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Discours – Aisne – 9/11/04

09-11-2004

Chers Amis,

La gauche, et le Parti socialiste notamment, ont eu à l’occasion des élections du printemps dernier des résultats presque historiques, des victoires considérables qui permettent aujourd’hui aux régions, notamment celle de la Picardie, de retrouver la gauche pour conduire leur destin. 20 régions sur 22, la moitié des départements. Sans doute, les Françaises et les Français ont-ils voulu sanctionner le gouvernement, mais en même temps ils ont voulu porter leurs aspirations vers la gauche, et en particulier vers le Parti socialiste.

Le Président de la République n’en a tenu aucun compte. Il a maintenu Jean-Pierre Raffarin, le gouvernement autour de lui et la politique menée depuis plus de deux ans. Il peut donc y avoir, et il faut en être conscient, un sentiment de frustration parmi nos électeurs, de déception, de désillusion même : à quoi cela sert-il de voter si rien ne change ! Je ne voudrais pas que puisse perdurer ce sentiment. Il est dangereux pour la démocratie. On sait, au regard de ce qui s’est produit le 21 avril 2002, ce que peut coûter la désaffection à l’égard des urnes.

Le rôle du Parti socialiste, c’est d’être capable de donner une perspective, d’offrir une alternance, sans doute, mais un changement profond dans notre pays, c’est de montrer le rôle de la politique, l’utilité de l’engagement, la valeur de la mobilisation civique et de lever un espoir. La tâche des socialistes, puisqu’ils doivent s’atteler à leur projet et qu’ils doivent le faire partager à toute la gauche, c’est néanmoins d’être capables de fixer des principes pour la préparation de leur projet qui correspondent à leur idéal et à leur responsabilité de force gouvernementale.

Si nous voulons convaincre nos citoyens de l’utilité du vote, de l’importance de l’acte électoral, du suffrage universel, nous devons montrer que la politique peut changer une partie de la vie quotidienne et le sens même de l’action collective ; nous devons montrer que la politique peut décider des choix en matière d’éducation, qu’elle peut fixer la priorité essentielle de la Recherche, de la formation –ce qui peut prévenir les délocalisations ou la désindustrialisation dont votre région est victime ; nous devons montrer que la politique peut permettre de redistribuer différemment les richesses, de financer la protection sociale, d’organiser la solidarité, de prévoir les systèmes fiscaux les plus justes. Nous devons donc, en fonction de l’expérience qui a été la nôtre, fournir des propositions au pays. C’est le principe de volonté.

Il y a un autre principe qui doit, ici, nous rassembler. C’est celui de la vérité. Nous devons dire la vérité aux Français, à la fois sur l’héritage qui sera celui que nous lèguera la majorité sortante. Je peux vous dire d’ailleurs qu’il sera lourd. Entre les déficits sociaux considérables qui seront laissés, les déficits budgétaires, l’endettement public et l’état des inégalités ou ce qui restera des Services publics –s’il en reste !- comme ce que sera l’état de l’économie ou le niveau du chômage, ou encore la désespérance sociale que l’on observe partout, ce ne sera pas facile pour un gouvernement de gauche, un Président de gauche, au lendemain de 2007, de répondre aux urgences. Et si on se laissait aller à la facilité qui consisterait pour les socialistes, et pour la gauche, à accumuler simplement des promesses, de répondre à toutes les revendications, nous ne serions pas en situation de pouvoir satisfaire toutes les exigences pourtant légitimes. Le principe de vérité doit nous conduire à dire ce que nous pourrons faire et ce qui ne sera pas possible.

Et, enfin, il y a un principe de cohérence. Les Français n’ont rien oublié de ce que nous avons fait aux responsabilités de la France depuis 1981, à travers trois alternances, trois législatures (1981/1986, 1988/1993, 1997/2002). Ils savent donc ce que nous avons réussi, mais ils savent aussi ce que nous n’avons pas pu réaliser. Ils prennent souvent conscience de ce que nous avons fait au moment où il est trop tard ; la droite est là. Et chacun peut faire la différence et comparer entre une politique de droite et une politique de gauche. Mais, c’est après les élections. Et ceux qui avaient peut-être oublié ce qu’est la droite le redécouvrent durement depuis deux ans et demi.

Beaucoup de nos concitoyens pensaient que nos victoires permettraient le départ de Jean-Pierre Raffarin. D’autres ont même pensé que nous allions accéder, dès le lendemain, au pouvoir d’Etat. Les plus crédules pensaient même que Jacques Chirac allait dissoudre l’Assemblée nationale. Cependant, un choix, quand il est fait pour une législature, c’est pour cinq ans. Ils savent aussi ce qu’a été notre choix, et notamment sur le plan européen, ce qu’a été notre politique économique, y compris même notre politique fiscale –certains d’ailleurs sont en train de l’oublier aujourd’hui. Ils n’ont rien occulté, rien oublié de ce que nous avons fait de mieux ou de moins bien.

Aujourd’hui, nous sommes dans l’opposition et nous y serons sans doute –sauf événement exceptionnel que l’on ne peut pas prévoir- jusqu’en 2007. Mais, 2007 n’est pas si loin. C’est dans à peine deux ans et demi et ce que nous disons dans l’opposition nous engage déjà par rapport à ce que sera notre attitude lorsque nous serons de nouveau au pouvoir. Je ne participe pas de ce comportement qui consiste à avoir deux attitudes : une attitude où tout serait possible puisque nous ne serions comptables de rien aujourd’hui et une autre où tout serait difficile quand nous serons aux responsabilités de notre pays. C’est pourquoi, je veux que nous soyons, pour la préparation de notre projet, de ce point de vue exemplaires.

En disant cela, nous ne sommes pas loin du débat sur la question européenne car l’Europe fait partie de notre environnement pour l’action. Ne croyons pas que nous soyons prisonniers de l’Europe pour agir ; ceci fait partie des comportements de bouc émissaire qui, généralement, affaiblissent l’Europe sans rehausser ceux qui utilisent ces arguments. L’Europe ne nous a pas obligés à faire une politique ; nous y avons consenti. Et ce serait trop simple d’imaginer que le mal serait à Bruxelles et le bien serait ici. En même temps, ce que nous aurons à faire –si nous revenons au pouvoir- n’est pas simplement de changer les conditions de vie de nos concitoyens –cela fait partie du pacte qui sera le nôtre- mais nous avons aussi à faire avancer l’Europe et la mettre elle aussi en capacité d’agir pour les Européens et pour le monde.

Il y a eu des élections aux Etats-Unis. Si nous avions pu voter, les uns et les autres, nous aurions préféré l’un plutôt que l’autre. Lorsqu’on nous annonçait que beaucoup d’Américains se pressaient aux urnes, j’ai pensé qu’il se passait là-bas ce qui c’était passé en France au moment des élections régionales et cantonales, en Espagne après les mensonges d’Aznar. Les électeurs viennent pour chasser Bush. Le lendemain, nous apprenions qu’ils étaient venus en fait pour voter Bush. Que s’est-il donc passé ? Aux Etats-Unis, comme en France, la droite sait qu’elle ne peut pas gagner sur les questions économiques ou sociales ; la droite sait que le libéralisme ne peut pas faire une majorité politique parce que le libéralisme est dur, parce qu’il est injuste, parce qu’il aggrave encore les inégalités et crée de la peur. Puisqu’il y a de la peur, les conservateurs ont compris qu’il fallait la récupérer, l’utiliser, l’amplifier. Et quand arrive un acte ignoble, quand arrive la peur de l’autre, la peur d’un autre monde, d’une religion… lorsqu’il y a cette confrontation que Bush veut transformer en guerre des civilisations, alors un thème peut s’imposer : celui de l’insécurité, de l’insécurité globale. C’est cela qu’a développé Bush en y ajoutant des valeurs conservatrices, l’utilisation des religions, les appels à l’électorat le plus extrémiste… Cela ne vous rappelle rien tout cela ! Les liens entre les droites sont parfois plus intenses qu’on ne l’imagine.

Il y a maintenant pour quatre ans une puissance, la plus forte du monde, animée par une équipe qui a une vision du monde qui n’est pas la nôtre. C’est une démocratie, certes, mais elle n’est pas porteuse des mêmes valeurs, des mêmes rapports que nous voulons entretenir au sein du monde.

Nous avons deux attitudes : ou nous sommes dans la culture de la contestation et aller gonfler les cortèges, manifester notre mauvaise humeur, lutter contre des décisions qui nous paraissent dangereuses –et elles le sont, ou nous nous prenons en charge, nous les Européens. Si, pendant les quatre années Bush, l’Europe est ligotée, entravée, hésitante sur son avenir, qui va équilibrer le monde, qui va définir un autre modèle, d’autres valeurs que celles simplement de la première puissance de la planète ?

C’est là que la question européenne est une question éminemment politique. C’est pourquoi notre débat au sein du Parti socialiste n’est ni coupé de la réflexion sur notre projet, sur notre stratégie politique pour les élections de 2007 ni coupé de la réalité du monde.

Pourquoi avoir ce débat sur le Traité constitutionnel, alors que le référendum est pour dans quelques mois ? Pourquoi ne pas demander aux militants socialistes de voter sur le Traité constitutionnel ? Cela me surprend toujours. Tout le monde demande de la démocratie, et le jour où on l’a une certaine appréhension nous gagne. Pourquoi nous ? Je pense que si, depuis des années, il y a eu un écart qui s’est opéré entre les citoyens et l’Europe –et au-delà de l’Europe d’ailleurs- à l’égard de la politique, c’est parce que nous n’avons pas assez associé suffisamment les citoyens aux décisions qui les concernent. Je suis donc fier pour mon parti du fait que les militants puissent découvrir un texte –compliqué sans doute- qui constitue un Traité qui va les engager pour longtemps et qui va peser sur leur avenir –ou celui de leurs enfants- et qu’ils puissent s’en emparer.

Certains ne sont pas militants et sont frustrés de ne pas pouvoir disposer de ce texte et de ne pas pouvoir voter à l’occasion de notre consultation interne. Mais, adhérer à un parti, ce n’est pas seulement choisir un candidat ou voter une motion de Congrès. Adhérer à un parti, c’est justement faire des choix essentiels Je suis pour que le Parti socialiste soit plus ouvert qu’il ne l’est aujourd’hui, beaucoup plus large. Et c’est la grande différence entre le Parti socialiste français et les grandes social-démocraties européennes. Nos partenaires socialistes ou sociaux-démocrates européens sont étonnés d’apprendre que ce sont les 125 000 ou les 130 000 adhérents du Parti socialiste français qui vont décider de l’avenir du Traité constitutionnel pour tous les socialistes européens qui sont 600 000 adhérents en Allemagne, 500 000 en Italie, 400 000 en Grande-Bretagne… Si on avait fait un référendum entre socialistes européens, je ne doute pas que le “ oui ” l’aurait emporté très largement.

Notre débat s’arrêtera le 1er décembre, et je souhaite qu’il se conclue par une réponse positive.

Pourquoi me suis-je positionné avec d’autres pour l’adoption de ce Traité constitutionnel ? Serait-ce par une espèce d’obligation pour un socialiste de voter tout traité européen ? Ce serait par ailleurs une première raison. François Mitterrand, au moment de Maastricht, avait cette formule : ” Depuis que je suis entré en politique, j’ai toujours voté les traités européens. Et ne pas le faire aurait été un reniement par rapport à mon engagement de socialiste. Parce que chaque fois que l’Europe avance, je considère que les chances du socialisme progressent ”. Et, sans vouloir utiliser François Mitterrand à des fins partisanes, cette phrase me reste en tête encore aujourd’hui.
Ce serait donc une première raison, mais elle ne suffirait pas.

La vraie question donc est de se demander si ce Traité représente une avancée ou pas. Or, aussi bien sur le plan institutionnel, à travers un Conseil européen qui sera présidé, enfin, pour deux ans et demi par un Chef d’Etat ou de gouvernement, et qui engagera l’Europe, à travers une Commission européenne qui procèdera, enfin, des élections européennes au Parlement européen, puisque c’est le Parlement européen qui décidera de la Commission européenne, à travers aussi des majorités qualifiées, c’est-à-dire que l’on pourra voter sans l’unanimité un certain nombre de lois européennes, à travers un Parlement européen qui aura de plus grande capacité pour voter, notamment par rapport aux dépenses, à travers enfin un Ministre des affaires étrangères de l’Europe, on aura enfin une Europe politique. S’il s’est trouvé que l’Europe ait commencé par être économique –Traité de Rome, il a fallu attendre ce moment même pour être convaincus que l’Europe politique enfin allait exister. Alors, laissons-nous passer cette chance de la voir vivre en refusant le Traité ou, au contraire, devons-nous la saisir ?

Mais, il y a aussi des avancées économiques et sociales dans ce Traité. Enfin ! Le Service public est reconnu dans un traité européen ; des lois européennes vont permettre de pérenniser et de garantir les Services publics. Il y aura une Charte des droits fondamentaux qui donneront à tous les citoyens européens les mêmes droits aux libertés civiles, mais aussi les mêmes droits à l’égalité sociale, parce que les valeurs que portera cette Europe, reconnues dans ce Traité, sont les valeurs du plein emploi, du progrès social, du développement durable, de l’égalité homme/femme… Bref de tout ce que nous avons toujours voulu introduire dans l’Europe.
Il y aura, enfin, face à la Banque Centrale Européenne, la capacité d’agir.

Toutes ces raisons devraient suffire à elles-mêmes, mais certains s’interrogent. Cette Europe-là correspond-elle encore à nos engagements de socialistes ? N’allons-nous pas être contraints ? Cette politique que nous voulons proposer pour les élections en 2007 en France ne sera-t-elle pas enserrée, ligotée par ce Traité européen ?…

Curieux paradoxe qui voudrait que tous les traités que nous avons déjà ratifiés nous auraient, paraît-il, empêché d’agir quand on sait que ce sont toujours les gouvernements socialistes qui les ont proposés au pays et notamment celui de Maastricht.

Certains disent qu’il n’était pas facile de faire voter les citoyens pour le Traité de Maastricht. C’est vrai ; ce n’était pas facile. La gauche était dans son moment le plus difficile ; elle était au bout d’une législature impopulaire, avec un niveau de chômage élevé. Néanmoins, François Mitterrand a su convaincre pour qu’il y ait une majorité sur ce texte, alors même que ce qui était proposé était la monnaie unique, c’est-à-dire de perdre l’instrument de souveraineté, le franc, pour le transférer à une Banque Centrale Européenne, à des gouvernements européens. Ce n’était donc plus le gouvernement de la France. Il y a eu des hésitations. Elles étaient compréhensibles. Il y a eu des doutes, y compris au sein même de notre électorat, sur Maastricht. Il faudrait donc aujourd’hui, 12 ans après, alors que la monnaie unique nous protège de toutes les fluctuations internationales, de toutes les dévaluations, renier tout cela !

Quelle idée pour un socialiste que de refuser ce nouveau Traité ! Même si, dans nos départements, l’idée européenne ne va pas de soi, quel est le rôle d’un responsable politique ? C’est de convaincre l’électorat et non de le suivre aveuglément. Il y a un parti qui n’a cessé de courir après son électorat, qui n’a cessé d’être toujours d’accord avec son électorat… Il a fini par le perdre car, ce que demandent les citoyens, c’est bien sûr qu’on les entende, qu’on prenne en compte leurs aspirations, mais aussi qu’on leur fixe une perspective, que l’on trace un chemin, qu’on leur donne un projet, qu’on leur parle de ce qu’est notre avenir. C’est la force des grands hommes d’Etat -on a cité François Mitterrand, mais on peut en citer d’autres qui ne sont pas forcément socialistes- que de s’adresser à un moment à leur peuple et de leur dire “ voilà ce qui est utile, voilà ce qui est juste, voilà ce qui est nécessaire, voilà ce qui est décisif pour notre pays ou pour l’Europe ”.

C’est cela que doivent faire les socialistes : parler avec conviction et avec force ; ne pas être peureux, frileux. Il ne faut pas penser que l’ouverture est un problème, que d’avoir accueilli des pays de l’Est est une difficulté supplémentaire. Mais, c’est en fait une gloire par rapport à ce qu’a été la coupure de l’Europe en deux, Yalta. Savoir que les pays qui viennent de l’ancienne dictature communiste sont aujourd’hui avec nous n’est pas une menace. Ils doivent au contraire bénéficier de notre solidarité mais aussi avoir des devoirs d’harmonisation, bien sûr, de leurs règles fiscales ou sociales. C’est donc par le haut qu’il faut les tirer. Comme on l’a fait d’ailleurs pour l’Espagne, le Portugal ou la Grèce. C’est à la droite ou à l’extrême droite que l’on utilise des arguments fondés sur la peur. Ce que les socialistes doivent dire, c’est que l’Europe est justement un continent qui doit s’unifier, s’organiser pour peser sur le destin du monde.

Belle phrase d’ailleurs de Léon Blum au retour de captivité au lendemain de la guerre : “ Soyez Européens. Mais ne soyez pas européens pour vous-mêmes ; soyez européens pour le monde, parce que c’est par l’Europe qu’on arrivera à changer le monde ”. Ce message est toujours vrai aujourd’hui.

Je me bats pour un Traité constitutionnel qui, il est vrai, n’est pas parfait. Il n’est pas un traité socialiste. C’est un Traité qui est un compromis. Mais, je m’honore du fait que tous les partis socialistes européens –sauf celui de Malte, mais cela ne déstabilise personne, que la plupart des syndicats européens sont pour ce traité. Nous ferions la fine bouche : “ pas encore, il manquerait cette disposition, il faudrait dire non pour renégocier ensuite… ”. Mais, renégocier avec qui ? Jacques Chirac serait le négociateur ! Ceux qui ont confiance en ses capacités de négociation pour un meilleur traité social et politique ne font pas légion. En tout cas, moi, je ne lui fais pas confiance sur ce terrain-là. Négocier avec les gouvernements actuels ? 18 sur 25 sont à droite et il semble, pour certains, que parmi les 7 à gauche, quelques-uns ne seraient pas aussi à gauche que souhaité. Il paraît qu’on est les plus à gauche. Mais, être à gauche, c’est aussi être capable d’avoir des électeurs qui vous donnent leur confiance pour un temps long. Alors, avec qui changer ce Traité ? Je ne vois pas.

Le “ non ” est une impasse. Le “ non ”, c’est dire que l’on aura pas de Traité constitutionnel, donc pas d’institution, donc pas d’avancée économique, dons pas d’avancée sociale… Certains disent que l’on fera une Europe à quelques-uns, parce que l’Europe à 25, c’est impossible. L’Europe à quelques-uns ? Mais, aucun des pays qui sont dans l’Europe à 25 ne voudra faire l’Europe avec nous si nous n’avons pas, justement, fait une Constitution pour l’Europe à 25.

Ce choix du “ oui ” ou du “ non ” au Traité constitutionnel n’est pas sans conséquence pour l’avenir, parce que selon ce que nous déciderons, dans une certaine mesure, les sympathisants socialistes, les partenaires de la gauche seront engagés. C’est pourquoi les socialistes ne doivent pas raisonner simplement par rapport à eux-mêmes ; ils doivent raisonner par rapport aux socialistes européens, par rapport à leur pays et par rapport à leurs partenaires de la gauche. On nous oppose la position pour le “ non ” du Parti communiste. C’est normal ! On nous parle de la position pour le “ non ” de Jean-Pierre Chevènement. C’est normal ! Le Parti communiste n’a jamais voté un Traité et Jean-Pierre Chevènement –quand il était encore au Parti socialiste- était contre l’Europe et en proposait une autre qui était impossible. Il a même quitté le Parti socialiste sur la question européenne. Aujourd’hui, 20 ans après, nous aurions, nous socialistes, à nous caler sur la position des communistes qui ne font plus que 5% des voix et de Jean-Pierre Chevènement qui n’en fait plus aucune !

Je considère, au nom même de l’identité des socialistes, au nom même de notre responsabilité pour la gauche, qu’il faut faire le choix qui entraîne toute la gauche. Je suis pour le rassemblement, pour l’union de la gauche, avec toutes ses composantes, pour faire que nous soyons ensemble. Car, sans le Parti socialiste fort, la gauche ne peut pas gagner –nous l’avons prouvé aux dernières élections régionales et cantonales. Mais, sans l’union, le rassemblement de la gauche, le Parti socialiste ne peut pas vaincre. Pour autant, le rassemblement doit se faire sur ce que nous représentons, nous socialistes, et ceux qui votent pour nous. C’est la raison pour laquelle notre responsabilité est très grande en ce moment.
Le débat qui se passe donc en ce moment au Parti socialiste n’est pas un débat de personnes ; je n’utilise pas ce débat –d’autres le font- à des fins personnelles ; ce n’était un rapport de forces que j’aurais à établir. Ce n’est pas non plus un débat de courant du Parti socialiste –il y a des Congrès pour cela ! C’est un débat essentiel, fondateur qui engagera d’autres que les socialistes.

C’est un débat qui s’inscrit dans la démarche qui est la nôtre : s’opposer fermement à ce gouvernement, à sa politique, à Jacques Chirac, à son comportement et à ses choix. Il faut le faire avec le sens de la responsabilité. Il faut être durs, implacables même –et on l’a été sur un grand nombre de sujets, et notamment les sujets sociaux, économiques- et en même temps responsables de l’intérêt général ; nous l’avons montré –plus que d’autres- quand il s’est agi d’écarter l’extrême droite au lendemain du 21 avril ; nous l’avons montré lorsqu’il s’est agi de soutenir, parce que c’était juste, la politique de refus de la guerre en Irak ; nous l’avons montré quant à la question des otages, même quand la droite se livra à je ne sais quelle expédition pour aller libérer les otages avec je ne sais quelle rançon. Nous l’avons montré aussi sur la question, aujourd’hui, de la Côte d’Ivoire car nous refusons la polémique ; quand il y a des soldats qui meurent, qui sont agressés, il faut faire en sorte que la paix puisse revenir en Côte d’Ivoire où des ressortissants de la communauté internationale peuvent se trouver menacés.

Nous devons donc être responsables et en même temps fermes sur notre position. Conscients de ce qui doit venir, c’est-à-dire un changement en 2007. Il n’est pas acquis. Ne croyons pas que, l’impopularité de Raffarin, du gouvernement, et le rejet feront la victoire. Nous sommes conscients qu’il peut y avoir un détournement, une manœuvre –elle existe au sein de la droite et les élections américaines nous donnent des enseignements. Nicolas Sarkozy, en faisant croire qu’il n’est pas engagé par l’échec du gouvernement d’aujourd’hui, qu’il a d’autres propositions à faire, veut laisser croire qu’il pourrait se distinguer le moment venu. C’est une vieille manœuvre de la droite, une vieille tactique qui consiste à laisser penser qu’il y a toujours des différences au sein de la droite. Pompidou par rapport à De Gaulle ; puis Giscard d’Estaing par rapport à Chaban-Delmas ; puis Chirac par rapport à Giscard, Chirac par rapport à Barre, Chirac par rapport à Balladur… Chirac s’est toujours inventé un rival à droite pour se rendre plus présentable. Aujourd’hui, c’est Sarkozy qui veut se présenter devant Chirac. Il y a là une manœuvre… Elle peut fonctionner.

Il y a un électorat qui attend beaucoup de nous, un électorat populaire qui n’a pas forcément conscience de tous les enjeux, mais qui sait que s’il doit y avoir alternance, s’il doit y avoir espérance, c’est avec la gauche qu’elle doit passer. Mais, cet électorat populaire peut aussi ne pas venir voter, il peut se distraire sur d’autres listes. Notre rôle est donc de l’arrimer, mais sur des valeurs qui sont les nôtres, des valeurs de changement, de mouvement, de progrès, d’ouverture… C’est ce qui doit être notre démarche aujourd’hui.

C’est à vous de relayer cette parole, y compris chez les militants socialistes. Il faut leur dire combien leur choix du 1er décembre sera important pour eux et pour l’ensemble des sympathisants socialistes, et plus largement pour l’ensemble de la gauche.

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