Chers Amis, Chers Camarades,
La dernière fois que je suis venu, c’était pendant les élections européennes. Et nous étions déjà nombreux à évoquer l’Europe, à parler de nos engagements, de notre volonté de faire avancer l’Europe sociale et de la nécessité d’envoyer de nombreux députés socialistes au Parlement européen pour espérer y être majoritaire. Cela n’a pas été tout à fait le cas. Pourtant, pour ces élections du mois de juin, nous avons fait le meilleur résultat de notre histoire, 30 % des voix. Et nous avons, au sein du Parti socialiste européen, la délégation la plus nombreuse. Cela nous donne des droits pour faire entendre notre point de vue, mais cela comporte aussi des devoirs et des obligations : être capables, notamment à l’occasion de notre consultation interne, de faire entendre la voix des socialistes français en faveur du Traité constitutionnel européen.
Lorsque l’on doute de l’ambition européenne, il suffit de voyager, d’aller loin, en Amérique Latine et d’entendre les chefs d’Etat –pour l’essentiel socialistes ou de gauche- au Brésil, en Argentine, au Chili dire qu’ils veulent à leur échelle faire ce que nous avons fait en Europe, c’est-à-dire un continent organisé, un grand marché, une monnaie unique, pour comprendre le bien fait de notre action. C’est le même besoin d’organisation, de puissance économique, politique qui s’exprime. Et il y a cette nécessité, en Afrique, d’avoir une Europe forte, solidaire, une Europe du développement durable –sûrement- comme exemple pour construire un continent qui risque de voir ses conflits réglés par d’autres que les Africains eux-mêmes.
Si nous avons voulu nous rassembler, dans une campagne qui peut paraître étrange –comment une campagne interne à un parti où les concurrents sont tous socialistes- pour ceux qui ne nous connaissent pas. Pourtant, nous sommes fiers de ce que nous sommes. Nous sommes une grande organisation, avec notre diversité car nous ne pensons pas tous la même chose et c’est bien ainsi. Ce serait d’ailleurs terrible si les socialistes pensaient de la même manière. Et ce qui les unit et beaucoup plus fort que ce qui les sépare. C’est mon rôle de Premier secrétaire de faire en sorte que nous nous rassemblions, mais sur la position juste, sur la position utile, sur la position la plus unitaire pour nous, mais aussi pour la gauche.
Nous sommes dans une campagne et il nous fallait ouvrir un débat exigeant. Il ne s’agit pas simplement de l’Europe. Il s’agit d’adopter un Traité constitutionnel, ce qui suppose d’abord de le connaître et donc de le lire. Ce qui a été demandé à tout militant socialiste –et bientôt ce le sera à tout citoyen- c’est de savoir pourquoi nous allons voter le texte. La démocratie, c’est de faire en sorte que nous puissions débattre et délibérer en connaissance de cause. Je considère que nous avons, dans ce débat, donné toutes les informations utiles, permis tous les échanges nécessaires. Nous connaissons maintenant, les uns les autres, tous les arguments du “ oui ”, du “ non ”, et nous pouvons faire prévaloir ce qui nous paraît non pas simplement notre opinion, mais notre point de vue de militants, de socialistes et d’Européens.
C’est un choix exigeant, car il s’agit en définitive de l’avenir d’un Traité dont le sort dépend d’abord de nous ; il faut en être conscient. C’est pourquoi les socialistes européens, les Verts européens –et d’une certaine manière les Européens- sont tournés vers le Parti socialiste français. En éprouvons-nous de la fierté ? Sûrement ! Mais, en même temps, nous devons en mesurer la responsabilité. C’est nous, à travers notre consultation interne, qui allons décider sûrement de la réponse des Français, mais aussi de l’avenir du Traité constitutionnel européen, et donc de l’avenir de la construction européenne. C’était un débat indispensable et un vote nécessaire. Pas simplement au nom des valeurs de démocratie qui sont les nôtres, pas simplement parce que nous voulions être si ce n’est les seuls en tout cas les premiers à organiser cette consultation, mais parce que nous n’étions pas tous d’accord et qu’il fallait donc trancher. Il y avait plusieurs méthodes –utilisées d’ailleurs par le passé- : une méthode qui aurait pu s’arrêter au Bureau national du Parti socialiste ; 70 personnes, produit des courants du Parti par vote de Congrès, auraient pu décider –à une majorité d’ailleurs incertaine- le “ oui ” ou le “ non ” ; nous aurions pu aller au-delà et réunir le Conseil national du Parti –le Parlement du Parti- ; 300 membres, désignés là encore par les sensibilités du Congrès auxquels ont ajoute les Premiers secrétaires fédéraux… Est-ce qu’un Parti comme le nôtre peut s’enorgueillir d’une telle méthode. Des appels pour le “ oui ” ou pour le “ non ” fusaient et nous aurions, nous les militants, été uniquement spectateurs de ce débat sans pouvoir le trancher ?
J’ai considéré qu’il fallait aller jusqu’au bout de notre engagement de congrès et de la confrontation démocratique, de la consultation militante, pour que ce soit les adhérents du Parti socialiste qui fassent souverainement leur choix. Lourde responsabilité, c’est vrai. La démocratie est toujours un risque, mais c’est aussi une chance. La démocratie n’est jamais un problème, c’est toujours une solution pour, ensuite, se rassembler autour de la décision majoritaire qui devient la décision unanime. Il est vrai que des sympathisants, nombreux, voudraient venir voter avec nous. Certains pour le “ oui ”, d’autres pour le “ non ”. Et, ne pouvant pas voter, ils en éprouvent une évidente frustration. Mais, c’est aussi cela le rôle du militant par rapport au sympathisant ou à l’électeur. Le militant n’est pas un citoyen qui s’est engagé le temps d’une campagne électorale ; le militant n’est pas simplement celui que l’on convoque pour voter pour une motion de Congrès ; le militant n’est pas simplement celui (ou celle) qui va désigner un candidat. Le militant est celui qui détient une parcelle de pouvoir, une responsabilité particulière ; c’est celui qui veut faire en sorte que sa position devienne une position d’un parti, laquelle position peut devenir la position d’un pays. J’appelle tous les sympathisants à faire un choix utile, à nous rejoindre, à adhérer au Parti socialiste.
J’ai voulu, avec les responsables du Parti, cette consultation avant que nous ayons à nous prononcer, au plan parlementaire, sur la révision de la Constitution française –ce sera le cas sans doute au début de l’année. J’ai voulu que l’on fasse notre consultation interne avant tout le monde, de manière à ce que ce soit la position du Parti socialiste qui devienne la position centrale, que ce soit autour de la position des socialistes que les uns et les autres aient à se déterminer.
Et, si nous répondons positivement, alors nous structurerons le débat politique à l’occasion du référendum national. C’est par rapport à notre position que les uns et les autres devront dire s’ils nous rejoignent ou non.
Cela ne revient pas à dire que nous voterons comme Chirac. C’est peut-être Chirac qui sera obligé de voter comme nous.
Il y a deux questions qui doivent être posées :
1/ Ce Traité est-il un progrès ou un recul ? Si c’est un progrès, il faut le prendre ; si c’est un recul, il faut le refuser.
Le Traité n’a de valeur que par son contenu. Or, dans trois domaines pour nous essentiels, il y a des avancées incontestables. Une avancée institutionnelle d’abord, car que demandent les socialistes depuis des années à l’Europe ? C’est d’être enfin une Europe politique. C’est vrai que l’intuition de F. Mitterrand –et avant lui, des signataires du Traité de Rome- c’était de considérer que l’Europe devait d’abord être un marché, ensuite une monnaie unique et, enfin, un espace politique et une organisation institutionnelle. Nous avons réussi –d’ailleurs au-delà de toute espérance- à faire le marché ; nous avons même réussi à faire la monnaie unique –qui l’aurait cru ?- à 12 pays et peut-être d’avantage demain ; mais, c’est tout de même une frustration immense de constater que nous avons fait tout cela et qu’il manque, au-delà de la puissance économique qui est là, la puissance politique nécessaire ; pas seulement pour nous, Européens, mais pour le monde, pour rééquilibrer le monde, pour influencer la planète, pour donner de nos valeurs européennes le message universel qu’elles portent nécessairement.
Nous avons enfin, par cette Constitution européenne, un Exécutif européen à travers la Commission européenne qui pourra procéder du suffrage universel ; chaque fois que nous voterons au Parlement européen, nous investirons la Commission européenne. Le suffrage universel décidera non seulement du Parlement européen –dont les pouvoirs seront d’ailleurs renforcés- mais de la Commission européenne. Le Conseil européen sera présidé par un Chef d’Etat ou de gouvernement pour deux ans et demi –ce mandat est donc plus long qu’aujourd’hui- et qui permettra, avec le Ministre des Affaires Etrangères de l’Europe –nouvelle fonction- de porter, enfin, une politique étrangère, de faire entendre la voix de l’Europe –notamment lorsqu’il y a conflit, débat.
Nous demandions aussi une avancée démocratique de l’Europe. Nous nous plaignions, à longueur de réunions et souvent par commodité de langage ou de pensée, que l’Europe serait trop technocratique –elle l’est sûrement-, que l’Europe serait trop lointaine ; aujourd’hui, avec le Traité constitutionnel, nous avons enfin les instruments d’une démocratie. Le Parlement européen va pouvoir voter librement son budget, avec sans doute plus de prérogatives que le Parlement français. Le Parlement européen va être co-législateur sur l’ensemble des domaines de l’activité européenne. Et puis, le droit de pétition ouvert à chaque citoyen européen pour porter des propositions qui seront débattues dans les instances européennes. Il y a aussi cette Charte des droits fondamentaux, droits civils, libertés essentielles, droits sociaux qui sont enfin reconnus dans toute l’Europe et qui pourront permettre à chaque citoyen d’aller devant les tribunaux nationaux ou européens pour en faire valider le respect.
Certains avancent que nous, les Français, avons déjà ces droits-là ! Nous les avons sûrement. Mais, ce qui nous intéresse c’est que tout le monde, dans toute l’Europe, puissent les avoir. Je pense notamment aux pays qui nous ont rejoint et qui doivent accéder aux mêmes règles, aux mêmes principes si nous voulons être sur le même continent. D’ailleurs, dans ce débat européen, il y a –y compris en notre sein- trop de retour vers nos frontières, comme si c’était en tant que Français que nous devions juger l’Europe. J’entends même, parfois, que les ennemis seraient à l’intérieur de l’Europe ! Malheureuse Estonie aujourd’hui soupçonnée de tout, au prétexte qu’elle aurait un impôt sur les sociétés voisin de zéro !
Elle serait l’objet de tous les fantasmes en matière de délocalisation. Malheureux Polonais, regardé maintenant avec suspicion, au prétexte qu’ils seraient nombreux !
Nous avons voulu faire l’Europe pour les Européens et pas simplement pour nous, même si la France a beaucoup reçu de l’Europe –pas seulement la paix- à travers une politique agricole commune que nous avons veillé à ce qu’elle aille essentiellement –et les conservateurs y ont été pour beaucoup- vers les plus grosses exploitations, les plus productives, alors même que nous laissions de côté les exploitations familiales qui cherchaient une autre façon de produire pour une meilleure consommation. Nous avons beaucoup reçu de l’Europe à travers les fonds structurels que, d’ailleurs, tous les Etats –en France comme ailleurs- ont veillé à cacher l’existence pour mieux justifier les aides sans dire d’où elles venaient.
Nous avons fait une Europe pour tous, y compris pour ceux qui nous rejoignent. Nous avons fait en sorte que ce soit une Europe utile à ceux qui n’en ont pas forcément la protection ou les bénéfices ; je pense notamment à nos amis Ukrainiens aujourd’hui. Ce n’est pas facile pour un pays aujourd’hui, même si l’on est débarrassé de la dictature communiste, d’être à côté de la Russie avec Poutine.
Prenons, là aussi, nos responsabilités. Nous sommes porteurs de démocratie, au-delà de l’Europe, et notamment pas loin de nous, en Ukraine, en Tchétchénie ou ailleurs. Nous sommes comptables finalement des valeurs du monde parce que nous sommes Européens et que nous devons agir pour les autres.
Voilà ce que le Traité constitutionnel nous offre : une capacité d’action politique, des droits et des libertés essentiels et des avancées sociales aussi, à travers la reconnaissance des syndicats –c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la quasi-totalité des syndicats en Europe soutient ce Traité. Ce Traité fait d’eux des partenaires essentiels de la négociation sociale.
L’Europe est sociale, à travers ce Traité, car il y aura même une clause sociale dans toutes les politiques européennes. Il y aura donc une dimension sociale non négligeable. Il y aura, enfin, la reconnaissance du service public à travers ses principes et son financement public.
Pour toutes ces raisons, je ne vois que des avancées et aucun recul. Je vois quand même des peurs utilisées. La première est celle des délocalisations –et nous pouvons comprendre les ressorts de cette peur, de cette angoisse, car il y a trop d’exemples d’entreprises qui ferment et qui s’appuient sur des coûts de main-d’œuvre moindres ailleurs pour partir et recherche ainsi tout ce que le capitalisme induit, c’est-à-dire le profit maximal.
Mais, justement, les délocalisations ne sont pas du fait de l’Europe mais du capitalisme. Alors, plutôt que de nous en prendre à cette malheureuse Europe qui n’y est pour rien, attaquons-nous –et ce ne sera pas facile, il faudra être nombreux- au capitalisme car, là, comme socialistes, il y a encore du travail à faire.
On nous dit que l’Europe menace les services publics, notamment en milieu rural. Dans beaucoup de départements, des perceptions, des bureaux de poste ferment. Et ce serait de la faute du Traité constitutionnel ! Mais, il n’est pas encore adopté ! De la faute de l’Europe ? Mais, elle ne s’occupe pas des bureaux de poste ou de perception ! La fermeture des perceptions, la fermeture des bureaux de poste sont du ressort du gouvernement ; c’est donc la faute du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Ce serait une excuse formidable que nous donnerions à nos adversaires que de leur dire qu’ils n’y sont pour rien si les fonctionnaires partant en retraite ne sont ni augmentés au moment de leur départ ni remplacer, qu’ils n’y sont pour rien si les budgets essentiels ne sont pas augmentés. Tout cela est de la faute de la droite et non de l’Europe.
Si ce débat a pu faire prendre conscience à certains de la réelle utilité des services publics, alors je me félicite d’avoir ouvert cette consultation interne. Elle aura servi à ce que ceux qui ont pensé qu’il fallait ouvrir le capital d’EDF-GDF, et peut-être mettre en concurrence La Poste, soient aujourd’hui les premiers à défendre les services publics.
On dit que le Traité menace la laïcité. Selon l’avis du Conseil Constitutionnel, la laïcité est reconnue comme un principe de la République et le Traité constitutionnel est reconnu comme devant se soumettre aux principes de la République. Et, par ailleurs, rien dans le Traité ne vient altérer le principe de la laïcité.
L’adversaire n’est donc pas l’Europe, mais Nicolas Sarkozy qui, lui, veut remettre en cause la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Voilà la menace ! Elle n’est pas en dehors, elle est ici même. Et ce sera, une nouvelle fois, un affrontement entre la gauche et la droite sur cette question de la laïcité.
Voilà pourquoi il faut éviter d’utiliser les peurs et de faire du débat européen un faux-semblant.
Je passe sur le dernier argument utilisant la peur qui affirme qu’avec le Traité constitutionnel nous serions liés à tout jamais à l’OTAN et donc subordonnés aux Etats-Unis d’Amérique pour notre propre sécurité. Il a fallu le débat sur le Traité constitutionnel en Europe pour que nous nous apercevions que la France est membre de l’OTAN ! Mais, imaginer que nous pourrions faire une Europe de la défense –et je la souhaite- en demandant à tous les pays d’Europe de quitter l’OTAN pour venir avec nous faire l’Europe de la défense ! Il faudra du temps et d’importants budgets que nous devrions consacrer à cette importante priorité. Mais, allez dire aux Tchèques, aux Polonais qu’il faut tout de suite quitter le système d’Alliance et se mettre sous la protection française de la force de dissuasion !
Bien sûr que nous resterons dans un système d’Alliance ! Bien sûr qu’il faudra faire, au sein de ce système d’Alliance, une Europe de la défense. Et, une fois que nous aurons fait cette Europe de la défense, nous pourrons sûrement faire entendre la voix de l’Europe par rapport à celle des USA. Ne faisons pas l’inverse de ce que nous devrions faire, cela coûterait trop cher.
Nous avons besoin d’une force de dissuasion française, nous avons besoin d’être autonome pour notre défense et nous avons besoin –avec d’autres- de construire l’Europe que nous voulons.
2/ Quelle est la conséquence de notre choix pour le Parti socialiste, pour la France et pour l’Europe ?
Le débat que nous avons aujourd’hui n’est pas un débat socialo-socialiste. Ce n’est pas un débat de Congrès de Parti ; ce n’est pas même un débat pour désigner tel ou tel candidat. C’est un débat qui n’intéresse pas que les socialistes français, puisque de notre décision va dépendre la décision pour les autres. Nous allons décider pour les autres, et notamment pour les socialistes européens.
Et, s’ils s’adressent à nous pour nous appeler en responsabilité, c’est bien qu’ils sont concernés par notre décision. C’est ce qui doit rendre notre choix extrêmement lucide sur ses conséquences.
La conséquence du “ oui ” pour l’Europe : nous lui donnons une force supplémentaire par notre vote, parce que notre vote entraînerait sans doute celui de beaucoup d’autres. Nous lui donnons aussi la possibilité de vivre d’autres étapes, parce qu’avec les socialistes européens nous allons exiger que, dès le vote du Traité constitutionnel européen, nous puissions ouvrir l’étape suivante : le Traité social et ensuite les coopérations renforcées, notamment en matière de défense ou d’harmonisation fiscale. Ne nous finissons jamais de construire l’Europe. Nous devons tout de suite donner la perspective. Si le “ oui ” l’emporte, il y aura sûrement dans toute la gauche européenne une volonté de se rassembler autour de cette position.
La conséquence du “ oui ” pour le Parti socialiste : nous continuons, après nos succès du printemps –succès considérables. Nous devons avoir des ambitions élevées pour les échéances de 2007. Mais, rien n’est fait. Ce n’est pas parce que la droite est dans les affres que vous connaissez : un Président qui pense qu’il est Président à vie –il va bien falloir à un moment qu’il prenne conscience que ce mandat est précaire ; un Président de l’UMP qui pense qu’il est déjà Président et un Premier ministre qui pense qu’il est encore Premier ministre. Voilà la situation dans laquelle nous sommes.
On pourrait décider d’attendre, de se cacher et cela arrivera tout seul. Non. Nous ne devons pas être –et nous ne le serons pas- simplement des bénéficiaires d’un rejet. Nous devons montrer que nous sommes capables, à travers un projet, des idées fortes, une mobilisation civique –car rien n’est jamais acquis quant à la participation électorale pour les prochains scrutins- d’agir concrètement pour nos concitoyens. Nous devons aussi avoir à l’esprit ce qui s’est passé en 2002, c’est-à-dire une droite qui a imposé son thème –l’insécurité-, qui a joué des peurs, et ce qui s’est passé aux Etats-Unis où nous pensions tous que le sursaut de participation, l’échec de G. Bush en Irak et sur le plan économique et social feraient que les démocrates américains seraient forcément victorieux. Nous avons fait, une nouvelle fois, l’amer constat que cette participation supplémentaire, que ce sursaut civique qui avait tant bénéficié à nos amis espagnols au printemps dernier et à nous-mêmes pendant les élections régionales, ont bénéficié à la droite la plus conservatrice. Chaque fois que la droite utilise la peur, l’insécurité, ou encore des valeurs religieuses, elle sait qu’elle peut faire effacer son piètre bilan économique et social, qu’elle est sur un autre débat que le nôtre –nous qui parlons d’égalité, de développement, de croissance, d’emploi, d’Education-, et impose ses valeurs rétrogrades, conservatrices en utilisant l’angoisse, l’inquiétude. Rien n’est fait.Et ce n’est pas tout à fait un hasard si Nicolas Sarkozy quitte un navire qui sombre pour essayer de faire croire, une nouvelle fois, qu’il pourrait y avoir un autre équipage, sur le même rafiot dans quelques années.
Mais, c’est ainsi que la droite a toujours fonctionné. C’est le même procédé que de laisser croire qu’il pourrait y avoir une autre solution au sein du camp conservateur.
Il n’y a pas d’autres alternatives que la gauche ; c’est ce que nous devons démontrer. Voilà pourquoi la bataille du “ oui ” est essentielle pour porter notre projet.
Si c’est le “ non ” qui l’emporte, on nous dit qu’il ne se passera rien… Mais, alors, pourquoi voter “ non ”, d’ailleurs ! On nous dit qu’il ne se passera rien car, au plan européen, nous aurons dit “non ” et donc on se remet autour de la “ table ”.
Mais quel serait notre représentant ? Un tenant socialiste du “ non ” ? En tout cas, jusqu’à 2007, je ne le crois pas. Ce serait Jacques Chirac qui, comme porte-parole des socialistes, n’est pas le plus qualifié. Il y aurait donc Jacques Chirac en notre nom –pour le coup, c’est pire que de voter Chirac, c’est investir Chirac pour négocier à notre place, 18 gouvernements de droite sur 25, et puis même les socialistes qui sont tous pour le Traité ne seraient pas obligatoirement attentifs à notre position. Il y aurait aussi le Président –de droite- de la Commission européenne et la majorité du Parlement européen –de droite.
Alors, nous faudrait-il sans doute attendre 2007 que nous soyons peut-être de retour aux responsabilités : cela ferait deux ans de perdus. Une fois arrivés aux responsabilités en 2007, il nous faudrait attendre le temps des négociations (2 ou 3 ans). Et pendant ce temps-là, c’est quoi ? C’est le deuxième mandat de G.W. Bush.
Le “ non ” n’est donc pas une étape mais un terminus. Le “ non ” n’est pas une crise sympathique, c’est le temps donné à Bush pour imposer sa vision du monde. Comme socialiste et comme européen, je ne peux l’accepter.
Il n’y a pas de temps à perdre, il n’y a pas d’hésitation à avoir. C’est maintenant qu’il faut faire l’Europe politique et l’Europe sociale et non dans cinq ans, et c’est maintenant qu’il faut en décider.
On nous dit qu’il n’y aurait aucune conséquence pour le Parti si c’est le “ non ” qui l’emporte. Je vois pourtant, dans quelques gazettes, des noms qui fleurissent pour me remplacer. Je me dis donc qu’une majorité du “ non ” peut éclore. Elle serait par ailleurs hétéroclite ; mais le Parti en a déjà connu. Disons, cependant, la vérité. Il est normal que les tenants du “ oui ” aient à fournir des explications sur les conséquences du choix ; il serait normal que ceux qui défendent le “non ” aillent jusqu’au bout de leurs intentions et pour le Parti et pour l’Europe.
Certains de nos camarades disent qu’ils sont pour le “ oui ”, mais que les électeurs sont pour le “ non ”. Ah bon ! Comment le savent-ils ? Le rôle d’un dirigeant politique, d’un militant politique, ce n’est pas d’anticiper sur ce que vont ou pas faire les électeurs ; c’est d’ouvrir le chemin, de fixer la perspective, c’est de dire ce qui est juste ou pas pour son pays, pour son parti, pour l’Europe. Ce que j’attends du Parti socialiste, ce n’est pas de faire des prévisions. Le Parti socialiste doit dire aux Français ce qui est utile pour leur pays et pour l’Europe. Notre responsabilité politique exige de nous de ne pas être soumis à ce que l’on pense être l’air du temps, à l’humeur. Nous avons à construire à résultat et non à l’anticiper.
Le courage en politique, c’est de défendre ses valeurs, d’être comptable de son identité et de son histoire. Soyez fiers d’être socialistes, au sens où vous avez fait votre devoir –génération après génération- de socialistes pour faire l’Europe. Soyez fiers d’être dans un parti qui –de l’intuition de Jaurès aux prophéties de Léon Blum et à l’action de François Mitterrand- a fait l’Europe. L’Europe a avancé parce que tous les socialistes ont voulu qu’elle avance. Il faut rendre hommage à tous les Premiers ministres socialistes qui ont fait avancer l’Europe ; ils sont légitimement fiers de ce qu’ils ont fait, même ceux –je l’imagine- qui appellent à voter “ non ”.
Il faut que vous soyez conscients d’appartenir à une famille politique qui a toujours fait l’Europe. Et, il est normal aujourd’hui, au nom de nos fidélités, au nom de notre histoire, au nom de ce que l’on pense être notre avenir et notre identité de socialistes, que nous appelions à voter “ oui ”.
Il est normal aussi que ceux qui, communistes, ont toujours dit “ non ” au premier traité continuent à dire “ non ” au dernier traité. Il est normal qu’ils soient sur cette position. Ils sont en cohérence et fidèles à leur identité. Même Jean-Pierre Chevènement qui a dit “ non ” lorsqu’il était socialiste et qui a même quitté le Parti socialiste au moment de Maastricht ; il est fidèle à son identité, même s’il n’a pas été fidèle à son parti. Mais, ce serait un comble que nous, socialistes, qui avons remporté victoires du printemps, d’être aujourd’hui sur les mêmes positions que Jean-Pierre Chevènement et le Parti communiste. Entre le Parti de François Mitterrand et de Lionel Jospin qui a fait l’Europe et ceux qui, légitimement, à gauche n’ont pas cette aspiration, mon choix est fait : je suis socialiste et je vote “ oui ” au Traité constitutionnel.
Jusqu’au 1er décembre, il faut travailler à l’explication, au sens de ce vote historique. Le 1er décembre sera une étape essentielle dans la vie du Parti socialiste, dans la vie de l’Europe.
En votre nom, je voudrais faire une lettre à Poul Rasmussen. C’est la dernière qu’il attend. Il a reçu de tous les partis socialistes en Europe une approbation du Traité constitutionnel. Il attend donc notre réponse. Je lui dirai : “ Cher Camarade, Cher Président du Parti Socialiste Européen, je suis fier de vous annoncez que grâce à la Fédération socialiste de l’Hérault et à d’autres, le Parti socialiste répond “ oui ” au Traité constitutionnel, comme le reste de la famille, mais avec l’exigence supplémentaire –parce que nous avons fait ce débat large, nous avons consulté tous nos militants- : nous disons “ oui ” au Traité constitutionnel, mais un “ oui ” exigeant, un “ oui ” de combat, un “ oui ” qui annonce des victoires en Europe et des victoires en France ”.
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