à l’époque, cela n’a choqué personne que Chirac, que Giscard appellent à voter le traité. Par ailleurs, ce n’est pas parce que F.Mitterrand a gagné sur Maastricht que nous, les socialistes, en avons profité puisque cela a été la plus terrible défaite –celle de 93- de notre histoire politique.
C’est un argument qui ne doit pas avoir sa place dans le débat sur le traité. D’ailleurs, si nous votions “ non ”, par qui serions-nous accompagnés ? Je ne fais pas reproche à ceux qui votent “ non ” de la compagnie qui pourrait être la leur au moment d’un référendum.
Ce 1er décembre sera un moment très important et nous en avons tous conscience. La participation sera un élément essentiel. Je n’ai pas de sondage, pas de pontage. C’est un parti avec des militants libres et je ne peux pas ni ne veux préjuger du résultat. Le résultat dépend de vous. Ce que je sais, c’est que si nous répondons conformément à nos valeurs, à nos principes, à notre histoire, à notre avenir possible, à nos liens avec les socialistes européens, à ce que pense notre électorat, je connais la réponse puisque c’est celle que je vous propose.
Si on a fait un référendum militant, ce n’est pas pour que les dirigeants fassent la réponse à la place des militants. C’est pour qu’ils puissent la donner librement.
On fera tous le même acte ce 1er décembre, de 18 h à 22 h sans procuration. Et nous ne ferons pas les 50 % à la Sarkozy avec un vote électronique sur une semaine. On aura sans doute une très forte participation, si vous en décidez ainsi. Et, je ferai dans ce temps imparti, comme vous, mon devoir de socialiste.
Toute l’Europe va même peut-être s’arrêter pour s’intéresser à ce que nous aurons fait ce soir-là ! Beaucoup de Chefs d’Etat et de gouvernement vont allumer leur radio pour savoir ce que nous avons voté ! Je veux, puisque Poul Rasmussen –le Président du PSE- m’a dit qu’il avait reçu toutes les lettres des Présidents de Parti lui disant “ oui ” au Traité constitutionnel, pouvoir lui adresser une lettre pour lui annoncer fièrement la réponse positive des socialistes français, à travers une procédure exceptionnelle –notre consultation interne- dont nous serons tous fiers.
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