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Présidentielle – Meeting de Bois-D’Arcy (78) – 9 avril 2002

09-04-2002

Mesdames, Messieurs,
Cher(e)s Ami(e)s, Cher(e)s Camarades,

Je veux d’abord vous remercier pour votre accueil ; je salue Claude Vuillet, le Maire de Bois-d’Arcy, qui a fait un résultat aux dernières élections municipales que je veux bien sûr souligner –en pensant que 70 % au second tour devrait être également le score de Lionel Jospin dans cette belle commune ; je salue Alain Richard, le Premier secrétaire de cette fédération, qui anime l’esprit socialiste dans un département qui n’en partage pas toujours le sens ; mais nous gagnons progressivement les raisons et les cœurs, et je ne doute pas qu’un jour notre influence soit encore supérieure à celle d’aujourd’hui. À la condition, bien sûr, d’avoir la force nécessaire et Lionel Jospin nous la donnera le soir du 5 mai prochain.

Je veux bien entendu avoir pour Catherine Tasca plus qu’un message d’amitié, parce que c’est la militante que je veux ici reconnaître -celle qui a conquis cette circonscription ; ensuite, la parlementaire que j’ai bien connue à l’Assemblée nationale -elle était même ma voisine et je lui ai sans doute été insupportable, puisqu’au bout d’un moment elle a préféré aller au Gouvernement, non sans avoir fait passer, comme Présidente de la Commission des Lois, deux textes aussi symboliques que le PACS et la Parité. Et comme Ministre de la Culture, après Catherine Trautmann, elle a su redresser le budget de ce Ministère, tissé des liens de confiance avec les créateurs, apaiser un milieu qui n’est jamais facile et surtout appeler à la démocratie culturelle, car nous voulons faire partager les biens de l’esprit et de la culture aux plus grands nombres.

Nous sommes dans la campagne électorale pour la victoire de Lionel Jospin. C’est un moment important dans la vie de notre pays, parce que nous allons en à peine deux mois fixer –à travers cette succession d’élections- fixer notre avenir commun pour cinq ans. Mais je ne peux occulter, au moment où je m’adresse à vous dans cet instant de campagne électorale où nous devons être tendus vers l’objectif de convaincre, les événements graves aux Proche-Orient qui pèsent sur les esprits.

Oui, une guerre est ouverte en Palestine ; Oui, il y a cet enchaînement terrible d’attentats aveugles, de provocations brutales, ce cortège de victimes qui s’allongent les unes les autres dans un conflit qui paraît interminable.

Dans cette épreuve, nous avons une pensée pour les femmes et les hommes d’Israël et de Palestine qui sont d’abord frappés par cette violence. Mais nous avons aussi de positions à prendre, et d’abord de condamner l’action d’Ariel Sharon qui a été le premier à provoquer les esprits en Israël pour capter le pouvoir, puis ensuite arriver à ses fins : refuser tout dialogue et utiliser la peur légitime des Israéliens -frappés souvent dans leur existence et leur cœur mêmes par des attentats aveugles- pour liquider la direction du peuple Palestinien.

Oui, nous avons aussi à condamner le silence de G. Bush dans ce conflit. Parce que nous savons bien que si la pression américaine s’exerçait véritablement il pourrait y avoir la fin de l’occupation en Palestine. Mais nous avons aussi nos responsabilités à prendre. D’abord nous, la France, parce que nous sommes -par notre histoire- amis du peuple Israéliens et parce que nous avons été les premiers à reconnaître le droit pour les Palestiniens à disposer d’un Etat. C’est pourquoi, Lionel Jospin a eu l’attitude qui convenait dans cette dernière période en appelant à la constitution d’une force d’observation, d’interposition en Palestine pour séparer les belligérants et sécuriser les populations.

Oui, il faut aussi que l’Europe, si liée au Proche-Orient, prenne des initiatives parce que cette Europe, celle que nous avons voulue, n’est pas simplement une Europe des marchés, une Europe de l’Euro ! C’est une Europe politique, une Europe qui doit faire entendre sa voix, une Europe qui doit peser sur le sort du monde… Une Europe qui, en plus, est liée économiquement, commercialement et qui fait beaucoup pour le soutien à l’économie palestinienne.

Il faut enfin que le monde, à travers les Nations Unies qui ont légitimité pour agir, émette plus que des résolutions et fasse en sorte qu’au Proche-Orient –comme hier au Kosovo ou en Afghanistan- il y ait le droit international qui s’applique enfin. Non pas pour dire qui a raison ou tort, mais pour dire simplement que la paix aujourd’hui plus qu’hier est nécessaire et le dialogue indispensable pour y parvenir.

Voilà ce qui est aussi en cause dans notre campagne électorale. Vous me direz que nous sommes loin de la Palestine, loin d’Israël, que les élections en France concernent d’abord les Français.
Et pourtant, nous sommes conscients, parce que nous sommes peut-être plus attentifs que d’autres à l’esprit international, à l’internationalisme, que ce qui se passe aujourd’hui dans une région du monde nous touche nécessairement. Tout nous concerne. Un attentat odieux le 11 septembre, une riposte nécessaire en Afghanistan un mois plus tard, une guerre au Proche-Orient… Tout cela pèse sur les consciences, les esprits et parfois les âmes ! Et nous avons eu à déplorer, ici même en France, que des esprits faibles aient pu faire resurgir l’antisémitisme, que des lieux de culte, des écoles aient été atteintes, que des biens aient pu être touchés au prétexte que leurs propriétaires avaient le seul  » défaut  » d’être juifs ! Il y a eu ces actes qui déshonorent leurs auteurs, mais qui en même temps exigent une haute conscience de la République.

Parce que nous sommes des Républicains et nous considérons les citoyens et non pas les communautés. Nous sommes attachés à ce principe essentiel, fondateur même, de la République : la laïcité pour faire que chaque citoyen, chaque Français –au-delà même de sa condition, de son origine, de sa religion, de sa philosophie- puisse disposer des mêmes droits, des mêmes devoirs.

C’est le message qu’il nous faut porter le plus haut possible dans cette élection. OUI, nous, les socialistes, nous sommes d’abord des Républicains attachés à la laïcité.

Certes, dans ces moments de doutes, dans ces moments d’inquiétudes, dans ce contexte de violence, de tensions, il s’en trouvera toujours parmi les candidats –et pas nécessairement les moins illustres- pour tenter de récupérer la peur, d’exploiter la passion ou d’en tirer avantage électoral. J’en vois même qui, ne sachant que faire dans cette campagne, à défaut de présenter leurs idées, courent d’un lieu de culte à un autre, comme pour essayer de complaire et aux uns et aux autres, comme si dans ce moment il ne fallait pas parler fort et clair aux uns comme aux autres !

Oui, dans cette période qui a été émaillée –parfois même écorchée- par des faits divers horribles –que ce soit à Nanterre, il y a peu ou encore hier soir à Vannes- il y a bien sûr des appréhensions à l’égard d’une société qui paraît touchée par une violence irrépressible ou des dérèglements inacceptables. Là aussi nous devons parler fort et clair et dire que ce qui compte, c’est de fixer des principes, des valeurs, des règles et de s’y tenir, qu’une société doit être organisée : qu’elle doit punir mais aussi prévenir.

Dans ces moments-là, nous sentons bien qu’il y a un candidat plus qu’un autre (ou d’autres) qui fait de ce climat finalement son terreau. Et qui essaie de faire de l’insécurité le seul sujet qui devrait être traité. Non pas qu’il n’aurait pas aujourd’hui à l’être, car les citoyens appellent des réponses fortes, des réponses globales, des réponses sur les conséquences et les causes mêmes de la violence. Mais, faire de l’insécurité le seul sujet, comme hier la  » fracture sociale « , pour tenter de ramasser les voix de la peur, de l’angoisse, de l’inquiétude ! Cette méthode-là ne peut pas être la nôtre. Elle doit être condamnée, proscrite. Elle est néanmoins dangereuse, parce que cette rhétorique de l’insécurité –chaque fois répétée- ne lui fait pas d’ailleurs grand renfort électoral, mais –en revanche- redonne légitimité à l’Extrême droite. C’est vrai que, dans cette campagne, nous la voyons revenir, forte de ce terrain préparé par d’autres, forte de cette passion de nouveau soulevée comme au début des années 80, forte de voir ses thèmes –parfois même ses mots- récupérés au sommet même de l’Etat.

Ceux qui se seront comportés ainsi, ceux qui auront renouvelé le patrimoine de l’Extrême droite jusqu’à lui donner l’occasion de resurgir dans cette campagne, porteront une grave responsabilité.

Je fais néanmoins confiance à l’intelligence, à la lucidité des Français. Ils savent bien que ce langage n’est qu’un langage de circonstance. Ils savent bien que c’est la facilité des démagogues de faire en sorte que les peurs soient exhumées, soient utilisées et exploitées. Rien ne nous est épargné dans ces moments que nous traversons. Jacques Chirac ne répugne à aucune promesse. Tout est possible en campagne électorale ! L’important est de l’emporter, quitte à –ensuite- décourager, décevoir. Ce qui compte c’est la promesse, et partout il en a pour tout le monde. Il était à la télévision, il y a une semaine, et deux lois-programmes ont été présentées : une pour la police, une pour la Justice. Il était dans les DOM-TOM, il leur a promis une loi-programme pour 15 ans –oubliant sans doute que le mandat présidentiel n’était fixé que pour cinq ans ! À moins qu’il se prépare à se présenter encore, comme s’il pouvait déjà tirer des traites sur les cinq qui viennent alors même qu’il n’a pas occupé vraiment son septennat.

Comme rien ne l’arrête, il a encore fait mieux dans les DOM-TOM. S’adressant à des Antillais, il leur a dit qu’il était même prêt à distribuer gratuitement des billets d’avion pour les jeunes étudiants qui voudraient aller en métropole. Je pensais qu’il aurait tout de même plus de pudeur… Car, venant de lui, distribuer des billets d’avion… !

Il rencontre des membres de cercles écologiques, il est pour l’environnement ; devant des chasseurs, il est pour les chasseurs ; devant son comité de soutien et d’artistes, il leur a promis un budget de la culture  » sanctuarisé  » (expression militaire), alors même qu’il avait amputé de plus de 20 % le budget de la culture lorsqu’il était lui-même avec ses amis aux responsabilités. Mais, puisque je parlais des militaires, il est aussi pour l’augmentation du budget des armées ! Et, faisant une réunion dans l’Est de la France –car pour Jacques Chirac, l’Est ce sont forcément des militaires compte tenu de notre histoire- il leur a promis le lancement du deuxième porte-avion nucléaire !

Je sais que vous, militants socialistes ou sympathisants, vous menez campagne. Et comme moi, sur les marchés, vous devez rencontrer des femmes et des hommes qui vous agrippent votre veste, votre manteau, pour vous demander :  » Alors, il va venir le deuxième porte-avion nucléaire ? « .

C’est vrai que, pour Jacques Chirac, tout est possible dans une campagne. Mais, nous, nous savons que rien n’est vrai. Pas plus la baisse des impôts que l’augmentation des dépenses ; pas plus le budget de la Culture que le budget des Armées… Tout cela est virtuel, tout cela n’a pas d’existence, si ce n’est pour fonder une campagne électorale.

De la même manière que sur la sécurité, s’exprimant à la télévision, il disait :  » Dès mon élection, je ferai baisser l’insécurité ; oui, dès mon élection, je constituerai auprès de moi, un Haut Conseil de la Sécurité, placé directement auprès du Président de la République « . À cet instant-là, comme hier les terroristes étaient terrorisés par Charles Pasqua, les délinquants regardaient cette émission avec effroi. Ils comprenaient que, si un Haut Conseil de la Sécurité était placé directement auprès du Président, leur compte était bon !

De ce comportement politique, nous ne voulons plus ! Lionel Jospin a souhaité faire de cette campagne un moment de vérité ; de dire ce qui est possible, de dire ce qui avait été fait, mais aussi de fixer pour l’avenir des propositions fortes, dont il devait s’assurer au préalable qu’elles pouvaient être réalisées et tenues. C’est l’honneur même de la politique que de respecter les engagements pris devant le pays ; c’est le devoir de toute femme et de tout homme qui aspire aux suffrages que d’être capable -quitte à créer de la désillusion dans l’instant- de dire ce que l’on sera en mesure de faire. C’est l’honneur là encore de la démocratie que de confronter les propositions –et il y en a partout heureusement-, mais en faisant en sorte à chaque fois que la réalité ne nous démente pas au lendemain d’une élection.
Le premier élément de la campagne que nous vivons, la première bataille que nous devons engager, c’est celle de la crédibilité. Et, de ce point de vue, la démarche de Lionel Jospin est sans conteste supérieure à cette de son rival principal. Parce que Lionel Jospin, depuis 1997, a tenu ses engagements là où J. Chirac les avait oubliés en chemin. Parce que Lionel Jospin, depuis 1997, a réussi là où ses prédécesseurs (de Gauche comme de Droite) avaient échoué : c’est-à-dire à faire baisser enfin le chômage, à créer plus de 2 millions d’emplois et à faire en sorte que, cinq ans après, nous pouvons revenir devant celles et ceux qui nous avaient fait confiance à cette époque.

Oui, nous avons fait les 35 heures, nous avons relancé la croissance, nous avons fait les emplois jeunes, et il y a maintenant un million de chômeurs en moins dans notre pays. Si nous n’avions fait que cela, déjà nous aurions tenu notre principal engagement.

Lionel Jospin, depuis 1997, a montré un sens de la synthèse, du compromis, de la délibération collective ; il a fait vivre un Gouvernement de Gauche plurielle, une majorité avec l’ensemble des composantes. Et ce n’est pas toujours facile de trouver l’équilibre, parce que le PS n’était pas la seule force politique et qu’il fallait trouver le rassemblement avec les autres, sur chaque texte sans recourir aux formules contraignantes du type 49.3 à l’Assemblée nationale !

Oui, Lionel Jospin a su démontrer sa capacité à agir mais aussi à entendre les Français quand ils manifestaient. Et, il y en a eu des conflits sociaux depuis 1997, chaque fois surmontés, chaque fois apaisés. Et il y a eu de la discussion, du débat, parce qu’il y a de notre part ce souci de faire partager l’ensemble de la responsabilité sur une majorité, sur un Parlement. Et, quand il dit aujourd’hui  » Présider autrement « , il a la force pour tenir cet engagement puisqu’il a déjà gouverné autrement.

Dans les propositions qu’il fait à travers son projet, nous sommes d’une chose : ce qu’il présente aujourd’hui il le tiendra demain. Il n’y a ni illusion, ni mystification, ni faux-semblants dans la campagne de Lionel Jospin. Son projet est un contrat qui nous lie, qui le lie au pays lui-même.

Voilà pourquoi je suis confiant. Nous avons déjà gagné la première bataille de la crédibilité.

Mais, il faut aller plus loin. Nous sommes dans une confrontation de projets, parce qu’en démocratie, il y a toujours deux familles politiques qui s’affrontent : la gauche et la droite ; le mouvement et l’ordre.
Il en a toujours été ainsi dans notre République, et heureusement. Parce que s’il n’y avait pas cette différence, s’il n’y avait pas ce débat démocratique, à quoi cela servirait-il de voter ? À quoi cela servirait-il de convoquer régulièrement les électeurs pour utiliser leur suffrage comme un droit majeur à la citoyenneté ? À quoi reviendrait l’acte même du civisme républicain s’il n’y avait pas de choix à exprimer, si nous n’étions que des consommateurs sur un marché ? C’est pourquoi je récuse cette idée fausse, cette rumeur malsaine que les projets se ressembleraient, que ce serait du  » pareil au même « (expression si chère à l’Extrême droite). Oui, aujourd’hui il y a danger, perversité même, à exprimer ce refrain de la confusion ou de l’indifférenciation.

Parce que sur les grandes questions, que ce soit la Liberté, la place des étrangers, la citoyenneté, le rôle de l’Etat, la Culture, le choix européen, le rapport au monde, aux Etats-Unis, le développement… Il y a forcément dans notre pays des différences, des oppositions, des antagonismes. Et il est sain qu’il y en ait. Il faut respecter les idées des autres, toutes les idées des autres, parce que –justement- elles sont différentes des nôtres. Et, pour celles et ceux qui douteraient de la pertinence de message simple, qui est au fondement de la démocratie et qui distingue la gauche de la droite, je veux raconter ici ce que me disait le chef de la coalition de Gauche italienne -il y a plus d’un an alors qu’il préparait les élections législatives- affrontant Berlusconi. Il me disait qu’une idée courait en Italie prétendant qu’il n’y avait pas de différence entre la droite et la gauche en Italie. Et une partie même de l’Extrême gauche en Italie préférait camper sur l’idée du  » tous pareil « . Le résultat fut que Berlusconi est devenu le Chef du gouvernement italien et il y a à peine un mois, 3 millions d’Italiens défilaient dans les rues de Rome pour garder leurs droits sociaux, pour être protégés des licenciements, pour avoir une sécurité sociale, des retraites. 3 millions d’Italiens ! Je n’ai qu’un vœu à formuler dans cette campagne : je ne souhaite pas, dans mon pays, dans un an, être obligé de défiler –même avec trois millions de mes concitoyens- pour défendre les droits sociaux dans notre République.

D’autres nous disaient : quelle différence y a-t-il entre GORE et BUSH aux Etats-Unis ? Il y en avait même aux Etats-Unis qui prétendaient, là aussi, qu’il n’y avait pas de différence. Et un an après ? C’est Bush qui refuse de signer le protocole de Kyoto sur la protection de l’environnement ! C’est Bush, au Proche-Orient, qui garde le silence quand on sait bien que Clinton ou Gore dans la même situation auraient fait pression sur Sharon pour stopper la répression aveugle ! Là aussi, on nous disait pas de différence !
J’ai même rencontré des femmes et des hommes, proches de nous souvent, me dire qu’en Israël –pour les élections législatives- il n’y avait pas de différence entre Barak et Sharon, parce que l’un et l’autre sont des généraux de l’armée israélienne. Sauf que l’un cherchait la paix et aurait pu la trouver si Yasser Arafat avait pris toutes ses responsabilités et un autre, Sharon, qui ne voulait pas la paix et on le voit bien aujourd’hui.

Oui, nous devons dans cette campagne faire apparaître que sur notre bilan tous les textes qui ont été présentés par le Gouvernement de Lionel Jospin, la Gauche les a voulus, les a portés alors que la droite les a tous combattus. Et il n’y aurait pas de différence !

Quand le projet de Lionel Jospin avance la perspective du plein emploi, présente cette formidable idée du droit à la formation sur toute la vie permettant à chaque actif, à tout moment de son parcours professionnel, d’accéder à de nouvelles qualifications, à de nouveaux savoirs, à de nouvelles connaissances, lui permettant d’avoir une deuxième chance, de se qualifier si cela est nécessaire et de retrouver le savoir qui lui permettra de disposer d’un véritable métier (ou de plusieurs), il n’y aurait pas de différence avec ce que propose la droite qui n’est que la pâle copie du projet du MEDEF en matière de formation professionnelle ?

Et quand Lionel Jospin avance l’idée d’un contrat de retour à l’emploi pour les plus de 50 ans qui ont été souvent rejetés, abandonnés par leur entreprise parce que coûtant trop cher ou déjà obsolètes, découragés par les nouvelles technologies, préférant utiliser des jeunes –surtout s’ils sont payés à vils prix- ou, comme le propose la droite, avec des exonérations de charges à la clef ; Oui, quand Lionel Jospin propose cette belle idée de pouvoir donner à ces chômeurs de longue durée, il n’y aurait pas de différence ?

Et quand Lionel Jospin propose d’ouvrir une négociation sur la précarité, car il y a plus de deux millions de personnes qui attendent un emploi et combien d’autres encore qui vivent avec des contrats à durée déterminée, des contrats d’intérim ou des petits boulots… Nous n’en avons pas terminé avec cette belle idée, celle que nous avons embrassée très tôt dans notre vie, celle que nos parents et nos grands-parents ont voulu porter eux aussi dans leur parcours militant : cette belle idée de la Justice sociale qui n’appartient qu’aux socialistes, aux femmes et aux hommes de Gauche !

OUI, il y a des différences, des différences aussi sur la sécurité, parce que si nous nous retrouvons avec les autres forces politiques pour dire que tout acte délictueux appelle une sanction, nous disons aussi qu’au-delà des forces de police et de justice qu’il faut encore renforcer, qu’au-delà de la dissuasion nécessaire, il faut agir sur les causes mêmes du phénomène de la violence, toutes les causes :

- Agir à l’école, au plus tôt, pour que l’on identifie les dérives et les glissements insidieux vers la pré-délinquance ou la délinquance ;
- Agir sur les causes de l’urbanisme ;
- Agir sur les causes de la désagrégation sociale ;
- Agir sur la discrimination raciale qui humilie une partie de la population et peut la conduire à des actes de violence.

C’est de tout cela qu’il s’agit. On ne peut pas avoir comme perspective pour notre société que d’augmenter les places de prison, parce que -dans ce domaine- la surenchère sera toujours plus grande ; on nous demandera aussi le rétablissement de la peine de mort… Oui des différences il y en a sur la justice sociale mais aussi sur la fiscalité. Au moment où nous demandons la diminution de moitié de la taxe d’habitation, d’autres avancent dans cette campagne la baisse du taux supérieur de l’impôt sur le revenu et chuchotent que cela pourrait concerner l’impôt sur les grandes fortunes ou les successions d’entreprises. Oui, sur les retraites aussi nous sommes en opposition sur la droite qui prétend ne rien changer mais introduit –comme le vers dans le fruit- les fonds de pension. Parce qu’il s’agit bien de cela, à travers la capitalisation individuelle, les avantages fiscaux qui lui seraient liés : faire disparaître progressivement les principes mêmes du régime de répartition, la solidarité entre les générations. Le MEDEF sait que depuis plusieurs mois la négociation est arrêtée sur les retraites complémentaires et doit reprendre en fin d’année. Son intention est bien de faire porter la retraite à 65 ans en empêchant finalement l’accès aux retraites complémentaires avant cet âge-là.

C’est de tout cela qu’il s’agit dans cette élection. Bien sûr, la droite et son candidat principal évitent ces sujets, cachent leurs véritables intentions. C’est une campagne en faux-semblants, en faux-fuyants. Elle tente de faire croire qu’il n’y aurait finalement dans cette compétition qu’un tenant de l’ordre face à un Premier ministre qui n’aurait comme seul tort d’avoir réussi là où tous les autres avaient échoué.

OUI, il y a dans cette volonté de la droite de cacher l’enjeu même de l’élection comme un piège. Il s’agit rien de moins que par une dépolitisation –comme nous l’avons connu lors des élections municipales de l’année dernière- de cacher les vrais objectifs, les vraies propositions de la droite. Nous devons la démystifier et révéler à la population l’enjeu même de la confrontation.

Je vous appelle dans les prochains jours, dans les prochaines semaines à d’abord fait apparaître que c’est au premier tour que beaucoup se jouera. Nos adversaires principaux ne sont pas toujours uniquement la droite. Ce sont aussi l’abstention, l’indifférence, le scepticisme, le sentiment que cette élection ne changera rien au sort des plus modestes, des plus démunis. Alors que nous savons, nous, au contraire, que c’est leur intérêt, leur sort même qui est en cause dans cette élection.

Nous devons faire cette première démarche, celle citoyenne du vote, de l’acte électoral. C’est à ce devoir-là que je vous appelle. Il faut d’abord convaincre qu’il faut voter dès le 21 avril et qu’ensuite il faut voter pour Lionel Jospin. Beaucoup vous diront, beaucoup vous disent déjà que finalement,  » Lionel sera au second tour et au premier, donc, tout est possible. Il y a suffisamment d’offres politiques –16 candidats- pour que chacun y trouve au moins une phrase à son goût, un tempérament qui aurait sa préférence « .

Nous devons faire apparaître notre identité dans cette campagne. Notre identité, c’est celle du progrès social. Lionel Jospin EST le candidat du progrès social. Non pas qu’il n’y ait pas de candidat de la protestation sociale, nous en connaissons, de la contestation sociale, il y a même un candidat de la régression sociale. Mais il y a UN candidat du progrès social, c’est-à-dire un candidat qui fera avancer la France en bon ordre, un candidat qui prendra sa responsabilité pour faire franchir à notre pays d’autres étapes vers un avenir meilleur. Ce candidat nous devons le porter dès le premier tour. Et quand j’entends un certain nombre de candidats ou de candidates dire qu’après avoir voté pour eux, la meilleure formule serait de s’abstenir, je réponds que si la solution du vote du deuxième tour c’est l’abstention après avoir voté pour elle au premier, il vaut mieux s’abstenir de voter pour Arlette dès le premier tour.

Parce que, où en seraient les travailleurs et les travailleuses de notre pays s’il n’y avait pas eu des socialistes, des hommes et des femmes de gauche, des réformistes qui n’avaient pas pris leur responsabilité dans notre Histoire pour venir au pouvoir, avec la responsabilité qui pesait sur eux, avec l’ingratitude, le danger même d’être culbutés par le mur de l’argent ou par la confrontation sociale ? Oui, heureusement qu’il y a eu des socialistes, des hommes, des femmes de gauche qui, en 1936, ont fait voter les grandes lois du Front Populaire, qui, en 1945, ont porté l’idée de la sécurité sociale ! Heureusement qu’il y a eu des hommes et des femmes de gauche, en 1981, pour faire le choix de l’alternance après 23 ans de droite ! Heureusement qu’il y a eu François Mitterrand, Pierre Mauroy et beaucoup d’autres pour faire voter les 39 heures, la retraite à 60 ans et l’abolition de la peine de mort ! Heureusement qu’il y a eu des socialistes pour prendre cette responsabilité. Cela n’a pas forcément été facile pour eux. Cela n’a pas toujours été une confrontation aisée avec le réel. Nous avons rencontré des difficultés, de la rigueur, de la restructuration industrielle… Mais notre devoir était de changer l’ordre existant. Et notre fierté, c’est d’avoir pu faire avancer notre pays vers le progrès social.

Il en est de même aujourd’hui. S’il n’y avait pas eu Lionel Jospin, la Gauche plurielle, il n’y aurait pas les emplois jeunes, les 35 heures, l’allocation Personnalisée à l’Autonomie, la Couverture Maladie Universelle. Nous en serions toujours au plan Juppé ! Souvenons-nous en, ce n’est pas si loin Juppé, Balladur !

Et que s’est-il passé lorsqu’ils gouvernaient : Le gel des salaires de la fonction publique,  » mauvaise graisse  » ; l’augmentation de deux points de la TVA ; l’augmentation du forfait hospitalier ; la création du Remboursement de la Dette Sociale (RDS) ; le plan de remise en cause des régimes de retraites –appelé  » Plan Juppé « - et de mise en difficulté de l’ensemble de la sécurité sociale au prétexte qu’il y avait –et c’était vrai- des déficits importants. Heureusement qu’il y a eu les élections de 1997 –grâce, il faut le dire à Jacques Chirac et la dissolution, c’est le seul point positif de son septennat.

Si ce n’est pas Lionel Jospin le prochain Président de la République, ce sera qui ? L’autre forcément ! Et si c’est l’autre, il n’augmentera pas les dépenses de santé ! Si c’est l’autre, ce sera l’autre avec la droite qui fera un programme de droite, qui baissera les dépenses publiques, affectera la sécurité sociale, privatisera les grands services publics. C’est son programme ! Donc l’enjeu de l’élection n’est pas simplement de savoir qui va faire tel ou tel pourcentage. L’enjeu de cette élection est de permettre à Lionel Jospin d’être le prochain Président de la République ; non pas pour lui –même s’il l’aurait bien mérité- car l’accès à la plus haute fonction de l’Etat n’est pas un concours d’ancienneté, cela se mérite. Et cela se mérite sur des idées, des programmes, des actes.
Donc, si nous voulons que Lionel Jospin devienne le prochain Président de la République, ce n’est pas pour faire plaisir à une formation politique qui, comme toutes les formations politiques, doit être soumise à l’exercice de l’évaluation et de la sanction si nécessaire et de l’alternance toujours.

Si nous voulons que Lionel Jospin devienne le prochain Président, c’est parce que nous portons des idéaux pour notre pays ; c’est parce que nous voulons le faire avancer ; c’est parce que nous sommes conscients que la France est à un moment crucial de son histoire. C’est un moment où il faut faire l’Europe, où il faut parler fort au monde, où il faut préserver la cohésion sociale, où il faut élargir la citoyenneté.

CONCLUSION

Cette élection se joue aussi et surtout au premier tour. C’est ce premier tour qui va créer la dynamique, enclencher la mécanique du succès pour le second tour. Et s’il nous faut espérer beaucoup pour le 5 mai, il nous faut travailler énormément pour le 21 avril. Et c’est ce à quoi je vous appelle les uns et les autres. Chacun doit être à sa place. Cette campagne ne peut pas se faire du haut, de la télévision qui à ses heures à répartir entre tous les candidats et à égalité. Elle ne peut se faire simplement par Lionel Jospin. Si cette campagne ne peut passer par la télévision ou par Lionel Jospin seul, c’est donc par vous qu’elle peut passer. Par vous pour convaincre les indécis, par vous pour éviter la dispersion, par vous pour combattre l’abstention –cette maladie terrible de la démocratie.

Alors, dans les Yvelines comme partout ailleurs, c’est vous qui avez finalement le dernier mot. C’est à vous de faire en sorte que, pour notre pays, pour nos idées mais aussi pour la dynamique européenne qui sortira de cette élection, le premier tour soit beau pour permettre d’avoir un bon, un grand Président le 5 mai 2002.

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