…. » Il faudra que toute la gauche élabore ensemble un projet pour le grand rendez-vous de 2007, que nous concevions les politiques sur lesquelles nous pourrons, de nouveau, fonder l’espoir et la transformation ». Chers Amis, Chers Camarades,
Je suis à Conflans, et j’ai le sentiment d’être dans une ville maintenant historique du socialisme. Pour moi, dans les années 70, Conflans, c’était une victoire, celle de Michel Rocard, de son équipe. Pour moi, Conflans, c’était effectivement les fêtes de la Battellerie, c’était aussi des rassemblements de la gauche, c’était des victoires électorales répétées, c’était ensuite Jean-Paul Huchon prenant les responsabilités de la commune et poursuivant l’effort d’innovation qui fait qu’aujourd’hui, à Conflans, vous êtes –dans une certaine mesure- une vitrine du socialisme.
Je crois au rassemblement de la gauche. Je sais que nos divisions ont coûté cher, mais qu’elles n’expliquent pas à elles seules la défaite. Mais, je sais qu’il n’y a pas de victoire possible pour la gauche, ni au moment de ces élections régionales, ni à l’échéance de la présidentielle qui vient et des législatives qui suivront, si la gauche n’est pas unie, rassemblée. Pas simplement pour une alliance électorale de circonstance, rassemblée sur un projet, sur un contrat, capable de l’élaborer en commun. Et, si nous avons des espoirs –et je pense que nous aurons des succès pour ces élections régionales et cantonales- nous aurons immédiatement des devoirs dès les résultats connus, et surtout s’ils sont favorables. Il faudra que toute la gauche élabore ensemble un projet pour le grand rendez-vous de 2007, que nous concevions les politiques sur lesquelles nous pourrons, de nouveau, fonder l’espoir et la transformation.
Ce ne sera pas simple. Nous avons nos différences et je ne m’en plains pas car je pense que c’est une forme de richesse, à la condition néanmoins de rechercher de bonne foi les uns et les autres les synthèses nécessaires. Et, le projet que nous aurons à bâtir ne sera pas le projet des seuls socialistes ; il doit être celui de toute la gauche.
Nous avons à inventer des politiques de transformation ; nous avons à porter un idéal, celui de l’égalité ; nous avons à donner des instruments nouveaux, et je pense notamment à l’Education qui doit être le fondement même de l’action réformatrice et transformatrice dans notre pays. C’est peut-être de ne pas l’avoir suffisamment conçue comme un modèle à la fois de citoyenneté, comme une promotion sociale, comme une préparation à de grandes réussites économiques, que nous n’avons pas rencontré toujours l’intégration, l’égalité des chances et finalement l’accomplissement de chacun. Voilà ce qui nous attend, mais avant il faut gagner ces élections régionales et cantonales.
Jean-Paul Huchon est un ami, mais cela ne suffit pas. Il a des qualités, mais on ne les présente pas toujours dans un sens qui lui est favorable. On dit d’abord qu’il est « rond ». À titre personnel, je n’ai rien contre les ronds. Je trouve même qu’ils peuvent avoir des idées carrées et des aspérités. Enfin, Jean-Paul est un rassembleur et il l’a montré. Il a fait passer ses projets, il a réussi à faire voter ses budgets, mais il a mené une politique avec force, avec conviction et sans perdre de temps. Il héritait d’une situation difficile, d’une région à mauvaise réputation, une région sans véritable perspective; nous en voyons maintenant les traces et les succès. Il a montré de l’efficacité, il a montré un sans aigu de la responsabilité. C’est ce qu’il faut poursuivre.
Cette élection régionale s’inscrit dans un moment particulier de la législature. Nous sommes, deux ans après une déconvenue, après un vote aussi que nous assumons –celui du 5 mai- et nous avons l’occasion, la chance de porter jugement sur la politique gouvernementale.
Si nous laissons passer la droite sans qu’elle trouve la sanction, sans qu’elle trébuche au moment du premier comme du deuxième tour de l’élection régionale, alors notre responsabilité sera de nouveau engagée. Parce que si la droite passe cet obstacle, elle n’aura pas pendant trois ans d’autre rendez-vous avec le peuple. Et, ce qui est aujourd’hui en préparation -souvent caché de l’opinion publique (mais nous qui disposons de plus d’informations que d’autres comme militants, comme acteurs, comme responsables de la vie publique)- ce sont des décisions graves pour notre avenir sur la Sécurité Sociale, sur le droit du travail et sur les services publics. Il s’agit rien de moins sans doute que la privatisation des dépenses d’assurance maladie, du démantèlement du code du travail, de la privatisation d’EDF et peut-être aussi de La Poste.
Alors si, à un moment, le peuple n’est pas éclairé sur l’enjeu, si à un moment les acteurs politiques que nous sommes, nous n’appelons pas au vote et à la prise de décisions, qui le fera ? Pas la droite. La droite est consciente de son impopularité. Si elle l’ignore, d’ailleurs, elle peut la vérifier à tout moment, Jean-Jacques Aillagon en a fait l’expérience à ces dépens, il y a peu. L’impopularité touche donc de nombreux membres du gouvernement au point même que Jean-Pierre Raffarin –dans des confidences- laisse penser que le remaniement est proche, ce qui finalement ne rassure pas son équipe. Certes, il y en a un qui s’en sort mieux que d’autres. Cela les inquiète alors que cela devrait les stimuler. Ils s’en méfient et ils ont raison. Car, quand de l’intérieur, vous avez un Ministre de l’Intérieur qui s’interroge sur l’impression que cela fait d’être numéro un, je comprends que cela inquiète celui qui y est et tous ceux qui y prétendent.
Nous en sommes donc là. Ils sont impopulaires ; ils connaissent à la fois la tristesse de leur bilan et la gravité des décisions qu’ils ont à prendre au lendemain des élections. Pour eux, le scrutin est un risque, pour eux le vote est une menace. Alors, ils ont fait le jeu, cynique sans doute, d’appeler à l’indifférence, de jouer la démobilisation, de prétendre même que les élections régionales et cantonales ne seraient pas politiques. 25 ministres sont candidats (19 aux régionales, 6 aux cantonales) et l’élection n’aurait pas de caractère politique ! C’est Jean-Pierre Raffarin qui l’a dit lui-même lors d’un meeting de soutien à Gérard Longuet dans la région Lorraine. Il fera lui-même de nombreux déplacements, et il en a bien le droit. On me dit même qu’il est annoncé à Limoges, dans ma région, avec Bernadette Chirac… C’est vous dire qu’elles n’ont pas de caractère politique ces élections !
Jacques Chirac, lui, est en campagne. C’est sa nature. Mais, depuis le début de l’année, il a prononcé tous ses vœux, annoncé toutes les lois possibles et ne perd pas une occasion de promettre tout ce qui peut lui faire gagner des voix ou lui éviter d’en perdre. Il utilise même les rendez-vous internationaux –il était à Berlin il y a peu d’où il a pu arracher à G. Schröder une baisse de la TVA qui n’interviendra jamais pour les restaurateurs, en tout cas pas avant 2006 ou 2007, ce qui fait déjà une proposition pour la campagne de 2007. Mais, pour lui, l’important est de mener campagne. Il l’a fait aussi à force poignées de mains au Salon de l’Agriculture, sans d’ailleurs que l’accueil ait été aussi chaleureux que par le passé… Tout lasse, tout passe.
La droite voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas de portée national aux scrutins quand tous ses ministres sont quasiment candidats, quand le Premier ministre est lui-même en meeting et que le Président de la République fait des promesses. OUI, il y a campagne, mais on voudrait nous priver de son enjeu essentiel.
Tout est fait pour que cette élection n’intéresse pas. Tout est fait pour que l’abstention soit finalement la plus haute possible. C’est le reproche que je fais au gouvernement. C’est le reproche et l’accusation même que j’adresse à la droite. J’appelle à la confrontation, j’appelle au débat. Dans une confrontation, il n’y a rien de pire que le déclin civique, que le fatalisme ou la résignation. Parce que nous savons bien où nous conduit la crise civique, la crise morale, la montée des extrêmes. Nous devons y faire rempart. Et la meilleure façon de le faire, c’est de solliciter le vote et le suffrage.
Nous sommes dans ce moment-là où la droite appelle à l’abstention quand nous, nous devons appeler au vote. Chaque électeur qui renoncera à aller voter sera une chance pour la droite, chaque participation supplémentaire aux scrutins sera, j’en suis sûr, un renfort pour les idées que nous portons. Tel est finalement notre premier devoir, notre première responsabilité. Non pas simplement de femme et d’homme de gauche, mais de citoyenne et de citoyen, d’acteurs de la vie civique parce que nous portons un idéal qui nous dépasse, qui dépasse même nos familles politiques. Nous portons le message de la République. Nous ne pouvons pas accepter que notre pays, la France, qui a sans doute eu dans son histoire un message universel à livrer et qui prétend encore pouvoir le porter, laisse la place à la banalisation, à l’abandon de cette participation qui a fait la force de notre démocratie.
Voulons-nous être assimilés à ces démocraties vagues où simplement 50 % des électeurs se prononcent, où seuls les plus intégrés, les plus favorisés pourraient avoir accès à la décision politique, quand tant d’autres qui auraient tant besoin de l’expression du suffrage y renoncent ! Voilà notre première obligation : faire effort auprès de la population pour que la plus forte participation soit relevée lors des élections régionales et cantonales.
C’est un moment important car ce sera aussi un moment de choix. La région Ile de France est la plus grande région de France et l’une des plus grandes d’Europe. Des choix majeurs peuvent être faits et il n’y a pas de raison de penser que si la droite s’installait à la tête de cette région elle ne ferait pas, pour l’Ile de France, ce qu’elle fait pour la France. C’est-à-dire ce qu’elle défait.
Il n’y a pas de raison de penser qu’elle donnerait priorité aux transports publics, alors qu’au niveau gouvernemental elle en réduit les crédits ; il n’y a pas de raison de croire qu’elle pourrait accorder ses faveurs au logement social, alors que le budget de l’Etat en sacrifie les enveloppes ; il n’y a pas de raison d’imaginer qu’elle puisse accorder une priorité à l’emploi, quand elle a détruit à l’échelle de l’Etat tous les dispositifs volontaristes.
Nous devons donc assumer les choix des uns et des autres. Et, pour votre région, ce qui est essentiel, c’est la poursuite de l’action engagée. Il y a des compétences considérables qui sont actuellement dévolues aux régions et qui seront demain –à travers une décentralisation dévoyée- confiées aux régions comme aux départements. Si nous laissons, à l’échelle du département, le RMI et le RMA s’appliquer dans n’importe quelle condition, soyez sûrs que dans tous les départements de droite –là où des subventions pourront être données directement aux entreprises pour embaucher des RMA- il y aura éviction de salariés de ces mêmes entreprises. Parce que, lorsqu’un employeur peut pour le prix d’un Smicard s’offrir –si je puis dire- 4 RMA, pourquoi s’en priverait-il !
Il y a donc là comme une responsabilité d’éviter les dérives, de protéger les salariés et d’éviter la précarité des plus fragiles.
Et, au niveau de la Région, il y a tout cet enjeu du développement économique, de la Recherche, de la Culture, du transport public, des grandes infrastructures et du logement.
J’ai insisté pour que dans cette campagne, les socialistes et la gauche puissent faire partout les mêmes propositions, pour que partout où nous serons majoritaires nous puissions accorder priorité à la création d’emplois : emplois associatifs pour les jeunes mais aussi pour les populations fragiles, à travers des contrats à durée indéterminée ; j’ai demandé que partout où nous serons majoritaires, des plans de formation professionnelle permettant le reclassement des salariés victimes de plans sociaux soient mis en place ; j’ai souhaité que, partout où nous pourrons agir, nous puissions créer des pôles de recherche, que nous puissions aussi développer l’économie sociale et solidaire, celle-là même que nous avons trop négligé lorsque nous étions au gouvernement ; j’ai voulu aussi que sur l’Education, nous soyons exemplaires, non pas pour nous substituer à l’Etat –ce n’est pas le rôle des collectivités locales- mais qu’au moins on garantisse la gratuité des livres scolaires, que nous puissions garantir aussi l’accès de tous au matériel technologique le plus moderne,que nous puissions même confier un ordinateur personnel à chaque jeune, que nous puissions aussi sur la Culture ouvrir le droit à un « passeport culturel » pour que les familles puissent avoir les mêmes accès à tous les spectacles, que nous puissions assurer la gratuité pour les licences sportives, que nous soyons aussi un modèle de référence pour la démocratie participative. Ne sommes-nous pas capables, ici, d’assurer le vote de budgets participatifs, d’évaluer les choix que nous avons faits dans chacune des collectivités locales, de faire un compte-rendu de mandat, d’obtenir aussi la confiance des citoyens sur chaque grand projet d’équipement. Nous devons là aussi faire la différence. Et quand nous avons trop négligé cette manière de faire de la politique, nous l’avons toujours payé très cher.
Il semble qu’il y a comme une fatalité qui touche la gauche : elle arrive au pouvoir, crée l’espérance, transforme même la société –je suis fier de ce que nous avons fait en 1981 avec François Mitterrand et Pierre Mauroy, en 1988 avec François Mitterrand et Michel Rocard, en 1997 avec Lionel Jospin- et ne sait pas rester au pouvoir. Cela va changer. Conjurer cette fatalité, ce n’est pas seulement en faisant des propositions nouvelles –même s’il faut les faire, ce n’est pas simplement en tenant nos engagements –c’est bien le moins dans l’action politique telle que nous la concevons, c’est d’être capables de gouverner différemment, d’associer la population aux choix qui la concernent, d’être en phase avec un certain nombre d’acteurs sociaux –les syndicats notamment ou les mouvements.
Il nous reste trois semaines de campagne, il y a cet enjeu à faire apparaître, il y a ce vote à solliciter, il y a cet effort de campagne dans un contexte qui n’est pas simple car, de semaines en semaines, on nous dit que la campagne n’intéresse pas les Français. Mais, comment le sait-on ? Les grands médias accordent-ils l’importance suffisante à cette consultation ? Sûrement pas. Il nous revient donc à nous de faire l’effort.
Est-ce qu’il suffit d’attendre que nos candidats soient à la télévision pour être en règle avec notre conscience de militant ? Je pense plutôt que c’est d’abord aux militants, aux sympathisants maintenant d’être les vecteurs d’une campagne, les candidats y ont forcément un rôle à jouer.
Faites, pour cette élection régionale, ce que nous n’avons pas fait pour l’élection présidentielle : c’est-à-dire un travail de conviction, de militantisme, de contact et, finalement, faisons nous aussi la victoire de Jean-Paul Huchon collectivement. Il faudra se déployer largement, aller sans doute voir une population qui rechigne à parler politique… Encore que, nous sommes dans un pays qui aime la politique, qui croit encore au destin collectif, qui imagine des solutions nouvelles, qui est déçu sans doute, qui est en désarroi, c’est possible, mais nous, nous devons absolument lever l’espérance.
C’est vrai que nous affrontons des forces hostiles : une droite qui ne fait pas campagne, une autre partie de la droite qui voudrait nous faire croire qu’elle n’est pas la droite… Belle hypocrisie ! François Bayrou avait déclaré, il y a peu, que le gouvernement nous conduisait de déception en déception vers l’abyme. Alors, je m’attendais à ce qu’ à l’occasion du débat sur la motion de censure que nous avons déposée à l’Assemblée nationale, tout courage pris, il fasse enfin le choix qui devait faire de lui une personnalité respectée.
Enfin, il allait pouvoir éviter l’abyme au pays. Il en avait l’occasion, nous lui en fournissions l’instrument, il pouvait censurer le gouvernement et ainsi empêcher le glissement fatal. Il a donc prononcé des paroles dures, fortes à l’égard du gouvernement. Et, au moment de porter le coup, sa main a tremblé, la dague est devenue de bois, il l’a même rangée dans le fourreau et a dit qu’il ne censurerait pas le gouvernement.
Il aurait eu du mal à le faire.
Parce que déjà au premier tour, l’UMP et l’UDF sont en alliance. Et pas dans n’importe quelle région ! Le Poitou-Charentes, par exemple : s’il avait eu un moment envie d’aller chercher chicanes au Premier ministre, il aurait pu présenter une liste UDF en Poitou-Charentes… Il ne l’a pas fait. Et, au second tour, la supercherie doit être éventée, nous savons bien qu’il y aura une alliance de second tour entre toutes les droites. Pourquoi ne pas le dire dès aujourd’hui ?
Mais, on voudrait là aussi nous faire un coup bien connu dans l’histoire des droites françaises : il y aurait une alternance au sein de la droite, alors que la seule alternative possible est entre la gauche et la droite. Après, faut-il savoir quelle droite et quelle gauche. Mais, il n’y a pas de centre possible, sauf à ce que ce centre s’émancipe. Tel n’a pas été le cas. Et je vois bien, en Ile de France, comment la supercherie peut être rejouée. Je ne connais pas André Santini, mais je me souviens qu’il avait pris un engagement, lui, c’était d’abandonner l’Assemblée nationale ; et il avait donc démissionné de son poste de Député car il espérait devenir Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, succédant ainsi à Charles Pasqua. Finalement, il est revenu sur cet engagement, ne pouvant devenir Président du Conseil général et il est revenu à l’Assemblée. Je ne l’ai jamais entendu prononcé le moindre discours à l’Assemblée nationale, sauf quand il devait être Secrétaire d’Etat aux Rapatriés, il y a maintenant des années, dans le gouvernement de Jacques Chirac en 1986. Cet homme n’a pas de projet, en tout cas je n’en connais pas. Je l’ai écouté plusieurs fois à la radio et il n’a pas été capable –sauf pour une ligne de RER qu’il voudrait créer- d’évoquer la moindre ambition pour l’Ile de France. Et il est là, finalement, dans un rôle où il se dit « si je perds, je peux devenir Ministre ; si je gagne, devenir Président ». Effectivement, c’est un joueur de Bonto qui peut espérer gagner à tous les coups. Sauf que… C’est Jean-Paul Huchon qui va l’emporter.
Il ne faut pas se laisser détourner pas plus qu’il ne faut oublier l’extrême droite dans cette campagne. Nous avons eu trop tendance à occulter cette menace, il y a deux ans, pour ne pas l’avoir en face de nous aujourd’hui. Là aussi, c’est un combat militant. Là aussi, c’est un défi pour la gauche. Parce que, quand même, face à une crise morale et sociale, que des électeurs de catégorie populaire puissent se laisser abuser jusqu’à aller voter pour un parti qui incarne non seulement l’ultra droite xénophobe mais l’ultra droite libérale, un parti qui voudrait supprimer le SMIC, supprimer l’impôt sur le revenu, supprimer l’impôt sur la fortune et remettre en cause les prestations sociales, cela signifie que nous n’avons pas fait notre travail d’explication. Toute la gauche est interpellée dès lors que nous savons que les électeurs de LE PEN sont d’abord des électeurs des catégories populaires. Et, imaginer que par dégoût de la politique, il soit possible pour des électeurs d’aller vers ce qui est l’immoralité en politique des hommes et des femmes de l’extrême droite, incapables même de s’inscrire aux bons endroits, est une gageure. Là encore, laisser penser qu’il y aurait comme une explication du vote d’extrême droite à travers la déconsidération de la politique, nous oblige à agir.
Je ne prétends pas qu’au lendemain des élections régionales nous pourrons renverser le gouvernement, nous verrons bien ce qui se passera. Je ne prétends pas que ces élections régionales ont valeur d’élections législatives. J’entends des hommes et des femmes m’interpeller sur les marchés : « alors, quand est-ce que vous la faites partir, cette droite ? ». Nous le voudrions bien. Mais, pourquoi l’a-t-on installée ? Et si nous avions été plus nombreux –sans vouloir culpabiliser personne- à voter en 2002 et voter Jospin dès le premier tour, peut-être n’en serait-on pas là. Mais ils sont là pour cinq ans et il faut en accepter maintenant la durée. Les plus incrédules me disent que Jacques Chirac peut décider de dissoudre. NON, n’imaginez pas qu’il n’a pas retenu la leçon ; il sait bien ce qu’il encourrait avec une dissolution.
Les élections régionales et cantonales valent d’abord pour les régions et les départements, mais valent aussi comme dissuasion, comme sanction et comme espoir au niveau national.
Nous considérons qu’il y a un devoir pour la gauche : exercer la responsabilité chaque fois que nous le pouvons –nous en avons aujourd’hui les instruments dans les régions, dans les départements ; nous pouvons être utiles.
Il y a près d’un siècle, les socialistes se posaient cette terrible question : est-ce qu’un jour, un jour peut-être, ils parviendraient au pouvoir, au sommet de l’Etat. Et, dans l’attente de ce grand jour, ils essayaient d’être utiles au niveau des communes –ce fut le socialisme municipal.
D’autres avaient des choix différents dans le syndicalisme, le mutualisme, dans les mouvements coopératifs, et c’est ainsi que notre pays s’est trouvé transformé. Encore aujourd’hui, cette perspective s’ouvre à travers les élections régionales.
Pour autant, je vous rassure, nous ne perdons pas la perspective des élections de 2007. Mais, si nous avons cet espoir-là, il ne peut se fonder qu’à travers une victoire aux élections régionales.
Voilà pourquoi, il faut mener campagne, il faut être confiants, il faut être fiers, il faut être ardents, il faut être conscients des enjeux et c’est ainsi que nous pouvons faire deux actes fondateurs pour ces élections qui viennent : un acte d’abord de censure ; ce que nous n’avons pas pu faire à l’Assemblée nationale, il faut que le peuple le fasse les 21 et 28 mars par rapport au gouvernement Raffarin. Et puis, le deuxième acte est un acte de confiance. Acte de confiance à l’égard de Jean-Paul Huchon et de son équipe, acte de confiance à l’égard de la gauche rassemblée, acte de confiance à l’égard de la politique, acte de confiance à l’égard de la République.
Si nous saisissons cette chance, j’en suis sûr, nous lèverons l’espérance.
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