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Discours de clôture au Congrès de Dijon : 18 mai 2003

18-05-2003

Chers camarades,

Mon message est simple. Il s’adresse à vous et, à travers vous, à ceux qui nous regardent et à ceux qui nous attendent. Ce message, nous l’avons écrit ensemble depuis trois jours, ici à Dijon. Ce message, il s’énonce comme une évidence, et je le proclame devant vous fièrement : Oui, les socialistes sont de retour. Soyez-en tous remerciés : militants, qui avez participé à nos débats, adhérents qui nous ont rejoints depuis le 21 avril, responsables, cadres fédéraux, porteurs de contributions, promoteurs de motion. Nous avons tous réussi notre Congrès et franchi une première étape, une étape essentielle, une étape préalable, avant de réussir toutes les autres. Que la ville de Dijon en soit honorée et félicitée.

Notre histoire retiendra, nos souvenirs personnels seront marqués par ce qui s’est passé ici, dans la capitale de la Bourgogne. On retiendra que le Parti socialiste, au mois de mai 2003, a engagé ici un nouveau départ. Merci à toi, François Rebsamen.
Je souhaitais en effet que notre congrès se tienne dans une ville gagnée par la gauche en 2001. Nous n’avions pas, chers camarades, il faut bien le dire, l’embarras du choix. Il y avait Paris, forcément Paris, avec Bertrand. Il y avait Lyon, avec Gérard. Et il y en avait beaucoup d’autres, de moins illustres : il y avait Tulle par exemple. Mais, François, Secrétaire national aux Fédérations, avait des arguments que le Premier secrétaire, que le maire de Paris, que le maire de Lyon ne pouvaient pas combattre, c’est lui qui organisait de toute façon notre congrès.

Merci aux militants de la Fédération de Côte d’Or, avec Michel Neugnot. Je les salue ici en même temps que je m’adresse aux bénévoles, aux permanents du Parti et au Service d’Ordre, qui ont permis eux aussi que ce congrès puisse être réussi.

Je vous vois nombreux, très nombreux, délégués, invités, et je vous ai entendus tout au long de ces derniers jours. Nous avons relevé le défi, et d’abord surmonté l’épreuve. Une défaite lourde, cruelle, injuste, aux conséquences aussi invraisemblables qu’insupportables : le vote républicain le 5 mai, puis le rejet par les Français de la cohabitation aux élections législatives de juin. Et le retour brutal dans l’opposition, une nouvelle fois, sans avoir pu vraiment avoir l’occasion de défendre nos chances et nos idéaux dans ces scrutins. Enfin, la douleur longue, tenace, persistance, irrépressible. Celle de l’échec, de l’humiliation, de la responsabilité personnelle et collective.

D’autres à notre place auraient pu succomber, sombrer, et nous, nous avons, comme à d’autres époques, tenu bon. Nous avons fait notre devoir de républicains d’abord, résisté au choc au point de nous retrouver aux élections législatives avec notre étiage de 1997, hélas, sans les élus qui allaient avec.

Nous avons accueilli de nombreux adhérents et engagé, dès l’automne, un débat militant d’une rare qualité, et qui a préparé dans les meilleures conditions notre congrès, avec une participation au vote exceptionnel, historique, puisque le vote sur les motions a rassemblé 77 % des militants inscrits à notre parti.

Chers camarades, au-delà du score de telle ou telle motion et même de la motion majoritaire, c’est le résultat dont nous sommes les plus fiers, celui de la participation, car nous le partageons tous. Nous l’avons construit ensemble et il est le meilleur signe de la vitalité de notre parti. Un an plus tard, jour pour jour, après le terrible 21 avril et les élections qui ont suivi, le Parti socialiste est là en force, en mouvement et en marche vers la conquête de la confiance et de l’espérance.

Mais la condition de notre redressement, c’est de ne rien oublier de ce qui s’est produit. Le 21 avril n’est pas une défaite ordinaire, ce n’est même pas simplement un revers de la gauche, comme nous en avons connu d’autres dans notre histoire, plus prévisibles d’ailleurs. Ce n’est pas simplement le prix des divisions de la gauche, ce n’est pas simplement la conséquence d’erreurs gouvernementales ou politiques. Non ! Le 21 avril, c’est le syndrome d’une crise profonde de la politique à l’œuvre depuis vingt ans, avec l’extrême-droite, le populisme et l’abstention. Et c’est la confirmation d’une difficulté pour tous les socialistes, tous les socio-démocrates d’Europe, de représenter toute la société, et notamment les catégories populaires, et d’être capable de surmonter la mondialisation libérale.

Tel est le défi que nous avons tous les uns et les autres à affronter et qui nous oblige maintenant à donner du sens à l’action transformatrice. Tant que ces leçons n’auront pas été tirées, tant que ces obstacles n’auront pas été surmontés, nous pourrons connaître des gains électoraux faciles, des succès d’estime appréciables, notamment dus aux déboires rencontrés par nos concurrents. Nous pouvons même connaître des popularités virtuelles, et peut-être, je l’espère, le retour au pouvoir. Mais tant que ces leçons n’auront pas été tirées, nous ne construirons rien de durable, de profond, de continu. Nous sommes de nouveau à un moment où nous devons être conscients que, si nous ne tirons pas les conclusions nécessaires, nous serons alors de nouveau culbutés par le scepticisme, la frustration ou la résignation.

Mais cet effort de lucidité nécessaire appelle de notre part les transformations indispensables dans nos pratiques, nos instruments et nos contenus. Mais il ne nous conduit pas, chers camarades, à rejeter ce que nous sommes et ce que nous avons fait ensemble. Nous sommes un grand parti de réforme, un parti de gouvernement. C’est notre histoire, et elle est glorieuse car, dans notre pays, comme partout ailleurs, c’est toujours la gauche, à notre initiative, qui fait avancer le progrès et les réformes sociales. Elle est honorable. Car c’est la confrontation à la responsabilité, à la réalité, à l’épreuve du pouvoir, quand d’autres choisissent –par posture ou par dogme, ou en attendant je ne sais quel soir ou quelle nuit qu’ils, finalement, n’attendent plus depuis longtemps – de se calfeutrer dans la facilité de l’exhortation ou de la mauvaise conscience. Elle est exigeante parce qu’il est toujours plus demandé à la gauche qu’à la droite, et c’est normal, car il ne faut rien attendre de la droite, si ce n’est le pire. Il est toujours demandé à la gauche d’agir et de faire. Ce qu’elle fait est normal, ce qu’elle ne fait pas est insupportable, parce qu’elle est toujours suspectée, cette gauche, de mollir ou de se renier au prétexte qu’elle exerce le pouvoir, y compris par gros temps.

Nous ne sommes donc jamais à l’abri de l’ingratitude, et pire encore de l’indifférence. Et quand nous demandons soutien et participation dans les rendez-vous électoraux, même avec de bons bilans, nous ne les obtenons pas nécessairement.

Et c’est pourquoi je veux dire ici, et fortement, ma reconnaissance à l’égard de Lionel Jospin. C’est Lionel qui nous a redonné espoir en 1995. C’est lui qui nous a fait gagner en 1997, c’est lui et son gouvernement qui nous ont donné la fierté de voir enfin la courbe du chômage s’inverser, c’est lui qui a tenu parole sur la CMU, le PACS, l’APA, les emplois jeunes, les 35 heures. C’est lui toujours qui a eu cette dignité rare de se retirer pour endosser lui-même les conséquences de l’échec, quand tant d’autres l’auraient fait porter sur les autres et tous les autres. Alors oui, Lionel Jospin, de savoir que le Parti socialiste a pu soutenir un homme d’État de ta qualité, qu’il compte encore aujourd’hui un militant comme toi, c’est une belle référence. En tout cas, je vous le dis, chers camarades, c’est la mienne.

Mais, nous sommes aujourd’hui, nous tous, et ceux que vous avez choisis comme responsables, nous sommes en charge de la responsabilité du Parti socialiste. C’est à notre tour d’ouvrir une nouvelle étape, d’écrire une nouvelle page et d’amorcer un nouveau cours pour la construction qui doit être la nôtre avec les Français.

À bien des égards, la période que nous traversons est historique et le moment crucial.

Le monde connaît une crise profonde. Une crise politique avec une hyper puissance américaine qui s’affranchit du droit et des Nations-Unies pour imposer sa force, sans être sûre de la maîtriser, sans être capable non plus d’agir sur un terrorisme abject, dont on voit une nouvelle fois les traces dans une manifestation d’horreur au Maroc, sans être capable non plus, cette force, cette puissance, de régler le conflit au Proche Orient qui n’en finit pas de faire couler le sang et d’entretenir la tension au-delà même de la région. Voilà pourquoi, chers camarades, il faut mettre la force au service du droit et de la paix partout dans le monde, et c’est notre rôle. Une crise économique ensuite, avec une mondialisation libérale qui, faute de règles, ne crée pas autant de richesses qu’elle le prétend et les distribue si mal qu’elle finit par affecter justement les économies les mieux établies, la récession ici au cœur même de l’Europe et qui fait basculer les économies qui émergent. Une crise morale, enfin, avec la montée des peurs, des fanatismes, des intolérances, des corruptions. Des mouvements se lèvent partout dans le monde pour contester ces dérèglements planétaires.

L’Internationale socialiste n’est pas toujours au rendez-vous de ce mouvement. Il nous revient de jouer davantage notre rôle, d’appuyer la contestation et de la traduire surtout politiquement. Nous aurons à Evian, à l’occasion du G 8, à assumer notre part de la protestation. Nous y serons, nous serons aussi au forum social européen de Paris et de Saint-Denis pour exprimer nos propositions sur une autre mondialisation. Mais, nous avons aussi à construire une solidarité politique qui ne peut se limiter, chers camarades, même si j’en suis heureux, à la présence des uns et des autres aux congrès de nos partis respectifs. Je salue donc les délégations étrangères, et je leur dis : nous avons aujourd’hui davantage besoin, au-delà de l’amitié, d’une force, d’un parti à l’échelle du monde, qu’un club de réflexion ou qu’un réseau d’amis et de solidarité. C’est ce message-là qu’il faudra aussi porter, et nous le ferons, en votre nom, au congrès de l’Internationale socialiste qui se tiendra au Brésil, à Sao Polo, avec Lula. Et ensemble, nous dirons oui, ensemble, nous dirons, tous ensemble, qu’un autre monde est possible.

Nous sommes à un moment aussi historique où l’Europe peine à prolonger son projet. Elle a construit des instruments : l’euro, un grand marché, des fonds structurels. Elle est attractive et nombreuse sont les pays qui veulent nous rejoindre. Mais, elle se divise sur l’essentiel : libre-échange ou espace de solidarité ? Europe des États ou Europe des citoyens ? Europe alignée sur les États-Unis d’Amérique, ou Europe puissance ? Le débat nous oppose, non pas ici entre nous, mais nous oppose aux conservateurs, à l’échelle de l’Europe, et nous opposera dans les mois qui viennent. Un choix essentiel sera fait au lendemain de la convention, pour savoir quel projet nous donnons à l’Europe, quelle constitution nous construisons, et surtout quel avenir nous bâtissons pour ceci Europe. Nous devons peser sur ce choix, et j’aurai l’occasion de vous dire que c’est vous, militants socialistes, qui aurez le dernier mot sur cette question.

La France est également confrontée à une offensive libérale de grande envergure. Elle ne s’en est pas rendu compte de prime abord. Les conditions extravagantes de l’élection présidentielle, les précautions de la droite de ne pas faire ressurgir le spectre, toujours terrible, d’Alain Juppé, les formules plus ou moins heureuses et qui s’épuisent du Premier ministre ont pu jeter un voile, un écran de fumée, un brouillard sur les intentions réelles du gouvernement. Mais, peu à peu, le flou se lève et le dessein apparaît.

Ce qui est en question, chers camarades, ce n’est pas seulement –comme nous l’avions cru initialement- de défaire ce que nous avions fait pour des raisons dogmatiques parce que c’était nous, ou pour des raisons idéologiques parce qu’à leurs yeux c’était mal : emplois jeunes, 35 heures, loi de modernisation sociale, tout cela a été écarté. Non, c’était pire. Ce qui est en cause, en définitive, c’est notre modèle social lui-même : c’est la protection sociale fondée sur la solidarité nationale, c’est le service public financé par l’impôt, c’est l’Éducation pour tous.

Au nom de la décentralisation, il s’agit d’abandonner des missions essentielles, notamment les moyens de l’école de la République. Au nom des déficits de la Sécurité Sociale, il s’agit de transférer vers les assurances privées l’essentiel de la couverture maladie. Au nom de la démographie, de remettre en cause la retraite à 60 ans, cette grande réforme de la gauche, de François Mitterrand, de Pierre Mauroy que je salue ici, cette réforme que nous devons défendre, qu’ils n’ont jamais acceptée et qui est aujourd’hui en péril.
Au nom de la réforme de l’État, il s’agit de diminuer drastiquement le nombre des fonctionnaires et la présence des services publics. Au nom de la sécurité, de reléguer les populations dans des quartiers, dans des logiques d’exclusion et de faire en sorte qu’on voit moins le crime, la délinquance, sans pour autant les faire baisser. Au nom du bon sens, dont le Premier ministre se veut un des plus expérimenté porte-parole, au nom du bon sens, c’est toujours de prendre systématiquement la mauvaise direction.

Il y a là une conception de la société. Celle de l’individualisation des rapports sociaux, celle où l’État doit être minimal, celle où chacun doit financer, selon ses moyens, les droits, les services, les prestations qui lui étaient jusqu’à présent garantis. C’est la privatisation des grandes fonctions collectives. « Vous voulez des protections, nous disent ces libéraux, et bien enrichissez-vous. Payez-les-vous, ces protections. » Raffarin, c’est finalement Guizot revisité ! Et devinez qui est Louis Philippe !

La France semble revivre les affres de la période Juppé, comme si notre législature n’avait été qu’une parenthèse dont la droite s’efforcerait d’effacer toute trace comme pour mieux rétablir une continuité de ses opérations malencontreusement interrompues pour cause de dissolution.
Mais c’est en fait les mêmes problèmes qu’elle retrouve comme à l’identique : la croissance en berne, le chômage en flèche, les déficits en hausse, les services publics en baisse.
Avec les mêmes conséquences, la France en plans : plans de licenciements, plans sociaux, plans de rigueur budgétaire, plans d’austérité pour la Sécurité sociale, plan de réduction des emplois publics.
Avec les mêmes cibles : les fonctionnaires d’abord (mauvaise graisse hier, mauvaise graine aujourd’hui), les salariés ensuite qui coûtent toujours trop cher et les personnes âgées qui dépensent trop, surtout quand elles vieillissent.
Avec les mêmes privilégiés : le patronat, lui, n’a pas besoin de descendre dans la rue parce qu’il tient dans ce gouvernement le haut du pavé. Enfin, les grandes fortunes qui ont pu obtenir, en cette période de disette sociale, un allègement de l’ISF au nom de la création d’emplois, au moment même où les chômeurs devaient davantage cotiser pour leurs droits, terrible symbole où les pauvres sont obligés, avec ce gouvernement, de secourir les plus riches.

Rien de surprenant, dans ce contexte, de revoir la réplique des mouvements sociaux de l’hiver 1995. Nous verrons bien leur intensité. Retraites, éducation, santé, la grogne monte, nul ne peut s’en réjouir. La grève n’est jamais une facilité pour les salariés, c’est une épreuve, pour les usagers des difficultés, et pour l’économie souvent une souffrance. Et le gouvernement devrait y réfléchir à deux fois avant de diviser le front syndical, avant d’opposer les Français entre eux et avant d’espérer un épuisement qui ne sera pour lui qu’un répit de courte durée.
Les images que nous voyons, les résultats du gouvernement, les souffrances que nous relevons, illustrent, s’il en était besoin, mais fallait-il s’imposer cette pédagogie, qu’entre la gauche et la droite, il n’y a pas de confusion à établir, que les clivages sont là, patents, évidents, et que ceux qui ont entretenu cette rumeur perverse il y a un an, et pernicieuse, peuvent en faire aujourd’hui le constat. La droite, c’est tout simplement l’inverse de la gauche, elle en fait chaque jour la démonstration. À nous d’en apporter la preuve.

Alors, chers camarades, dans ce moment où beaucoup se joue pour notre avenir, pour l’équilibre du monde, pour l’Europe, pour la cohésion sociale de la France, le Parti socialiste doit être à la hauteur des enjeux et conscient des attentes qui vont se porter sur lui. Notre responsabilité est immense. D’abord pour le mouvement socialiste européen dont nous sommes partie intégrante. Il a connu un grave revers électoral : onze gouvernements socialistes il y a quatre ans sur les quinze, quatre aujourd’hui. Avec la même montée des populistes, des conservatismes. Et ce qui a fait défaut, là encore pour l’Europe comme pour la France, c’est le défaut d’un projet mobilisateur et nous en portons les uns et les autres dans toute l’Europe, la responsabilité. Nous n’avons pas été capables de créer une dynamique qui nous aurait fait gagner dans chacun de nos pays. C’est à nous, socialistes, de reprendre l’initiative pour l’Europe, de la doter d’institutions fédérales enfin, d’une véritable citoyenneté européenne autour d’un Parlement et d’un gouvernement européen qui procéderait de lui. Initiative pour l’Europe sociale, initiative pour faire de l’Europe un acteur majeur du monde.

Pour ce projet, il faut un Parti, c’est le Parti socialiste européen à condition d’en faire une véritable organisation politique avec ses adhérents, avec ses dirigeants élus, avec ses orientations délibérées en congrès. Nous n’y serons peut-être pas majoritaires, mais au moins nous pèserons et nous serons peut-être entendus. Sans ce Parti, le socialisme européen ne sera qu’une addition à somme nulle, qu’une collection d’intérêts que le libéralisme dissoudra peu à peu faute de résistance organisée.

C’est pourquoi, au lendemain de notre congrès, et j’en prends ici l’engagement, je demanderai une réunion exceptionnelle des Partis socialistes européens pour décider d’un changement de statuts du Parti socialiste européen. Je demanderai que nous préparions ensemble la réponse commune à la future Constitution européenne et j’exigerai que nous élaborions ensemble un programme commun, et je prends les mots volontairement, ainsi un programme commun pour les futures élections au Parlement de Strasbourg.

Il y a urgence, l’année 2004 sera une année décisive pour l’Europe : Constitution, projet, élargissement, tout se décidera en même temps, pas simplement pour l’Europe mais pour l’idée du socialisme en Europe. Voilà l’enjeu.

Notre responsabilité est grande comme socialistes Français. Il nous revient de répondre à la crise du politique, de fixer notre identité et de constituer dès à présent une alternative crédible à la droite. La dépolitisation est la plus grande menace qui pèse sur la démocratie. Illisibilité des enjeux, effacement des clivages, banalisation des élections, tout cela sape les fondements mêmes de la République. Cette mécanique insidieuse à l’œuvre depuis vingt ans à travers la répétition des alternances à un rythme infernal. La droite n’a rien à redouter de la dépolitisation. C’est la jeunesse, c’est la France la plus populaire de l’électorat qui, hélas, s’éloigne des urnes. La droite peut y trouver son compte, elle l’entretient comme un plaisir, comme une malice, elle parasite les messages, elle récupère les mots pour les vider de sens : décentralisation, développement durable et même laïcité. Elle flatte les catégories, elle joue des corporatismes et croit s’adresser au peuple en le voyant forcément en bas alors que la France, alors que le peuple français est forcément pour nous au-dessus de tout.

La dépolitisation frappe la gauche en plein cœur. Chaque fois que la politique recule, c’est le retard du progrès qui se constate.
L’abstention, le fatalisme, tels sont nos premiers adversaires de nos débats publics. Il ne s’agit plus simplement de convaincre ceux qui se sont éloignés de nous, ceux qui peut-être ne croient plus en nous. Il s’agit maintenant de convaincre ceux qui n’y croient plus du tout et qu’il faut reconquérir pour la démocratie elle-même. C’est l’enjeu du combat contre l’extrême droite qui s’est installé au cœur de nos cités, mais aussi de nos villages et dont le seul terreau, c’est la peur. La peur du monde, la peur de l’autre, la peur de l’avenir et parfois même, pour l’extrême droite, la peur d’elle-même et elle a raison. Car elle est hideuse.

Nous ne réduirons pas cette emprise populiste simplement qu’avec des solutions politiques. Il nous faut engager un vaste mouvement d’éducation populaire, c’est-à-dire d’explication, de formation, de compréhension et en même temps de confiance dans les règles de la République. En sommes-nous capables aujourd’hui ? Aujourd’hui pas encore et il faudra l’être, parce que ce qui se joue n’est pas simplement l’avenir du Parti socialiste, non pas simplement l’avenir de la gauche mais l’avenir de la démocratie, c’est pourquoi ce combat-là doit être celui de tous les républicains et nous serons, comme toujours, à l’avant-garde.

Enfin, nous devons nous interdire cette facilité de penser qu’il suffirait d’attendre benoîtement les déconvenues de la droite pour revenir aux responsabilités de notre pays. Je ne dis pas que ce calcul serait faux, la droite et Jacques Chirac, surtout Jacques Chirac, mais la droite avec lui, ont une capacité inouïe, parfois insoupçonnée, de nous faciliter la tâche. Mais ce calcul serait dangereux car, nous le savons maintenant, il ne peut y avoir de réussite durable que fondée sur un rapport de confiance solide avec les citoyens et les acteurs sociaux, que fondée sur une analyse claire de la société, sur des réponses appropriées et concrètes et pas simplement sur les déboires et les échecs de nos adversaires parce que nous savons que ce sont des victoires qui ne durent qu’un temps.

La grande question qui nous est posée n’est pas simplement de savoir quand nous reviendrons au pouvoir, l’alternance est inscrite et le plus tôt, néanmoins, sera le mieux. La grande question, c’est de savoir pour quoi faire et pour combien de temps. Tel est le sens maintenant que nous devons donner à notre combat. (Retisser les fils perdus. Engager une mobilisation civique au-delà des élections. Faire vivre la démocratie participative. Partager le pouvoir.)

Cette exigence de politique est inséparable de l’affirmation de notre identité de socialistes. Ah, l’identité des socialistes ! Voilà un débat récurrent à la fois dans nos congrès et à l’extérieur. Il nous est souvent demandé des clarifications contradictoires. C’est normal, il faut préciser, à chaque époque, l’actualité de nos valeurs, la pertinence de nos idées et également le sens de notre stratégie.
Alors, nous sommes sommés depuis vingt ans par de bons esprits, à intervalles réguliers, de faire notre aggiornamento (quand on veut parler à l’italienne), ou notre congrès de Bad Godesberg. Il nous faut donner la vision de notre modernité, mais franchement, nous n’avons pas eu besoin d’un congrès extraordinaire pour y parvenir. Il y a maintenant bien longtemps, 15 ans, durant les 25 dernières années, nous avons gouverné notre pays. Nous avons montré un sens certain des réalités, des aptitudes à la gestion au point même que nous avons la faiblesse de croire qu’à regarder les chiffres de la croissance, de l’inflation, des finances publiques ou sociales, nous sommes bien plus qualifiés que la droite pour gérer notre pays.

Nous avons même montré un tel goût pour la gestion que, souvent, nous avons pu céder quelque peu à cette tentation de croire séduire nos adversaires en étant plus orthodoxes qu’eux. Je ne crois pas que ce soit nécessaire.

Alors aussitôt, s’ouvre l’autre procès, celui de la mauvaise conscience, de la trahison, du reniement, de l’abandon, comme si venir au pouvoir serait nécessairement une compromission et que ça se terminait toujours de la même façon : par la capitulation.
Parce que, maintenant, nous dit-on, le capitalisme serait devenu trop fort et la social-démocratie trop faible. Comme si le système devait nous dévorer tout cru, comme s’il était possible, d’entrée de jeu, de se mettre précisément hors du système.

La gauche serait alors condamnée ou à l’opposition ou à l’échec. Terrible dilemme ! Fausse alternative ! Parce que je pense, au contraire, que nos idées demeurent d’une saisissante actualité, que nos méthodes d’action restent pertinentes à condition, bien sûr, d’en renouveler régulièrement les instruments et les méthodes.

Le socialisme, c’est toujours une même idée neuve, c’est une triple conviction. D’abord la capacité que nous avons de nous émanciper collectivement, individuellement des puissances économiques que nous mettons en œuvre. C’est également la conviction que la démocratie pour dominer les intérêts de l’argent et pour assurer la primauté de l’intérêt général.

Le socialisme est enfin la recherche obstinée de l’égalité pour assurer un progrès partagé. Qui peut croire que, face aux dérèglements des marchés, face à la désorganisation du monde, insupportables à la planète, face au fanatisme, à l’individualisme que le libéralisme engendre, les valeurs que nous portons ne correspondent pas à l’avenir d’une humanité ? Moi, je le crois, et vous le croyez aussi.

Les méthodes de la social-démocratie sont encore valides : la régulation, la redistribution, la démocratie, l’internationalisme. Alors, il est vrai que nous devons renouveler régulièrement nos instruments. C’est là tout l’enjeu de nos débats de congrès sur les normes à produire, sur les institutions à bâtir, sur la fiscalité, sur les services publics, sur la place de l’Etat, sur le rôle de l’Europe, sur la solidarité. Voilà ce que sont nos instruments, voilà ce que nous devons fixer pour l’avenir. Il s’agit, à chaque moment, de les adapter, de les renouveler, de les élargir, de les repenser face aux nouveaux défis qui nous sont posés.

L’identité de notre parti n’est pas mystérieuse, nous sommes un parti de réforme, pour changer, pour transformer. Nous sommes un parti de transformation, oui, parce que nous n’acceptons pas l’ordre du monde. Nous sommes un parti de toute la société parce qu’il faut un projet global. Il faut rechercher l’intérêt de tous en associant chacun à la réussite commune, cela s’appelle la République.

Voilà ce que nous sommes et qui vaut, que nous soyons dans l’opposition ou que nous soyons au pouvoir, rien ne serait plus terrible d’ailleurs pour notre crédibilité de voir nos discours, nos pensées et nos doctrines évoluer selon notre place institutionnelle.

Lorsque nous sommes aux responsabilités, mieux vaut avoir pensé avant les réponses que nous devons apporter aux problèmes. Je rappellerai chaque fois que nécessaire la leçon qui m’a tant marquée, venant de nos amis socialistes suédois, après soixante années de succès ininterrompu, comment font-ils ? Comment devons-nous faire ? « Se comporter au pouvoir comme si nous étions toujours dans l’opposition et agir dans l’opposition pour revenir le plus rapidement possible au pouvoir ». Voilà la ligne, voilà la route, voilà le chemin ! C’est précisément notre tâche.

Depuis un an que nous sommes dans l’opposition, il a fallu respecter plusieurs temps : d’abord, le temps de l’alternance ; ensuite, le temps de la réserve, qui sied généralement à ceux qui ont perdu ; après, le temps de l’alerte parfois dans l’indifférence, lorsque nous avertissons des dangers de mesures qui étaient prises au parlement ; après, le temps de l’empêchement (et nous y avons plutôt réussi, pas seuls, sur la question des modes de scrutin) ; après, le temps de la comparaison, un an de Raffarin pour détruire un an de Jospin.

Mes chers Camarades, ces temps-là maintenant sont derrière nous. Le temps qui vient, c’est le temps de l’offensive. Nous devons marquer une détermination à défendre les acquis essentiels, nous devons appuyer toutes les actions qu’engagent les citoyens et leurs représentants. Mais nous devons aussi, parce que c’est notre responsabilité, montrer dans chaque domaine qu’une autre voie est possible, que nous portons une alternative dont nous serons comptables lors de la prochaine alternance. C’est ce qui fait la grandeur d’une formation politique comme la nôtre.

Trois sujets doivent nous mobiliser dans les jours qui viennent.

D’abord, nous l’avons dit dans cette résolution, les retraites. C’est un droit fondamental. L’âge comme le niveau. C’est un élément essentiel de notre pacte social. C’est le contrat entre les générations. Nul ne conteste la nécessité d’une réforme.

Le gouvernement de Lionel Jospin en avait posé les bases : comité d’orientation des retraites pour avoir un diagnostic partagé ; fonds de réserve pour les retraites pour alimenter à hauteur maintenant de 16 milliards d’euros le choc démographique à venir. Mais il nous est souvent reproché, et je veux y répondre, de ne pas avoir été aussi loin que nécessaire.

Dois-je rappeler que, de 1997 à 2002, nous avons permis la création de près de 2 millions d’emplois et baissé d’1 million le nombre de chômeurs, et que c’est la meilleure façon d’assurer le financement des régimes de répartition ? La meilleure preuve, c’est que nous, nous avons généré des excédents lorsque nos prédécesseurs enregistraient des déficits, et que nos successeurs les retrouvent à un niveau encore plus élevé.

Le projet du gouvernement appelle trois refus majeurs de la part. des socialistes :

  • Le refus d’une philosophie qui consiste à demander aux salariés de travailler plus longtemps pour gagner moins. L’allongement de la durée de cotisations – 40, 41, 42 ans et davantage encore si c’est nécessaire- était la position du Medef, c’est la solution du gouvernement Raffarin ;
  • Le refus d’une injustice qui, au nom d’une harmonisation virtuelle, ignore la pénibilité des métiers, les différences dans les espérances de vie, qui fait que, à 40 ans, un cadre a six ans de plus de vie qu’un ouvrier. Les temps de formation également différents et la situation très inégalitaire des femmes qui seront les premières victimes du projet Raffarin.
  • Le refus d’un danger, d’un danger majeur. Le projet du gouvernement, nous l’avons tous dit, n’est pas financé. Il suppose une diminution de moitié du chômage en 2007. Alors même que les plans sociaux se multiplient, que le nombre de demandeurs d’emploi progresse, comment croire qu’il puisse y avoir une diminution du chômage dans les années si le gouvernement Raffarin reste en place ? Comment croire que les entreprises ne continueront pas à se défausser, comme elles le font aujourd’hui, des travailleurs âgés chaque fois qu’elles en ont l’occasion ? Car c’est ce qui se produit et qui se produira si le texte Raffarin passe. Dès lors, faute de ressources, les régimes de répartition seront progressivement affaiblis, vidés même, ce qui laissera libre cours aux formules d’épargne individuelle et aux fonds de pension, surtout, c’est prévu, si des avantages fiscaux sont accordés pour les encourager. Terrible situation où les uns devront travailler plus longtemps pour avoir moins, et les autres épargneront davantage pour avoir plus. Voilà la logique Jean-Pierre Raffarin et de François Fillon.

Dès lors, nous pouvons comprendre la mobilisation en cours, nous pouvons en voir les prémisses. Nous n’en connaissons pas encore l’aboutissement, mais nous soutiendrons la manifestation du 25 mai. Les socialistes y seront nombreux. Et ici, nous demandons solennellement le retrait du projet Raffarin-Fillon parce que ce projet est injuste, parce que ce projet est dangereux, parce que ce projet est menaçant pour l’avenir des retraites. Notre rôle ne s’arrête pas là. Nous sommes une force de gouvernement. Nous sommes une force d’alternance et d’alternative. Nous devons proposer aussi une réforme des retraites, celle que nous mettrions en œuvre si nous étions aux responsabilités. Elle porterait l’objectif simple de garantir un niveau élevé de pensions. Elle s’appuierait sur une autre logique que celle du gouvernement actuel.

  • D’abord l’emploi : dans un système de répartition, c’est la clé de tout. Il ne peut y avoir d’avenir pour les retraites sans la recherche d’une pleine activité et d’une durée effective des carrières au-delà même de 50 ans. Voilà la première priorité que nous mettrions en œuvre.
  • La seconde : la négociation sur les temps de cotisation en fonction de la pénibilité, des durées de formation, des écarts de revenus et des efforts contributifs qui, oui, c’est vrai, doivent êtres aussi harmonisés.
  • Enfin, nous mettrions en œuvre ce qui peut pérenniser les retraites par répartitions, c’est-à-dire l’affectation des nouvelles ressources : il n’est pas vrai que la répartition, avec les évolutions démographiques, puisse être préservée sans de nouvelles recettes. C’est toujours ainsi d’ailleurs, dans notre histoire des retraites, que nous avons procédé depuis 40 ans. Ce qui suppose d’appeler l’effort de tous, des actifs comme des inactifs, des ménages comme des entreprises, des revenus du travail comme des revenus du capital : c’est-à-dire de dire aux Français que si nous voulons préserver un haut niveau de retraite, si nous voulons assurer à chacun la retraite à 60 ans à taux plein, alors il faut, c’est nécessaire, des cotisations sociales supplémentaires pour les régimes de répartition, il faut une part de CSG et il faut aussi une ressource tirée de la richesse produite, de la valeur ajoutée sans doute, pour le fonds de réserve des retraites. Ce n’est pas la réforme la moins courageuse à faire. Elle suppose de la lucidité, elle appelle la solidarité, elle exige l’effort, mais dans la justice. Cette réforme des retraites, c’est la solidarité nationale qui doit être le cœur. Cette réforme des retraites qu’il faudra faire un jour, c’est celle qui doit donner à chacun, à chacune les mêmes chances, les mêmes droits et les mêmes garanties. Cette réforme de la solidarité, c’est la nôtre et il n’y en aura pas d’autres.

Je ne sais pas encore si le gouvernement parviendra à ses fins. Il en a tous les pouvoirs, au risque de l’épreuve de force. Ce que je sais, c’est d’abord que nous ne ménagerons pas notre peine pour le faire céder ; c’est qu’ensuite, et je fais confiance à Jean-Marc Ayrault et à Claude Estier et des groupes parlementaires que nous mènerons pleinement notre rôle au Parlement pour y faire obstacle le moment venu, si le moment vient. Ce que je sais aussi, et je l’ai exposé à cette tribune, c’est que nous ferons nos propositions alternatives et que ces propositions méritent d’être entendues. Mais, ce que je sais aussi, c’est que tout gouvernement, après 2007, aura à revenir sur le dossier des retraites, puisque le système n’est pas financé. Ce que je sais aussi, c’est que si nous sommes en situation d’agir, et c’est mon vœu le plus cher, et c’est ma volonté, et c’est notre objectif, je le dis nettement aujourd’hui et je prends date, si nous sommes en situation d’agir, le plan Raffarin ne verra pas le jour et nous en négocierons un nouveau, parce que c’est notre devoir, parce que c’est notre obligation, parce que c’est notre engagement aujourd’hui.

Mais, une autre menace plane aussi sur la protection sociale. Le gouvernement, par faiblesse, par laxisme, peut-être aussi par calcul, a laissé filer la dépense : le déficit de l’assurance maladie dépassera 15 milliards d’euros, plus de 100 milliards de francs, à la fin de l’année 2003, soit un niveau jamais atteint même par Alain Juppé qui avait le record. C’est vous dire la menace ! L’intention de la droite est de tirer argument de cette mauvaise gestion, qui lui est imputable en totalité, pour changer les principes mêmes de la Sécurité Sociale et renvoyer sur les complémentaires privées ou les mutuelles qui n’en peuvent mais, les dépenses jusque-là couvertes par la garantie collective. Nul besoin, alors, c’est vrai, de relever la CSG ou les prélèvements obligatoires, puisque chacun ou chacune devra s’assurer lui-même en souscrivant des assurances, sans être jamais sûrs, au regard de son risque, de sa santé ou de son âge, d’y avoir toute sa vie accès. C’est là aussi le risque majeur.

Enfin, l’Éducation nationale est victime d’une agression en règle : réduction des moyens budgétaires, suppression des emplois jeunes, abandon des réformes engagées par le gouvernement de Lionel Jospin, mise en cause des équipes pédagogiques à travers le transfert des personnels vers les collectivités locales, renoncement à l’objectif de démocratisation de l’école, changement des règles d’orientation des élèves… Bref, c’est une part du modèle républicain qui est directement atteint. On comprend, là encore, la colère des personnels. Ils ne défendent pas leur emploi, ils ne défendent pas leur statut, ils ne défendent pas l’école simplement pour eux, ils défendent l’école de tous, ils défendent l’école de la république. Et c’est pour cela qu’ils ont notre soutien.

Et quand le Premier ministre les met en garde ou les menace comme il y a quelques jours et leur demande de respecter les pratiques républicaines, mai c’est sa politique aujourd’hui qui s’en éloigne des principes de la République. C’est elle qui est en faute, c’est elle qui menace l’école, c’est elle qui oblige les mouvements et les manifestations et c’est elle qu’il faut changer. Et les enseignants ne descendent pas dans la rue ou n’engagent pas un conflit pour leur plaisir, mais par conscience de défendre des principes essentiels.

L’attitude de Luc Ferry, il est vrai, confine à la provocation. Il est, je m’en faisais la remarque, le premier philosophe dans l’histoire de la pensée universelle à avoir transformé un livre en boomerang, dont l’auteur pourrait faire éventuellement les frais dans les manifestations, mais pour l’instant il s’y dérobe.

Mes chers camarades, il faut faire davantage que d’appuyer ou de soutenir. Nous devons, nous les socialistes, engager un dialogue avec tous les partenaires de l’école pour porter, ensemble, un projet éducatif qui aille au-delà d’une addition de moyens, par ailleurs nécessaires, mais qui définisse les missions, les instruments et les que nous assignons à l’école pour les années qui viennent. Et, plus largement, à la formation sur toute la vie en préparant l’avenir. Nous revenons aux sources mêmes de l’idéal socialiste. L’Éducation est le levier de l’égalité, de la citoyenneté, de la laïcité, de l’émancipation. Ce choix politique nous appartient en propre. Et soyons volontaires, il n’est ni tributaire des contraintes de la mobilisation ou de directives européennes. Il appartient d’abord à nous de définir ce que l’on veut pour l’école, il fonde ce projet, une ambition nationale, il nous permet de répondre à toutes les grandes questions de la période : la cohésion sociale, la réussite économique, le développement personnel, le civisme, l’intégration et la sécurité, oui, la sécurité, l’école est une façon, sans doute la plus efficace si on l’utilise complètement, d’assurer la sécurité de tous, pas la seule, mais celle qui permet d’avoir de véritables statistiques, c’est-à-dire la réalité.

Le projet des socialistes, chers camarades, doit être celui de l’avenir : l’éducation, la recherche, le développement durable, les territoires, les nouvelles technologies, les nouveaux emplois. C’est cette volonté-là, la nôtre, qui redonnera du sens à la politique.

Notre Congrès, nous l’avons dit, n’avait pas de vocation programmatique. Un an après notre échec, avant les échéances nationales décisives qui auront lieu dans quatre ans, une telle prétention n’aurait eu guère d’actualité et de pertinence. Il nous revenait en revanche de tirer les leçons de nos expériences gouvernementales, de comprendre les aspirations, de relever les grandes questions qui nous sont posées, de fixer notre identité et de renforcer nos engagements européens, c’est ce que nous avons fait.
En ce sens, notre congrès a été majeur, nous avons fixé le cap, défini une ligne, fait des choix clairs, mais nous ne sommes qu’au début, qu’au commencement de notre travail de reconquête.

Il faudra maintenant bâtir, et nous le ferons tous ensemble, au-delà des motions, un projet avec une démarche différente du passé, c’est-à-dire en voyant loin, en inscrivant notre action dans le long terme, dans la durée, et à mieux organiser encore nos réformes en fondant notre démarche au plan international et au plan européen parce qu’aujourd’hui tout se tient, la politique et la politique extérieure, c’est la même chose, c’est le même enjeu, c’est le même objectif.

Enfin, notre projet doit être conçu et élaboré en étroite liaison avec les citoyens, avec les acteurs sociaux, avec les intellectuels, pour être ensuite porté et partagé par eux, c’est la condition du succès. Tout cela exige un parti transformé, immergé dans la société, un parti au travail, un parti à l’écoute, un parti rénové au centre, mais aussi à dans toutes les fédérations, nul n’échappe à la rénovation.

Voilà pourquoi l’enjeu majeur de notre Congrès, c’est de bâtir un grand Parti socialiste. Oui, un grand Parti socialiste parce que, parmi les multiples leçons de notre échec de 2002, bon nombre interpellent notre propre Parti dans son influence, dans son organisation, dans son fonctionnement et dans sa représentation de la société. Et, si nous ne voulons plus, et nous en avons tous pris l’engagement, et moi le premier, si nous ne voulons plus revoir un 21 avril, alors je vous le dis, ms camarades, il faut bâtir ce grand Parti socialiste parce que ce n’est pas de notre hégémonie qui a fait problème l’année dernière, c’est notre faiblesse d’abord qui nous a rendus impropres à figurer au second de l’élection présidentielle.

Certes, depuis plus de vingt ans, trente ans même, le Parti socialiste est devenu une grande force, puis le premier parti de la gauche. La stratégie d’Épinay avec François Mitterrand a été un indéniable succès et, pour autant, le Parti socialiste n’a jamais été capable de se situer en termes d’effectifs militants et de résultats électoraux au niveau de nos homologues européens.

Le nombre de nos adhérents, et je veux en remercier tous ceux qui nous ont rejoints, il n’est jamais trop tard, et il faudra engager au lendemain de notre congrès une grande campagne d’adhésion car nous n’avons pas besoin d’attendre nos échecs, nos défaites, pour attirer de nouveaux camarades. C’est aussi les victoires que nous devons préparer ensemble. Mais nous n’avons qu’exceptionnellement dépassé 30 % des suffrages aux élections et nous sommes parfois tombés en dessous de15 %. Cette vulnérabilité n’est pas simplement un problème singulier, il est celui de toute la gauche française parce que nous, socialise, quand nous maigrissons, les autres, à gauche, peuvent mourir, donc ils ont besoin aussi d’un Parti socialiste vital et fort pour être eux-mêmes en capacité de se développer et de grandir.

C’est pourquoi je propose de nous fixer l’objectif difficile à atteindre de doubler nos effectifs militants d’ici cinq ans et de dépasser maintenant 30 % régulièrement à toutes les élections. Un tel objectif exige un effort de rénovation considérable, le développement de notre Parti d’abord. Nous connaissons nos forces, un réseau d’élus. Et je veux dire un mot des élus. Nous avons cette chance au Parti socialiste d’avoir des élus. Je dirai même que nous n’en avons pas encore suffisamment, que ces élus doivent être des militants parce que, s’ils ne le sont plus, ils ne peuvent pas être vraiment des élus socialistes. Mais en même temps nous devons tout faire pour éviter que s’installe je ne sais quelle coupure entre les élus et les militants parce que nous sommes le même bloc, la même force et que nous devons faire en sorte que les militants puissent devenir des élus et que les élus restent toujours des militants.

Oui, nous avons des atouts, mais nous avons aussi des faiblesses : le vieillissement de notre Parti, la sur-représentation des catégories moyennes, la présence insuffisante des salariés du privé. L’enjeu, donc, c’est l’élargissement de notre assise, ce qui suppose un certain nombre d’évolutions, à la fois de nos modalités d’accueil dans les fédérations ou les sections, y compris même des évolutions dans nos pratiques de congrès parce que, franchement, nous le disons à chaque fois, infliger des pages et des pages de contributions, toutes pertinentes, plus que d’autres peut-être, mais toutes intéressantes, sauf à penser que nos adhérents n’auraient à faire que lire les motions et les contributions pendant les longues soirées d’hiver, c’est vrai, mais nous devons dan donner davantage de lustres à nos débats. Ce qui supposera d’ailleurs que nous fixions des règles pour cela, sans altérer en aucune façon la diversité et le débat. Et il faut que les idées que nous portons soient véritablement entendues, et pas simplement qu’on en rapporte des résumés ou des argumentaires qui souvent défaussent la réalité de nos propres positions les uns, les autres.

Alors oui, il faudra changer car un effort aussi de développement de nos fédérations, et c’est pourquoi nous créerons un secrétariat national et dans toutes les fédérations également une responsabilité pour l’élargissement de notre parti, pour l’animation. Mais également nous ferions bien de nous occuper de nos fédérations, de toutes nos fédérations, et notamment celles qui comptent trop peu de militants, ces petites fédérations qui attendent beaucoup de nous, qui n’ont pas forcément des élus.
Il y a aujourd’hui un département sur deux où il n’y a plus de député socialiste, alors nous devons faire un effort de solidarité entre nous, c’est aussi ça être partout présents et encourager toutes les fédérations.

Les petites fédérations feront l’objet d’un soutien particulier. La moitié de nos fédérations a moins de 500 adhérents et un secrétariat national à l’Outre-Mer sera créé, parce que je crois que c’est demandé et c’est nécessaire. Et nous devons être en lien aussi avec cette France-là qui attend beaucoup de nous.

Et nous aurons à rendre plus forte encore l’université permanente chargée pour la formation des militants, des cadres du Parti, qui attendent aussi beaucoup de nous et qui veulent participer davantage encore à l’explication et au travail de conviction.

Il faudra aussi renouveler nos pratiques. Je le sais, et cela a été dit dans le débat à juste raison : les militants ont vécu plus douloureusement encore l’échec car ils n’ont pas eu le sentiment, ces dernières années, d’être suffisamment associés aux décisions du Parti.

Nous devons donc, et j’en porte moi-même la part de responsabilité, être un exemple de démocratie participative. C’est pourquoi je propose une conférence militante annuelle pour engager les orientations du Parti dans l’intervalle des congrès pour vérifier l’application de la ligne, celle que nous votons dans nos instances.

Je propose aussi un référendum militant pour appeler chacun à la responsabilité sur les choix essentiels. Et la première consultation portera sur l’Europe, lorsque nous aurons à prendre position sur la future Constitution européenne. Ce sont les militants socialistes qui seront directement consultés pour la réponse à donner.

Rénovation, renouvellement, représentation de la société française : c’est pour le Parti une question majeure. Nous disons que nous sommes le parti de toute la société, montrons-le. Notre congrès de Dijon, de ce point de vue, est aussi historique. Il marque une étape considérable dans la composition de nos instances. La parité y est enfin respectée. Le renouvellement des générations a été assuré, et ce n’est jamais facile parce qu’il y a des camarades, et ils sont présents ici, qui ont servi le Parti depuis des années avec dévouement, avec obstination, avec fidélité, et qui considèrent encore leurs camarades, qui ont la capacité de le faire, et que le militantisme n’est pas une affaire d’âge et qu’on peut porter les affaires du socialisme à tout moment et au-delà même de ce renouvellement des générations.

Ces camarades ont raison, et je veillerai donc à les associer différemment, mais à faire en sorte qu’on ne perde rien de leur volonté militante et de leur expérience.
Enfin, nous avons voulu représenter toutes les couleurs de notre parti. Et, convenons ensemble qu’il y avait du retard. Et je suis donc heureux, quand je vois des camarades nous rejoindre dans les instances, Safia, Ali, Mohamed, Malek, Noria, oui, je suis heureux de les accueillir dans le Conseil national.

Tous ces visages, tous ces camarades d’une exceptionnelle qualité, soyons fiers ensemble de leur donner non pas une place, mais leur place dans le Parti. Mais nous devons être davantage qu’une structure, une organisation avec des hommes et des femmes dévoués à leurs causes et à leur parti. Nous devons être un parti du mouvement, c’est-à-dire un parti de débat, de réflexions, de propositions.

De grandes réflexions se posent à nous. Nous ne les traiterons pas seuls tant les questions sont devenues aussi complexes que majeures.

D’abord, il y a cette idée, que nous avons fait nôtre dans toutes les motions, sans en donner le contenu souvent : la sécurité sociale professionnelle, qui recouvre bien des aspects, la prévention des licenciements, les droits fondamentaux des salariés au-delà des mobilités qui peuvent à un moment les toucher, le rôle des comités d’entreprise, les reclassements, la formation tout au long de la vie, l’association aux décisions dans les conseils d’administration des entreprises. Tout cela doit être défini avec les acteurs sociaux.

Convenons là aussi que, récemment, ce lien s’était distendu. Affirmation hautaine de la primauté du politique de notre côté, revendication farouche de l’autonomie, de l’indépendance des syndicats, en tout cas l’étanchéité a été dangereuse pour la réforme en général, car, la gauche ne peut changer la société que si elle s’appuie durablement sur une dynamique sociale et citoyenne.

Le dialogue est indispensable, c’est maintenant qu’il doit s’engager. La recherche d’approches communes est nécessaire, la confrontation même avec les mouvements sociaux est utile même quand nous ne sommes pas d’accord, même quand nous nous situons sur des perspectives différentes.

Nous, dans la proposition politique, les mouvements dans la contestation globale, nous devons nous parler pour que nous puissions peut-être être entendus. De ce point de vue, et je veux les saluer, la présence nombreuse des associations, d’abord des grandes associations à notre congrès est le signe qu’un dialogue commence à s’engager et que nous devons absolument renouer les fils parce que c’est avec ces fils-là que nous ferons l’essentiel, pour nous, de l’habit* du changement.

Puis, je veux saluer les organisations syndicales, et de ce point de vue, c’est vrai que la venue de Bernard Thibault s’est inscrite dans ce cadre. Si nous l’avons, et c’est commenté ce matin, et c’est normal, bien reçu, c’est d’abord parce que c’est Bernard Thibault, c’est aussi parce qu’il est aujourd’hui dans la lutte, et que nous soutenons cette lutte. Mais c’est aussi et surtout parce que nous voulons, avec les organisations syndicales, toutes celles qui le voudront, développer des approches communes, des réflexions partagées, des perspectives, oui, qui peuvent nous unir, même si je le dis ici parce que c’est essentiel pour être entendu de ces organisations, et pour faire notre travail politique, il n’y a pas de confusion des rôles, il n’y a pas de confusion des genres, il faut un syndicalisme fort et indépendant, et il faut un Parti socialiste et une gauche forte et capable de faire entendre sa propre voix, après s’être alimentée au cœur même de la contestation sociale et les mouvements qui représentent la société française.
Voilà le pacte que nous devons sceller.

Nous avons aussi la grande question de l’écologie. Je sais que nos amis Verts sont là, mais je leur dis en amitié : nous partageons aussi les valeurs de l’écologie. Et nous entendons jouer tout notre rôle aussi dans la promotion du développement durable dans la diversification des sources d’énergie, dans la priorité aux transports collectifs. Je dois aussi dire que nous mettons en œuvre ces politiques dans nos propres villes, dans nos propres communes, dans nos départements et dans nos régions, et nous en sommes fiers, même si nous entretenons le dialogue avec toutes les associations écologiques et avec les Verts. Nous ne sommes pas en dialogue avec une association, nous sommes en dialogue avec un partenaire que nous voulons aussi associer à notre réflexion et à notre démarche commune s’ils le veulent.

Puis, il y a cette réflexion qui a été engagée hier à juste raison par beaucoup de camarades sur la laïcité. Laurent, Jean, et également Martine sont revenus là-dessus. La laïcité est un droit acquis par la société française. Elle est le fruit d’un combat historique, et Bertrand Delanoë l’a dit. Elle correspond à un élément essentiel du Pacte républicain.

Jean Jaurès, parce qu’il faut toujours revenir à Jean Jaurès, pas simplement dans les congrès socialistes, mais ce qui est terrible avec Jean Jaurès, c’est qu’il a presque tout dit, mais de bien, et que nous pensons toujours être inventeurs lorsque nous sommes finalement des reproducteurs, ce qui est à la fois un défi pour l’intelligence humaine de notre génération, mais en même temps la satisfaction d’avoir une référence avec Jean Jaurès qui prouve que notre idéal est éternel.

Que disait Jean Jaurès en 1910 dans un débat déjà sur l’éducation ? Il relevait que la question scolaire rejoint toujours la question sociale. Il précisait : « Laïcité de l’enseignement et progrès social sont deux formules indissociables. Nous n’oublierons, ni l’un ni l’autre, et en républicains socialistes, nous lutterons pour tous les deux ». C’est ce que nous allons faire encore aujourd’hui.

La laïcité est aujourd’hui menacée, c’est vrai, au sein même de l’Europe, à l’occasion de la préparation de la future Constitution et de son préambule, en France, par des glissements successifs, des accommodements complaisants ou des facilités répétées.

Il nous revient donc, en tant que socialistes, de parler fort et de rappeler là aussi des principes essentiels.

Le premier principe, c’est que la France n’est pas une addition de communautés, ou plutôt elle n’en connaît qu’une : la communauté nationale.

Le deuxième principe, c’est que toutes les religions ont droit à une reconnaissance, mais que ses formes institutionnelles ne peuvent se substituer aux représentations des populations concernées car seul le suffrage universel en confère la capacité.

Le troisième principe, c’est que la liberté religieuse est garantie comme la liberté de ne pratiquer aucune religion, que l’exercice du culte doit être assuré, mais que cette liberté comme toute liberté trouve ses limites, et que l’école laïque ne peut accepter des signes distinctifs et encore moins de prosélytisme.

Il existe un autre principe, c’est qu’aucun citoyen ne peut être menacé en raison de sa religion ou de sa foi. Et nous ne pouvons tolérer aucun acte de racisme et d’antisémitisme, encore moins, je le dis fortement ici, dans les manifestations auxquelles nous participons. Tout cela est intolérable, tout cela doit être dit fortement, nettement. Pour nous, c’est une humiliation d’être dans une manifestation où un acte antisémite est proféré.

Sur toutes ces questions, chers camarades, avec la lutte contre les discriminations, nous devons être vigilants, fermes mais en réflexion permanente. Je propose donc au congrès que soit créée en notre sein une université permanente de la laïcité. C’est dans ce cadre-là qu’il faudra toutes les consultations utiles pour décider de la nécessité ou non de légiférer sur le foulard, de préciser nos positions sur l’enseignement des religions, sur l’exercice des cultes, dans le respect de la loi de 1905 qui est notre charte commune.

La droite a fait le choix insidieux, au-delà des mots qu’elle manipule, de flatter le communautarisme, d’être complaisant. Et bien nous, à la différence de nos concurrents, nous devons faire pleinement vivre la laïcité. Non pas parce que nous en serions propriétaires, nous les socialistes, mais parce qu’elle constitue le fondement même de la République dont nous sommes les premiers serviteurs.

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