François Hollande à Toulouse : « Sache le bien, Jose Luis Zapatero, nous, nous voulons aussi gagner les élections en 2007. Alors s’il te plaît, travaille bien et attends-nous, nous arrivons ! » « …la mission que j’ai confiée à Kader Arif, ce n’est pas seulement d’être, lui, député européen ; ce que je lui ai demandé, et ce que vous allez faire, c’est de faire élire au Parlement européen le plus de députés européens socialistes, ceux-là mêmes et celles-là mêmes qui sont sur la liste qu’il conduit… »
Chers camarades, Queridos compagneros,
Vous avez, en Kader Arif, non pas seulement un chef de file symbolique de la diversité du Parti socialiste, vous n’avez pas seulement un premier secrétaire d’une grande fédération, vous n’avez pas seulement un militant exemplaire, vous avez déjà un futur député européen. Mais la mission que j’ai confiée à Kader Arif, ce n’est pas seulement d’être, lui, député européen ; ce que je lui ai demandé, et ce que vous allez faire, c’est de faire élire au Parlement européen le plus de députés européens socialistes, ceux-là mêmes et celles-là mêmes qui sont sur la liste qu’il conduit.
Je suis ici avec vous pour accueillir Jose Luis Zapatero. C’est vrai que lorsque je suis venu à Madrid, c’était au mois d’avril, c’était le premier jour de sa prise de fonctions.
Il eut même la délicatesse de me faire visiter son bureau, comme un camarade qui le découvre. Et il m’a même dit, me montrant ses appartements, qu’il n’y avait pas encore résidé. J’eus simplement, un moment, l’illusion, moi-même, d’accéder au pouvoir. Pas encore à l’appartement, je vous rassure.
Ce jour-là, Jose Luis, tu m’avais dit que tu viendrais à Toulouse, et aujourd’hui, tu es là, à Toulouse, respectant ton engagement. Tu es là, à Toulouse, chez toi. Chez toi parce que tu es un socialiste, chez toi parce que tu es un socialiste espagnol à Toulouse.
C’est vrai qu’il y a des liens profonds qui unissent cette ville avec l’Espagne, c’est vrai qu’il y a des relations historiques entre cette région et l’Espagne, et c’est vrai aussi qu’il y a entre les socialistes français et les socialistes espagnols une amitié longue, durable, et chacun a à l’esprit l’appui donné par François Mitterrand à Felipe Gonzales au moment où il a accédé lui-même à la démocratie d’abord, et au pouvoir ensuite.
Nous nous inscrivons, nous aussi, dans cette tradition, dans cette lignée qui est aussi notre avenir. Jose Luis, tu incarnes non seulement la victoire des socialistes espagnols, tu incarnes la victoire de la démocratie. Prends-en conscience car le succès des socialistes espagnols a dépassé les frontières de l’Espagne.
Oui, tu as gagné la plus belle des victoires, d’abord celle contre le terrorisme hideux, et la seule réponse qui pouvait être donnée par le peuple espagnol, c’était le vote, c’était le suffrage universel, pour dire non au terrorisme, non à la violence, non à la haine. Et ils ont choisi le vote socialiste pour l’exprimer. Tu as vaincu aussi le mensonge, parce qu’il y a eu mensonge en Espagne, parce qu’on a caché la réalité au peuple espagnol, et qu’on ne peut pas abuser un peuple sans conséquences, et que là encore, merveilleuse leçon de la démocratie, ce sont les citoyens espagnols qui ont pris, là encore, le bulletin de vote socialiste pour battre le mensonge et exiger la vérité. Tu illustres aussi, avec ton parti, le redressement des socialistes, le refus de la fatalité.
Tu as été l’artisan de ce travail patient, obstiné, courageux, et finalement victorieux, qui est pour nous la plus belle des leçons.
Il n’y a aucun échec qui soit capable de terrasser les socialistes. Il y a toujours cette volonté, la nôtre, de redresser le mouvement qui est le nôtre, de reprendre le chemin du combat pour notre idéal, de rassembler la gauche. Et ça prend le temps nécessaire, mais c’est la victoire toujours inéluctable le moment venu où la gauche l’emporte contre la droite. Ce moment est venu en Espagne, et il viendra, là encore, en France. Tu symbolises aussi le retour de la gauche en Europe, et notamment dans l’Europe du sud.
Je veux te remercier tout particulièrement, parce que ton succès en Espagne a permis le nôtre en France pour les élections régionales et cantonales. Et que dans tous nos meetings, dans toutes nos réunions au mois de mars, nous disions : ce que les Espagnols ont fait, les Français peuvent aussi l’accomplir. Et nous avons appelé ainsi de nombreux citoyens, las peut-être du scrutin, du vote indifférent, à l’enjeu à venir, précisément, voter.
Encore aujourd’hui, c’est l’appel qu’il faut lancer : oui c’est le vote, c’est le suffrage, c’est la participation civique qui fait avancer une société, qui donne le progrès, qui donne la clé de la réussite d’une société et d’un avenir.
Voilà pourquoi, encore, pour ces élections européennes, où l’abstention est, paraît-il, une menace, où la dispersion est un risque, nous, nous faisons campagne pour le vote, et aussi, je dois le dire et le confier devant vous, pour le vote socialiste.
Je veux exprimer notre gratitude de socialistes pour la décision que tu as prise le jour même où tu as accédé aux responsabilités, de retirer les forces espagnoles d’Irak, et permettre ainsi l’accès, enfin, de la suprématie du droit sur la force.
Alors nous, nous faisons une campagne européenne. Il nous paraît légitime d’inviter nos meilleurs leaders en Europe, aujourd’hui Zapatero, hier, Antonio Guteres*, l’ancien premier ministre portugais, président de l’Internationale socialiste, et puis Poul Rasmussen, président du Parti socialiste européen. Bref, nous, nous invitons nos amis socialistes.
Et me venait à l’esprit, en t’écoutant, une question : qui la droite pourrait-elle inviter dans cette campagne comme représentant de l’Europe qu’elle veut ? Peut-être l’UMP a-t-elle songé à inviter Aznar ? Je n’en suis pas sûr, et je me pose d’ailleurs, là encore, la question. Peut-être a-t-elle songé à inviter le chancelier autrichien, Schussel, l’homme qui a fait une alliance entre la droite et l’extrême-droite, difficile.
Alors, je vais lui prodiguer un conseil : le seul, à ma connaissance, qui reste à inviter par la droite dans cette campagne, jusqu’au 13 juin, ce ne peut être que Berlusconi, je ne vois que lui pour incarner l’Europe de la droite.
Parce que l’enjeu, dans cette élection du 13 juin, c’est de savoir qui, de la droite européenne ou de la gauche européenne, aura le plus de sièges et la majorité au Parlement européen.
Nous, nous revendiquons, au nom du Parti socialiste européen, cette prétention à diriger non seulement les grandes commissions du Parlement européen, la présidence du Parlement européen, mais nous affirmons que si nous sommes suffisamment nombreux au sein du Parlement européen, le président de la Commission européenne procédera aussi de cette légitimité démocratique. Certes, le nom sera présenté par les chefs d’État et les chefs de gouvernement, mais c’est le Parlement européen qui, finalement, habilitera ce président de la Commission européenne.
Si nous le voulons, nous pouvons influer non seulement sur le Parlement européen, mais sur la future Commission européenne. C’est la raison pour laquelle le vote, le vote de gauche, dans cette élection n’est pas un vote simplement de symbole, simplement d’adhésion, simplement de confirmation, non, c’est un vote utile, utile pour l’Europe, utile pour la gauche européenne, utile pour l’Europe sociale.
Et je vous appelle, et à travers vous, tous ceux qui doutent encore, à venir conforter cette Europe de gauche que nous sommes en train de construire et de bâtir.
Et la droite européenne existe. Elle existe d’abord au niveau des gouvernements, et aujourd’hui, il y a plus de chefs de gouvernement et de chefs d’État de droite que de gauche, mais ce parti des conservateurs européens, des droites européennes, PPE, parti peu populaire et pas européen, d’ailleurs, eh bien, ce mouvement-là est aujourd’hui le plus représenté au Parlement européen, et il défend une politique qui est à l’inverse des choix que nous proposons.
C’est d’abord de déréguler, de privatiser l’ensemble des services publics. Ce parti propose aussi d’augmenter encore la durée maximale de travail. Ce parti est également celui qui veut éviter de créer des commissions d’enquêtes, notamment après le naufrage de navires pollueurs, parce que ce parti refuse le principe pollueur-payeur, et notamment par rapport au Prestige.
Alors, nous avons devant nous un parti conservateur, un parti de droite, dont la majorité d’ailleurs était pour l’intervention américaine en Irak, qui aujourd’hui encore se bat de la future constitution européenne pour introduire la référence à Dieu dans ce texte fondamental.
C’est le même parti qui a refusé les sanctions imposées à l’Autriche pour cette alliance entre la droite et l’extrême droite.
Alors, pour ceux qui douteraient, là encore, de ce clivage entre la droite et la gauche en Europe, je veux ici vous mettre en garde : si la droite était majoritaire en Europe, alors que déjà, dans les gouvernements, elle pèse, nous aurions une Commission également à droite et nous aurions une Europe libérale qui, en définitive, abattrait nos protections sociales, libéraliserait les services publics et réduirait encore la place et l’autorité de l’Europe.
Le voulons-nous ? Non. Et c’est pourquoi nous avons fait campagne pour l’Europe sociale, non pas comme un slogan, non pas comme une incantation, mais comme un engagement.
Pour nous, l’Europe sociale, c’est d’abord l’Europe de la croissance et de l’emploi.
Est-il possible de concevoir que l’Europe, première puissance économique du monde, puisse tolérer un niveau de chômage supérieur à 10% de la population active ?
Peut-on admettre, dans cette Europe riche, qu’il y ait encore 5% de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté ? Peut-on justifier que, pour beaucoup de jeunes, l’entrée sur le marché du travail reste difficile, voire interdite pour ceux qui n’ont pas les qualifications ?
Donc le premier devoir pour des Européens, le premier devoir pour des socialistes, c’est d’abord ce pacte de croissance, et de relance, et d’emploi. Et nous demandons aussi que soit reprise cette idée, celle de Jacques Delors émise il y a maintenant plus de quinze ans, d’un grand emprunt européen finançant de grandes infrastructures pour l’environnement, pour les services publics, pour aussi les routes, et peut-être même le chemin de fer, que le gouvernement Raffarin, ici, remet en cause.
Je veux vous dire que l’Europe sociale, c’est également un traité social avec des critères de convergence, permettant d’introduire un salaire minimum dans chaque pays européen, et ce salaire qui devrait lui-même converger vers le haut. Alors les libéraux nous disent : « Mais vous n’y pensez pas ! Un salaire minimum ! Vous allez déstabiliser l’emploi, contrarier l’entrée des pays dans l’Union européenne. ».
Mais pour nous, l’élargissement, ce n’est pas l’abaissement des droits, l’élargissement, c’est, au contraire la convergence vers le haut des protections, des droits, des salaires. C’est ce qui s’est produit lors de l’entrée de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce dans l’Union européenne, c’est ce qui doit être aussi la règle.
Alors faisons en sorte de faire cette Europe sociale, de lui donner du sens, du contenu.
Déjà, une stratégie a été définie à Lisbonne lorsqu’il y avait des chefs de gouvernement socialistes, et notamment à l’initiative d’Antonio Guteres* et de Lionel Jospin, qui s’est battu pour cette grande idée de faire converger, là encore, les droits sociaux et les salaires, et donner à l’Europe un objectif impérieux : l’éducation, la connaissance, la recherche, la culture. Parce que pour nous, le modèle européen n’est pas un modèle économique, c’est un modèle de civilisation.
Ce que nous voulons faire une Europe, ce n’est pas simplement un progrès pour les Européens, c’est un progrès pour le monde, et si nous sommes fiers d’avoir réussi depuis 60 ans à faire la paix entre nous, nous ne sommes pas quittes envers les devoirs que nous avons pour le reste du monde, quand la guerre est autour de nous, en Irak, au Proche Orient, en Afrique, le rôle de l’Europe, c’est de peser sur le destin du monde. Et il faut une Europe forte si l’on veut une ONU, elle-même, qui soit légitime et entendue. Tout se tient.
Puis l’Europe sociale, ce sont les services publics. Ils sont en cause dans cette campagne. Soit nous arrivons à faire voter cette grande loi européenne pour les services publics, soit d’étape en étape, de marche en marche, nous dévalerons l’escalier de nos protections et de nos garanties collectives, et qu’il sera bientôt fini l’accès de tous à la santé, à l’éducation, aux transports, à l’énergie.
Moi, je ne veux pas, en tant qu’européen, qu’on utilise l’Europe pour faire réduire le service public.
Il n’y a pas pire message que l’on peut donner, pire modèle que l’on peut fournir à l’Europe que d’en faire un instrument de libéralisme, un instrument de retrait de l’État, un instrument d’abandon de nos protections. C’est parce que nous sommes Européens que nous sommes pour le service public en Europe.
Enfin, nous avons une grande différente entre les droites européennes et la gauche européenne, c’est que nous, nous pensons que le budget de l’Europe est insuffisant : 1% de la richesse européenne. Et la droite ne veut surtout pas relever ces dépenses, au contraire, y compris le gouvernement français, qui lui-même, incapable de faire respecter ses propres normes budgétaires, voudrait en plus que l’Europe fasse des économies à sa place.
Eh bien nous, nous disons que nous voulons porter, ce n’est pas si, finalement, ambitieux, de 1 à 1,5% de la richesse européenne le budget de l’Europe, pour y faire priorité à l’éducation, à la recherche, à la culture, aux infrastructures, à l’environnement.
Les libéraux s’en effarouchent, nous disent que nous allons augmenter de 50% le budget, mais si nous partons de si peu, les progressions n’ont aucun sens !
Alors moi, je vous le dis : oui, il faut se battre pour un grand budget européen, oui, il faut accepter un impôt européen, et commençons d’ailleurs par l’impôt sur les sociétés, que nous pourrions harmoniser, et dont nous pourrions faire l’instrument, non seulement de financement de l’Europe, mais de la coordination des politiques fiscales pour lutter contre les délocalisations ou le dumping.
Si l’on y songe, chers amis, chers camarades, jamais une élection n’a été finalement si politique.
Le Premier ministre voudrait nous faire croire qu’aujourd’hui le débat serait entre ceux qui sont pour l’Europe et ceux qui sont contre l’Europe, mais hormis l’extrême droite, tout le monde ici, en France, est pour l’Europe.
En revanche, la vraie différence, c’est de savoir quelle Europe nous voulons, quels contenus nous Lui donnons, quel sens nous lui fixons, quelle direction nous lui donnons. Voilà le thème de notre campagne.
Oui, il y a une différence majeure entre la gauche et la droite en Europe, et cette élection va décider de notre avenir pour cinq ans. Et parce que nous avons de grandes ambitions, nous voulons cette Europe sociale tout de suite. Mais elle nous sera aussi utile, chers amis et chers camarades, quand nous reviendrons aux responsabilités, car nous reviendrons aux responsabilités en 2007. Et si nous voulons poursuivre nos engagements, avancer de nouveaux progrès, il nous faut une Europe sociale, et non pas une Europe de la contrainte, une Europe du libéralisme, une Europe de la rigidité des politiques publiques.
Chers amis, chers camarades, c’est une élection politique aussi parce que, à l’évidence, il y aura des leçons à tirer de la consultation.
La première : qui, du groupe socialiste européen ou de la droite européenne, sera majoritaire ? Puis une deuxième leçon : qui ici, en France, du Parti socialiste ou de l’Ump, arrivera en tête le 13 juin ? Et c’est là tout le sens aussi de notre combat.
Si c’est l’Ump qui arrive, le soir du scrutin, le 13 juin, en tête… Vous n’en savez rien, il faut le démontrer ! Mais si l’Ump arrivait en tête, ce qui serait d’ailleurs logique, c’est le grand parti de la droite, on nous dit d’ailleurs, le parti unique de la droite, c’est le parti qui détient tous les pouvoirs : la présidence de la République, le Premier ministre, la majorité à l’Assemblée nationale, la majorité au Sénat, et je ne parle pas du Conseil constitutionnel ou du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Tout, elle a tout, la droite. Il serait donc, dans une démocratie représentative, assez normal que le parti de la droite arrive en tête.
À ce moment-là, il pourrait d’ailleurs revendiquer la poursuite de sa politique. Mais si tel n’est pas le cas, ça voudra dire que le Parti socialiste est la première force politique en France, et c’est ça qu’il faut démontrer le 13 juin.
Et si le Parti socialiste est la première force politique en France, il faudra aussi mesurer l’écart entre le Parti socialiste et l’Ump.
Et si l’Ump, je poursuis mon rêve, peut-être, mon vœu en tout cas, mon appel, si l’Ump ne fait pas 20% du corps électoral, si l’Ump fait encore moins, alors la question sera posée, pas simplement de l’avenir du gouvernement Raffarin, mais de la capacité qu’aurait ce gouvernement de poursuivre plus longtemps sa politique, parce que sa politique serait rejetée, refusée, repoussée par les Français.
Permettez-moi, juste ce soir, de vous dire mon plein accord avec Alain Juppé, car lui a déclaré, peut-être est-ce parce qu’il est bientôt sur le départ, il y a toujours une espèce d’accès à la sincérité quand vous savez que vous ne serez pas là demain… Eh bien, Alain Juppé a dit que l’Ump était là pour soutenir l’action du Premier ministre dans cette élection, et qu’elle ne devait avoir aucun complexe sur le projet d’assurance maladie, que ce serait même l’un des thèmes des élections européennes, comme celui du changement du statut d’EDF et sa privatisation.
Alors je vous le dis, chers amis, si vous voulez rejeter ce plan de la Sécurité sociale, injuste, inopérant, inconséquent, si vous refusez la privatisation d’EDF, si vous repoussez le démantèlement de l’Éducation nationale et le transfert de ses personnels sur les collectivités locales, qui ne demandent rien, et même pas des compensations, alors, il faut voter, il faut voter socialiste le 13 juin, et faire en sorte que cette politique soit rejetée, écartée, et que, enfin, un espoir se lève, et cet espoir, c’est nous qui le représentons.
Mais la vie politique n’est pas aussi simple. Je suis à quelques jours d’une élection, et tout se déterminera, non pas par nos présences dans les meetings, mais par le vote le 13 juin.
Nous, nous faisons campagne, et nous en sommes fiers.
Notre honneur de démocrates, de citoyens, c’est d’aller vers les autres, vers les Français, et de leur dire : voilà le sens de notre campagne, voilà l’objectif que nous fixons, voilà la portée du scrutin, et donc nos candidats, derrière Kader ici, partout ailleurs, ne ménagent pas leur peine pour convaincre.
Et en face de nous, nous cherchons nos adversaires. Je l’ai dit : la droite n’est pas en campagne, elle est en fuite. Et nous avons cette situation inouïe dans une démocratie : un premier ministre qui considère que les élections européennes ne figurent pas dans son calendrier, comme si des étudiants pouvaient considérer que des examens ne figuraient pas, eux non plus, dans leur calendrier.
La démocratie, c’est le jugement, c’est l’évaluation, c’est la confrontation. Et puis, où sont passés les ministres du gouvernement Raffarin ? Aucun ne tient meeting, aucun n’est en réunion publique ! Ils sont peut-être, vous me direz, à la télévision. C’est possible. Mais ils ne font pas campagne.
D’ailleurs, la leçon leur a été précieuse au moment des élections régionales.
Dans toutes les régions où il y avait un enjeu, c’est-à-dire dans vingt régions sur vingt-deux, encore que je me dis, à la lumière de l’expérience, nous avons été trop modestes dans cette campagne pour les élections régionales, tout était possible, et qu’il n’y avait pas de raisons de laisser les Corses ne pas donner une majorité de gauche là où ils l’avaient déjà arrachée, et aux Alsaciens, je pense qu’ils méritaient, notamment les socialistes alsaciens qui se sont bien battus dans cette campagne, d’arracher eux aussi la victoire.
Mais dans cette campagne pour les élections régionales, il y avait des ministres partout, tout autour de nous, et ils faisaient campagne. Beaucoup même étaient candidats aux élections régionales, avec le succès que l’on sait. Mais là, ils n’y sont plus, ni sur les listes, ni sous les préaux, ni dans les salles.
Même Nicolas Sarkozy, et Dieu sait s’il s’était dépensé dans la campagne des élections régionales, allant ici, parcourant ailleurs le territoire, où est-il aujourd’hui, Nicolas Sarkozy ? En Algérie, nous dit-on. Peut-être que l’Algérie va bientôt rentrer dans l’Union européenne, c’est possible, mais en tout cas, il faudrait l’informer. Et Nicolas Sarkozy, lui, préfère écraser les prix. Quel courage ! Vous vous rendez compte qu’il a décidé tout seul, il fait notre admiration, de baisser les prix de 5% en France. Au mois de septembre me direz-vous. Ah oui ! Que ne l’a-t-il fait dès aujourd’hui ? Et en plus, il a donné des avantages considérables aux grandes surfaces, à la grande distribution, une nouvelle fois illustrant sa politique : on donne aux plus privilégiés et on ment à tous les autres, c’est ça la politique du gouvernement Raffarin-Sarkozy.
Alors s’il n’y a pas de premier ministre en face de nous, s’il n’y a pas de ministre, y a-t-il encore un président à l’Ump ? Peut-être pas. Parce que la seule campagne qui les intéresse, à droite, c’est précisément celle de savoir qui sera le prochain président de l’Ump.
Alors, face à cette stratégie de la droite qui fuit le scrutin, qui espère dans l’abstention son salut, qui joue sur la dispersion, à travers la multiplication des listes, qui espèce le découragement civique, qui fait même le pari de la confusion en mélangeant le dossier de la Turquie avec les élections européennes, alors que ce n’est pas d’actualité, en faisant en sorte de nous demander d’approuver une constitution qui n’est même pas encore conclue, et dont on ne sait même pas aujourd’hui quelle est la position du président de la République sur cette future constitution et le mandat qu’il s’est lui-même donné pour la discussion qui suivra l’élection au Parlement européen.
Pour toutes ces raisons, il nous faut faire campagne pour tous, il nous faut être démocrates pour tous, il faut lutter contre la dispersion, l’abstention et la confusion, et donner du sens, parce que c’est une élection qui va compter, contrairement à ce que dit la droite, qui prétend aujourd’hui que finalement, le vote des Français n’aurait pas de conséquences, n’aurait pas d’incidences, n’aurait pas d’influences, que peut-être même, les Français, dimanche soir, ne regarderaient pas à la télévision, ce sera difficile, les résultats des élections européennes.
Quand les Français votent, quand, dans une démocratie, une consultation est organisée, quand une élection a lieu, ses résultats pèsent, et ils pèseront. Et c’est pourquoi nous devons nous-mêmes, dans ces jours qui restent, nous mobiliser pour faire de notre victoire, nous, socialistes français, la plus belle victoire de la gauche en l’Europe. Nous sommes porteurs de cette espérance. Nous avons, nous, apporté le plus de députés européens socialistes à la gauche européenne. Et avec l’Espagne, et avec l’Italie, et avec la France, et avec la Belgique, nous ferons, peut-être, les résultats que nos amis anglais ou allemands ne feront plus.
Certains en sont peut-être responsables. Mais nous, nous ferons la bataille. Cette bataille est essentielle pour l’Europe, elle est fondamentale pour notre pays, il n’y aura pas d’autre élection avant 2007.
Quelques jours avant de savoir si les élections européennes confirmeront ou pas les élections régionales, je veux vous donner cette confiance en vous-mêmes.
Depuis deux ans, après l’affront que nous avons subi, injuste, cruel, nous avons su, nous, les socialistes, d’abord nous rassembler, ensuite redresser la gauche, l’amener à la victoire pour les élections régionales, lui donner de la fierté, qu’elle avait peut-être perdue, lui donner de l’espérance pour ces élections européennes, lui donner un sens à son combat, et retrouver la confiance de nos concitoyens, qui ont voulu sûrement sanctionner au mois de mars le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, qui doivent le refaire, le 13 juin, mais qui nous ont aussi donné, déjà, un début de confiance à nous-mêmes, socialistes, nous n’avons pas le droit de les décevoir.
Une chance nous a été donnée, un espoir dans la politique nous a été confié, une mission nous a été accordée.
Nous devons tout faire, chers amis, au-delà des élections européennes, pour non seulement rassembler les socialistes, mais aussi rassembler la gauche et préparer notre victoire pour 2007.
Il y faudra de la conviction, nous l’avons, il y faudra du respect à l’égard de l’électeur et du citoyen, il y faudra de la démocratie, il y faudra de la vérité, parce que rien n’est possible en politique sans la vérité, sans dire quelle est la situation de notre pays, de quel héritage allons-nous avoir la charge en 2007, après cinq ans de droite. Nous devons dire ce que nous pouvons changer et ce que nous ne pouvons pas encore modifier. Nous devons aux Français la vérité, et nous leur dirons.
Mais nous devons aussi affirmer la volonté sans laquelle il n’y a pas de transformation possible, dire la société que nous voulons construire ensemble, dire combien, sur l’éducation, sur les services publics, sur le logement, sur l’environnement, nous portons aujourd’hui des exigences.
Et puis nous ferons ce travail sur notre projet dans l’unité, dans l’unité des socialistes, qui savent bien que c’est sur un projet d’abord que nous obtenons la confiance, le reste vient par surcroît.
Kader, tu as été l’enfant choyé de cette campagne pour les élections européennes. Nous sommes tous venus. Tu auras eu droit à Lionel, à Jose Luis, à Laurent, même à François, et donc, ce voilà maintenant en charge de l’essentiel, nous te faisons confiance. Ta victoire sera sans doute belle, parce que c’est dans la région Midi-Pyrénées que nous faisons aux élections européennes, j’ai été tête de liste la dernière fois, nos meilleurs résultats. Alors surtout, faites que Kader fasse mieux que François, que Kader fasse un meilleur résultat en 2004 que je n’ai pu le faire, pardonnez-moi, en 1999.
Oui, il nous reste beaucoup à faire ensemble, mais j’ai confiance en vous, je sais combien mobilisés pour ces temps électoraux, vous vous mobiliserez aussi pour ce temps du projet qui précède le temps de notre victoire.
Sache le bien, Jose Luis Zapatero, nous, nous voulons aussi gagner les élections en 2007. Alors s’il te plaît, travaille bien et attends-nous, nous arrivons !
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