Nous éprouvons tous, après le choc du vote de dimanche, une infinie tristesse.
Tristesse pour Lionel Jospin au regard de l’action menée depuis 1997, de sa rectitude morale et de son sens des responsabilités. Je veux ici le remercier pour l’honneur qu’il nous a redonné depuis 1995 et lui exprimer la fierté qui est la nôtre par rapport au bilan qui est le sien à la tête du Gouvernement.
Tristesse pour les socialistes qui se sont formidablement dévoués dans cette campagne et qui espéraient tant dans notre victoire.
Tristesse pour la Gauche dont le résultat global est l’un des plus médiocres de son histoire récente, faute d’avoir su conjuguer utilement le pluriel.
Tristesse pour la France, choquée, blessée, humiliée par la présence de l’Extrême droite au second tour et d’ores et déjà flouée par le dénouement attendu de l’élection présidentielle.
Il convient de mesurer l’ampleur de la secousse si l’on veut sortir collectivement de cette épreuve avec un message d’espoir.
Les raisons de cet immense et effroyable malentendu sont nombreuses :
Il est encore trop tôt pour être exhaustif.
Configuration du scrutin :
- - Dispersion centrifuge qui nous a conduit à mettre le pied sur le râteau supposé ratissé large. Nous avons été sans doute trop respectueux de nos partenaires en refusant la thématique du vote utile.
- Annonce scandée comme une évidence de notre présence au second tour qui nous a été négative, voire fatale ; elle a démobilisé les nôtres (abstention) et éparpillé les votes.
Raisons de fond :
- Exaspérations sociales : l’amélioration de la situation économique et la réduction du chômage ont paradoxalement provoqué bien des surenchères ;
Exaspération sécuritaire : Nous les voyons monter depuis plusieurs années et elles ont connu leur paroxisme ces dernières semaines, complaisamment entretenues par le jeu des images télévisées et cyniquement exploité par la droite au profit de la seule extrême droite.
Les leçons :
- - La nécessité de construire l’élection dès la campagne du premier tour : l’annonce scandée comme une évidence de notre présence au second tour nous a été, à bien des égards, fatale , tant elle a démobilisé les nôtres et éparpillé les votes;
- L’impératif de marquer davantage notre identité, notre raison d’agir et de militer ;
- L’obligation de redéfinir les formes, les pratiques et les règles du rassemblement de la gauche et en finir avec cette union à la carte où chacun vient prendre ce qui l’arrange, sans intégrer l’impératif de la réussite collective ;
- L’unité des socialistes qui demeure notre principal atout.
Les conclusions :
- - Faire barrage à l’extrême droite de manière claire et ferme. C’est le choix que nous avons toujours fait dans toutes les circonstances. Cela n’exonère pas Jacques Chirac de ses responsabilités. Il reste plus que jamais notre adversaire dans le cercle de la démocratie. Mais Le Pen est d’abord un danger pour la République.
- Mise au point de notre programme ; garder notre identité ; certains de nos valeurs et de notre idée de justice sociale ;
- Désignation de nos candidats ;
- Organisation de nos alliances avec la Gauche, nationalement et localement.
- Préparer les élections législatives : c’est désormais le rendez-vous décisif avec les Français :
Décisions :
- Convoquer le conseil national mardi soir pour confirmer notre position pour le 5 mai
- Préparer notre dispositif pour les législatives
- Prendre des contacts avec les partenaires de la Gauche pour envisager de possibles initiatives communes
- Réfléchir à un rassemblement des socialistes d’ici le 5 mai
- Lancer un appel à l’adhésion au PS pour nous donner les moyens d’agir.
Affirmer un esprit de responsabilité ; Donner du sens à notre démarche pour les législatives et incarner l’espoir dans une situation politique particulièrement noire : le sursaut est possible. Il dépend d’abord de nous.
Notre campagne ne s’arrête pas. Elle va se poursuivre jusqu’au 16 juin. Telle est aujourd’hui notre échéance.
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