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Martine Aubry à la Convention Nationale « Les régions qu’on aime »

12-12-2009

Martine Aubry : La France qu’on aime

02-12-2009

à Geneviève, Joël, Wali et Mustapha

Chers amis,

Vous venez de voir et d’entendre, dans ce film, des Français parler de la France qu’ils aiment, des valeurs qu’ils portent, et de la société dont ils rêvent.

Ils sont venus dans ce Tour de France organisé par le Parti Socialiste pour parler de l’identité de la France avec ceux qui la font vivre, qui la construisent et qui la transforment.

A chaque fois, des centaines de nos compatriotes ont pris le temps de venir réfléchir librement avec nous, et je les en remercie. Ils se sont souvent dépêchés de rentrer du travail. Ils ont renoncé à une soirée en famille. Pour parler de l’essentiel, de ce qui nous réunit. Des paroles fortes et souvent émouvantes.

Bien sûr, j’ai entendu la souffrance, le mal-être, le désarroi dans une société qui marche sur la tête. Mais j’ai ressenti aussi l’énergie de celles et de ceux qui créent, qui produisent, qui sont généreux et solidaires, et qui ont l’enthousiasme des bâtisseurs d’avenir.

Ils nous ont parlé de la France qu’ils aiment et dont ils sont fiers. Et ce dont ils parlaient d’abord avec force, ce sont des grands principes qui fondent notre République : la liberté, l’égalité, la fraternité, et beaucoup ont ajouté la laïcité. Ils nous ont dit leur attachement à ces valeurs comme leur inquiétude de les voir abîmées.

Je le dis ici avec solennité et même gravité : l’identité de la France est un joyau trop précieux pour être soumis aux aléas des joutes électorales et aux vivats d’une propagande gouvernementale.

L’identité de la France, ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, c’est bien plus, c’est la République. Comme idée, la République a plus de deux siècles ! Comme régime, plus de cent ans ! Comme promesse intégralement tenue, elle est encore à parfaire !

Liberté, égalité, fraternité, laïcité, changer les mots en actes, voilà le grand défi. Je le dis avec la force puisée dans les rencontres avec ces milliers d’hommes et de femmes d’Angoulême à la Seyne-sur-Mer, de Tourcoing à Auch, de Grenoble à Nancy en passant par Cachan et aujourd’hui Rennes.

Voilà la France qu’on aime, celle que j’aime et dont je veux vous parler. La France qui ne doute pas de son identité. La France qui s’inquiète du recul de sa démocratie, de son modèle social et de son vivre ensemble. La France qui aspire à une nouvelle donne pour l’avenir.

***

Une identité républicaine

La France bien sûr, ce sont ses territoires, ses paysages naturels si divers, si beaux, ses montagnes qui l’élèvent, ses mers qui la caressent ou la giflent, ses plaines qui la posent. Ses monuments qui viennent rappeler notre passé, ses universités qui indiquent le futur. Ses écrivains, ses artistes, ses hommes de science, qui ont fait notre histoire et qui éclairent notre avenir.

La France, c’est une langue admirable, une histoire vivante, un patrimoine remarquable, une culture dont nous héritons et que nous avons le devoir d’enrichir et de transmettre.

Mais, être français, c’est d’abord et surtout partager des valeurs, être un citoyen avec des droits et des devoirs, et vouloir construire ensemble un avenir commun .

Oui, la France, se définit d’abord par ses valeurs. La France est un pays qui s’apprend plus qu’il ne s’hérite .

La France, ce sont les Droits de l’Homme et du Citoyen , qui portent un message de respect et de tolérance. C’est la France de Montesquieu, de Diderot, de Tocqueville, la France de la Déclaration de 1789, la France de tous ceux qui furent les défricheurs de la liberté.

La France, c’est l’égalité, et le modèle social qui la porte  : égalité par l’école publique, égalité par la protection sociale, égalité par la redistribution. C’est un système de santé parmi les meilleurs au monde, une assurance-chômage pour tous, une retraite qui doit être décente. La France, c’est un pays où on ne doit laisser personne sur le côté de la route. C’est la France du programme du Conseil national de la Résistance qui demandait « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie  ». Une belle phrase à méditer aujourd’hui ! Et c’est ce modèle social – héritage partagé – qui nous protège aujourd’hui face à la crise, ce modèle social avec lequel, il n’y a pas si longtemps, on nous disait qu’il fallait rompre.

La France, ce sont des services publics, la puissance publique au service de l’intérêt général.

La France, c’est le droit du sol, qui fait que toute personne qui naît et grandit en France est française . C’est une France accueillante et ouverte. Jules Ferry le disait avec force dans son discours d’Epinal en 1887 : «  Au lieu de fermer la République, il faut l’ouvrir, l’ouvrir à tous les hommes de bonne volonté ! ». Dans le même texte, il regrettait   ce « patriotisme haineux et bruyant, qui ne fait pas œuvre d’union et d’apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et d’exciter les citoyens les uns contre les autres. » À plus d’un siècle de distance, cette phrase garde –ô combien- toute son actualité.

La France, c’est la laïcité, qui accueille toutes les religions pourvu que la religion reste du domaine privé et qu’elle respecte le socle de nos valeurs communes . Comme disait Jaurès, à Castres en 1904 «  démocratie et laïcité sont deux termes identiques  ». Et il ajoutait : « Pas plus que le moine ou le prêtre ne sont admis à se substituer aux officiers de l’état civil dans la tenue des registres [..], pas plus ils ne peuvent, dans l’accomplissement du devoir social d’éducation, se substituer aux délégués civils de la nation, représentants de la démocratie laïque. ». C’est au nom de cette conception de la laïcité que nous avons été choqués des propos du Président de la République à Latran selon lesquels « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur parce que lui manquera toujours le sacrifice de sa vie » . De même, nous considérons que la République n’a pas à demander à des imams d’éteindre les incendies des banlieues, comme ce fut le cas au moment des violences urbaines de 2005. C’est à la République d’assurer l’ordre, non aux religieux. C’est cela la laïcité. On voudrait aujourd’hui la qualifier de positive ; nous le récusons, car qualifier la laïcité de positive, c’est déjà commencer à la disqualifier.

La République distingue la loi et la foi, c’est pourquoi son message est un rempart à la « guerre des religions » et au « choc des civilisations » que l’internationale des intégristes souhaite déclencher.

Mais la République protège la liberté de croyance et de conscience, et permet à chacun de l’exercer. Libre à chacun d’apporter sa réponse. Mais elle est personnelle, intime, tolérante. Elle ne saurait s’imposer aux autres consciences, ni se substituer à la loi des hommes. Préservons la laïcité, ne touchons pas à la loi de 1905 : elle n’est pas seulement le trésor de notre nation, elle est notre plus belle exportation au monde violent du 21ème siècle.

La France, c’est l’universalisme . La France se conçoit porteuse d’une mission qui la dépasse en faveur des Droits de l’Homme, en faveur de la coopération européenne et internationale, en faveur de la justice et du développement partagé. S’affirmer français, c’est toujours en même temps se sentir européen, se sentir internationaliste.

Etre Français, c’est en effet pour nous être européens . Il n’y a pas de continent où le dépassement des égoïsmes nationaux a été aussi fort. Ni d’autre continent où l’identité de chaque nation nourrit, enrichit, celle de tous les autres. Cela aussi, parce que nous aimons la France, nous le disons : l’Europe est notre avenir. Une Europe volontaire et solidaire, accueillante et innovante.

Etre français, c’est vouloir construire ensemble notre avenir. Notre identité n’est pas figée et continue à se forger. Voilà pourquoi Ernest Renan – comment ne pas le citer ici, un breton ! – écrivait à propos de la nation française que «  si elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le [..] plébiscite de tous les jours. » . Se réclamer chaque jour de sa devise et de ses valeurs, les faire vivre, voilà ce qu’est la France.

C’est de cette idée simple et sublime qu’est née la République, que la Révolution française résonna dans toute l’Europe, en 1789 comme deux siècles plus tard, en 1989. Comment oublier qu’à Bucarest, la foule qui se souleva contre la terreur du régime de Ceaucescu entonnait la Marseillaise, ce même « contre nous de la tyrannie » qui avait soulevé l’armée de Valmy.

*

Notre histoire

Aimer la France, c’est accepter de regarder son histoire en face. Comme toutes les histoires, elle est riche. Elle a ses jours de gloire comme ses parts d’ombre.

Nous sommes des citoyens responsables, pas des enfants devant des images d’Epinal. Cessons de nous décrire comme un pays constitué d’un peuple souche et rappelons nous toujours que ce qui nous unit, ce sont nos valeurs, celles qui nous ont permis le sursaut et le salut de notre pays même dans les périodes les plus difficiles.

N’hésitons pas à dire que la France que nous aimons, c’est celle des ouvriers de 1848 sur les barricades de Paris, celle des Insurgés de 1851, pas celle du coup d’Etat de « Napoléon le petit » ; la France de la Commune, pas celle des Versaillais qui l’écrasèrent ; la France en bleu-blanc-rouge de la « Rue Montorgueuil » peinte par Monet, non le drapeau au nom duquel on réprima dans le sang les mineurs de Ricamarie ; la France de Zola qui accuse, pas celle qui condamna Dreyfus ; la France de Jaurès, pas de ceux qui l’ont assassiné parce qu’il refusait la guerre.

La France que nous aimons, c’est celle qui a porté Léon Blum au pouvoir, pas celle des procureurs du procès de Riom qui lui imputaient je ne sais quel « abaissement national » à travers les 40 heures et les congés payés, mais qui en vérité lui reprochaient non ce qu’il avait fait, non ce qu’il avait dit, mais ce qu’il était.

La France que nous aimons, c’est la France des Justes, pas celle des délateurs ; celle du général de Gaulle qui désobéit et ne plie pas, pas celle d’un maréchal de France aux ordres de l’occupant ; celle de l’Affiche rouge et de Manouchian qui parlait ainsi de notre triptyque : « liberté, égalité, fraternité, ces mots qui disaient la France » , de Paul Eluard et de « Liberté j’écris ton nom » , d’Aragon et de « la Rose et le Réséda »  ; pas celle de Vichy, de ses lois scélérates, des rafles d’enfants au petit matin au Vel d’Hiv et ailleurs.

Notre histoire a connu l’esclavage, la colonisation, l’ordre moral, le renoncement de 1940, la collaboration. Se souvenir de ces taches noires de notre mémoire, c’est d’abord être capables de mieux construire l’avenir. C’est nous rendre plus forts.

Nous n’avons pas à craindre cet exercice de vérité avec nous-mêmes. Car nous retrouverons aussi dans notre passé l’énergie et la volonté des grands combats qui ont construit notre nation et façonné notre identité.

Je pense à l’héritage des lumières. Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau nous ont dit combien les hommes sont d’abord des êtres de raison et comment ensemble ils sont maîtres de leur destin.

C’est la grande leçon des philosophes du 18 ème siècle qui se sont élevés contre l’ordre établi pour inventer la liberté ; pour penser un homme qui ne serait plus un sujet, mais un citoyen ; pour imaginer un homme qui ne serait plus enfermé dans sa condition, mais qui serait libre de se construire ; pour imaginer une société qui serait capable de se gouverner elle-même et de faire l’histoire ; pour proposer à l’Europe la paix et la perspective de son unification.

La France s’est constituée en portant au plus haut cette conception.

Je pense bien sûr aux combats de la Révolution pour la liberté et la démocratie. Comme le dit admirablement Ferdinand Buisson, le fondateur de la Ligue des Droits de l’Homme : « C’est parce qu’elle est la France de 1789, le pays d’où est parti cet appel, impossible à étouffer, appel à la liberté, à la justice et à la raison, appel à l’égalité, à la fraternité, c’est parce que la France a fait cela, que nous l’aimons. [..] Un Français n’est pas seulement un homme né en France, c’est un homme né de la France qui a l’esprit formé à son esprit, qui a appris d’elle à regarder toujours plus haut, à vouloir toujours plus de lumière, toujours plus de raison, toujours plus de fraternité.  »

Je pense aussi à la Commune, qui réunit dans une même lutte les aspirations à la liberté, à la démocratie et à l’égalité sociale.

Je pense aux combats ouvriers du XIX e et du XXe siècle. Ils ont permis l’émancipation des ouvriers et des travailleurs. Ils ont ouvert la voie à un droit du travail et à la protection sociale.

Je pense aux combats féministes pour l’égalité des droits, les combats d’Olympe de Gouges, de Flora Tristan, d’Hubertine Auclert, de Louise Michel et de toutes celles jusqu’à aujourd’hui qui se sont élevées contre l’injustice de la condition des femmes.

Je pense à la Résistance , fondatrice de la France moderne, et son   combat pour la liberté, pour la dignité, pour l’honneur.

Je pense aux combats pour la décolonisation, dont les traces sont encore douloureuses dans la société française et dans toute l’Afrique. On comprend ainsi les réactions scandalisées face au discours de Dakar, ou à cet amendement choquant sur les « bienfaits » de la colonisation. Sur ce point plus que tout autre, la France s’honorerait à aborder de front cette période de son histoire.

Je pense aux combats pour la reconnaissance des droits des étrangers , qui se prolongent aujourd’hui avec les militants de RESF et les grèves des travailleurs sans papiers, et aux combats contre les discriminations de toutes sortes , qu’elles soient liées aux handicaps, au genre, à l’origine ou à l’orientation sexuelle.

Ces références ne forment pas un catéchisme. Je les cite parce que pour nous, à gauche et bien au-delà je le sais, ce sont les moments de notre histoire dont nous sommes les plus fiers. Et à travers ces combats, se sont forgées des valeurs qui constituent le cœur et la possibilité de notre vivre ensemble.

*

Des valeurs qui transforment la réalité

La France, ce ne sont pas seulement des valeurs inscrites au fronton des mairies, mais la volonté de leur donner une réalité forte.

Quand on pense à la France, on pense d’abord à un pays de liberté , où la justice et les médias sont indépendants, où l’on respecte la diversité des opinions. Et c’est pour cela que même pendant la crise, ce combat pour les libertés, nous le menons aujourd’hui. Le printemps des libertés, nous n’y renoncerons jamais.

Quand on pense à la France, on pense aussi à son modèle social. Il fait rimer liberté avec égalité, parce qu’il n’y a pas de liberté réelle sans égalité. Oui, la France ne serait pas la France sans la sécurité sociale, sans la retraite par répartition, sans des services publics de qualité. La France n’est pas la France sans un Etat fort. La France n’est pas la France sans la passion de l’égalité.

Très tôt, il y a en France cette conviction que le progrès ne vaut que s’il profite à tous. Qu’il ne saurait y avoir d’efficacité économique sans justice sociale.

Et disons les choses simplement. Ce qui se fissure aujourd’hui, c’est d’abord ce modèle social. Et les responsables, ce sont ceux qui favorisent les égoïsmes au détriment du collectif, qui remettent en cause la protection sociale et les services publics, qui imposent le bouclier fiscal et l’injustice. Ceux qui aujourd’hui, au nom de l’identité nationale, tentent de diviser les Français au lieu de les unir. Comment ne pas rappeler cette phrase du général de Gaulle : « Il y a deux catégories de Français : ceux qui disent qu’il y a deux catégories de Français, et les autres. ».

J’ai parlé tout à l’heure aussi de fraternité, de droits de l’homme et d’universalisme . Ces valeurs-là également, il ne suffit pas de les proclamer. Ceux qui enferment des enfants dans des centres de rétention, qui renvoient des réfugiés dans un pays en guerre, qui expulsent des lycéens et séparent des familles, ne défendent pas les Droits de l’Homme. Ceux qui ont proposé en modèle l’Amérique de Bush, ceux qui ont reçu des dictateurs en grande pompe ne défendent pas l’universalisme.

Une femme m’a émue au cours des dernières semaines et je veux lui rendre hommage devant vous.   Depuis Berlin où elle a choisi de vivre, que nous dit-elle ? Que la France où l’on poursuit les enfants jusque dans leur école n’est pas, n’est plus la France. Elle a dit sa révolte, et elle persiste   malgré les intimidations de la droite la plus dure qui lui assigne un grotesque « devoir de réserve ». Cette femme, c’est Marie NDiaye. C’est l’une des plus grandes écrivaines françaises. Sa langue est superbe et parle de notre résistance à la détresse. Je le redis ce soir, ne touchez pas à Marie NDiaye. Ne touchez pas aux hommes et aux femmes de culture.

La France que nous aimons, c’est la France où Marie NDiaye aurait envie de revenir vivre.

*

Une nation métissée

C’est aussi une France qui s’assume pleinement comme la nation métissée qu’elle est aujourd’hui.

Au long des siècles, la population française a additionné les origines diverses. Sous l’Ancien Régime, c’était la France des provinces, la France des patois, un royaume aux multiples institutions et particularités qui sont encore bien vivantes. Puis à partir de la fin du XIXe siècle, notre pays est devenu une grande terre d’immigration. Toute cette diversité, nous la retrouvons aujourd’hui dans les patronymes. Italiens, Belges, Espagnols, Russes, Arméniens, Allemands ou Polonais sont venus s’installer en France pour travailler dans les mines et les usines. À partir des années 60, c’est le tour de l’immigration marocaine, tunisienne et algérienne, suivie de peu par les populations d’Afrique noire. Tous donnent à la France son visage d’aujourd’hui. C’est ainsi que se construit chaque jour l’identité de la France. C’est celle partagée par Camus et Césaire.

La France que nous aimons réunit toutes les histoires. Elle doit faire toute leur place aux descendants des immigrés qui ont combattu pour notre pays et tant contribué à le reconstruire, aux réfugiés fuyant les dictatures.

Toutes ces arrivées ont modelé nos villes et nos campagnes, nos entreprises, nos habitudes, notre vie quotidienne, nos goûts, notre connaissance des autres et du monde, nos rêves, et font la France d’aujourd’hui. C’est cette France que chantent les Reggiani, Yves Montand, Mouloudji, Barbara, Edith Piaf ou Jean Ferrat. Tous métèques, comme le chantait Moustaki, tous amoureux de la France et de sa liberté.

A ceux qui stigmatisent l’étranger, on a envie de répondre avec les mots simples de Charles Aznavour rendant hommage aux « Emigrants » : « Comment crois-tu qu’ils sont venus ? / Ils sont venus, les poches vides et les mains nues / Pour travailler à tour de bras / Et défricher un sol ingrat / Comment crois-tu qu’ils ont souffert ? / Ils ont souffert, certains en décrivant l’enfer / Avec la plume ou le pinceau / ça nous a valu Picasso ».

Aujourd’hui, on entend dire : « mais ils viennent d’Afrique, ils n’ont pas la même religion, les mêmes valeurs, ils ne veulent pas s’intégrer, ils continuent leurs traditions, ils ne font pas l’effort d’aller vers la culture de notre pays »  ? Mais allez demander aux immigrés d’hier, Italiens ou Polonais, dont la religion était principalement chrétienne si eux-mêmes n’ont pas longtemps perpétué des traditions de leur pays d’origine. Mais surtout, ce n’est pas parce qu’on aime le pays d’où l’on vient, le pays de ses parents que l’on n’aime pas la France.

Ces arrivées souvent plus massives hier qu’aujourd’hui, se sont faites avec des heurts et des craintes. Mais, à chaque fois, la nécessité de l’époque, le temps qui fait son œuvre, mais aussi l’engagement des hommes et des femmes qui cherchaient à unir, à respecter les autres ont permis de continuer la France.

Comment ne pas penser, ici à Rennes, à Mona Ozouf qui a magnifiquement parlé de cette tension permanente, de cette « composition française », de notre République unie, mais pas uniforme.

Certains à droite nous expliquent que les immigrés n’auraient pas encore reçu les « codes d’accès » pour vivre en France. C’est bien la preuve – je le rappelle – du lien qu’elle établit entre le débat sur l’identité nationale et la question de l’immigration. C’est surtout un détournement de la vérité. Les principaux obstacles à l’intégration ne sont pas de nature culturelle. Ce sont les discriminations économiques et sociales, les échecs urbanistiques et les villes-ghettos, ou ce qui reste de racisme dans notre pays.

Arrêtons les mensonges. Arrêtons cette stigmatisation insupportable. Dénonçons les propos sur les mariages gris comme les interdictions des minarets en Suisse.

Je veux à ce moment vous faire partager le bonheur que j’ai eu à lire ces paroles de l’écrivain libanais Amin Maalouf : «  les sociétés devraient assumer, elles aussi, les appartenances multiples qui ont forgé leur identité à travers l’histoire ».

L’égalité se gagne ou se perd à l’école, à l’entrée de l’hôpital, dans l’accès à l’emploi, dans le regard d’un DRH ou à l’entrée d’une boîte de nuit. La fraternité se gagne ou se dissout devant la porte d’une préfecture, dans la hantise d’une expulsion de sa famille chaque fois que l’on prend le métro, dans l’injustice des contrôles d’identité au faciès dans la rue ou dans le train.

Pour construire une identité commune, on ne commence pas par dire « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » . On ne crée pas un ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration. En liant immigration et identité, on ne rend service ni aux migrants, ni à la France. Comment construire le vivre ensemble sur le refus de l’autre ?

La France qu’on aime, c’est celle qui dit : « La France, tu l’aimes, donc tu la construis avec nous » . Il faut faire aimer la France  ; aujourd’hui nos gouvernants aggravent les fractures sociales, abandonnent les banlieues, favorisent la promotion de quelques-uns et entretiennent la stigmatisation des jeunes et aussi des Français issus de l’immigration et des étrangers.

Alors sachons définir une politique d’immigration avec des règles claires et justes, définies en partenariat avec les pays d’origine. Faisons vivre le droit d’asile dans la France, terre des Droits de l’Homme. Et comme nous l’avons demandé, donnons un avenir ici dans notre pays, en régularisant ceux qui ont montré leur capacité d’intégration depuis plusieurs années sur notre territoire, ceux qui travaillent, cotisent, paient des impôts, ceux qui ont des enfants scolarisés…C’est cela aussi l’identité de la France.

*

La gauche et la nation

Certains prétendent que la gauche aurait un problème avec la nation . C’est un classique d’une certaine droite que d’essayer d’exclure la gauche de l’identité collective en l’accusant de mal servir notre pays. Cela rappelle d’ailleurs des heures sombres.

Il faut citer en réponse les mots de Léon Blum devant ses juges au procès de Riom, lorsque le régime de Vichy l’accusait d’être anti-français : « Je crois que vous ne pourrez pas nous chasser de l’histoire de ce pays. Nous n’y mettons pas de présomption, mais nous y apportons une certaine fierté : nous avons, dans un temps bien périlleux, personnifié et vivifié la tradition authentique de notre pays, qui est la tradition démocratique et républicaine. »

Prolongeant ces paroles admirables de Blum, je voudrais rappeler la vérité historique.

En France, ce qui a constitué la nation, c’est d’abord la Révolution. Contre les forces réactionnaires, ce sont les révolutionnaires qui ont fait de la nation, le détenteur de la souveraineté capable de se gouverner.

Disons-le clairement : si la nation n’appartient pas à la gauche, dans notre pays, la nation est née par la gauche et par les opposants à l’ordre établi, à l’Assemblée Constituante. Elle est née d’un projet politique : le projet de l’émancipation de l’homme, le projet de la liberté démocratique, le projet de l’égalité citoyenne. Ce projet reste actuel, il est en construction permanente et il est partagé par beaucoup.

Alors cessons les faux procès et les vraies manipulations. Et regardons en face la vraie crise qui touche la France. C’est son modèle social qui est mis à mal, c’est la société qui se fissure. C’est cela que refusent les Français.

*

Les visages du tour de France

Il n’y avait qu’à entendre les Français rencontrés dans ce tour de France. Des hommes et des femmes en difficulté parfois, mais des hommes et des femmes fiers, énergiques, chaleureux, prêts à se mobiliser pour changer leur pays.

Vous !

Vous les salariés qui travaillez dur et qui gagnez peu ! Vous, les jeunes, qui galérez entre petit boulot, chômage et stage ! Vous, les parents, les familles, qui n’arrivez plus à faire face. Vous les retraités qui avez des projets et n’arrivez pas à les mener à bien. Je pense à cette dame de Nantes qui disait : «  le social, ça s’en va, ça devient un peu comme les Etats-Unis, on enlève ce qui est social, on enlève même sur les allocations familiales… on touche même la famille.  ». Je pense aussi ce soir à cette mère au foyer de Charente-Maritime qui disait « Mon fils a 7 mois, mon autre fils a 10 ans. Ils seront quoi ? Ils seront chômeurs. Ils sortent avec la carte de chômeur dans le ventre. Moi ça me fait peur ». Qu’on ne puisse plus entendre cela dans notre pays, voilà qui nous assigne un devoir majeur !

Je pense aussi à tous ceux qui servent la France et l’égalité au travers des services publics ! Vous les postiers, les cheminots qui luttez contre la privatisation, pas pour vous, mais pour que les services publics ne désertent pas les territoires déshérités. Vous les fonctionnaires, professeurs, médecins, magistrats. Comment ne pas citer les propos de cette femme qui disait, bientôt :   « l’éducation ne sera plus nationale, l’hôpital ne sera plus l’assistance publique » ou cette autre femme rencontrée à Nancy : «  On est en train, en supprimant des postes, des tribunaux, des transports, de supprimer cette France terrienne, rurale qui pour moi est essentielle . ». Cela, je leur dis, nous ne le laisserons pas faire, nous défendrons les services publics qui sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

Je pense aussi à nos chercheurs, nos ingénieurs, nos entrepreneurs, nos créateurs. Pour moi la France, c’est vous, vous les créateurs d’entreprises, les vrais entrepreneurs, les vrais créateurs d’emplois. Et vous, aujourd’hui, vous n’êtes pas aidés. « Les banques marchent sur la tête, elles nous tournent le dos alors qu’on les a aidées. » nous ont dit de multiples patrons de PME, artisans et commerçants croisés dans ce tour de France.

Pour moi la France, c’est vous, vous qui animez bénévolement les syndicats et les associations. Vous   les Français solidaires et fraternels, comme ce jeune homme rencontré à Grenoble venu nous demander ce qu’il pouvait faire pour aider à changer notre pays.

Oui, décidément, on est Français quand on partage les valeurs de la France et quand on veut construire ensemble son avenir.

***

*

Quelle société voulons-nous ?

En effet, la cohésion d’une nation, c’est de partager une communauté de destin.

Le problème de la France n’est pas tant une panne d’identité qu’un présent difficile et une absence d’avenir. Ce qu’attendent les Français, c’est une nouvelle donne. C’est à nous, politiques, de redonner un sens à la société.

Le système actuel marche sur la tête. Il faut en changer, transformer profondément notre manière de produire, de redistribuer, de consommer, mais aussi de vivre ensemble, je vais y revenir.

*

Mais je voudrais auparavant me faire le porte-parole des milliers d’hommes et de femmes rencontrées dans ce tour de France en évoquant trois urgences absolues. Autant le dire clairement : les Français s’interrogent moins aujourd’hui sur leur identité …que sur leurs fins de mois, leur emploi, et l’avenir de leurs enfants !

•  La première urgence, c’est l’emploi et le pouvoir d’achat.

Face à la crise, le président de la République a choisi son camp : les « grands » seraient protégés et les « petits » paieraient.

Aux premiers, il a accordé le bouclier fiscal, la suppression de la taxe professionnelle, le sauvetage des banques, ou plutôt des banquiers, car ni les PME ni les particuliers n’ont vu la couleur des milliards d’euros dont elles ont bénéficié.

Les seconds, c’est à dire tous les autres, n’ont eu droit qu’à un plan de relance insuffisant sur l’investissement, insignifiant sur la consommation et inconséquent sur l’emploi. Et à cela, s’ajoute la farce du grand emprunt.

Un chiffre éclaire ce lâchage présidentiel de la France du travail et quoiqu’en dise le Président de la République encore hier se félicitant de faire mieux que les autres. A la veille de la crise, en juillet 2008, la France et l’Allemagne avaient le même taux de chômage, 7,4%. Aujourd’hui, la France est à 10% et l’Allemagne à 7,6%. La condamnation est sans appel. La faute est grave. Les conséquences sont lourdes.

Et qu’on ne nous parle pas de sortie de crise. Que les financiers soient sortis d’affaire, c’est indéniable. Les banques affichent des bénéfices insolents sans retour pour l’Etat et les français. La valse indécente des bonus, des stocks options et des parachutes dorés a repris dans les entreprises y compris celles qui se sont effondrées dans la crise.

Mais la crise sociale est bien là et malheureusement encore largement devant nous. On annonce 500 000 chômeurs de plus dans les mois qui viennent ! La situation est fragile, l’investissement ne se redresse pas, la consommation flanche, il faut la soutenir en donnant du pouvoir d’achat, comme il faut engager les investissements pour préparer l’avenir.

Alors je le redis au Président de la République : vous persistez et signez, la réalité vous rattrape. Prenez la mesure des difficultés et agissez.

Les socialistes proposent quatre mesures simples  : un remboursement de TVA de 200 euros à 16 millions de ménages pour relancer la consommation ; l’allongement de six mois des durées d’indemnisation du chômage et de chômage partiel pour accompagner les victimes de la crise ; la création immédiate de 150 000 emplois jeunes –premiers touchés par la crise- ; des moyens pour les collectivités locales qui réalisent les trois quart des investissements publics.

Ces mesures peuvent être financées par la suppression de la baisse de la TVA dans la restauration qui n’a eu aucun impact ; par une augmentation de 10% de l’impôt sur les sociétés des banques ; par la suppression de la subvention absurde aux heures supplémentaires ; par le remboursement des dettes de l’Etat aux collectivités locales.

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- La deuxième urgence, c’est le logement .

La crise a mis des centaines de milliers d’hommes et de femmes dans la situation de ne plus pouvoir assumer leur loyer ou les charges de remboursement. Le logement est le premier poste budgétaire dans la consommation des ménages modestes, jusqu’à 50 % du budget dans certains cas.

Alors je veux aujourd’hui faire deux propositions simples : un plan massif de construction de logements et le gel des loyers pour cinq ans. Entre les locataires et les propriétaires, le balancier a franchi les limites du raisonnable. Il faut retrouver un équilibre. Et s’attaquer à la question de la précarité énergétique qui touche désormais une proportion préoccupante de la population.

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La troisième urgence, c’est de mettre fin aux rémunérations excessives et aux avantages fiscaux indus .

La crise est dure, ces injustices la rendent insupportables.

Les députés socialistes ont déposé des propositions de loi justes  : l’abrogation du bouclier fiscal ; la limitation des bonus à la part fixe du salaire, la suppression des stock-options sauf pour les PME naissantes ; mais aussi la limitation de la hiérarchie des rémunérations.

Voilà des propositions susceptibles de remettre la France à l’heure de la justice !

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*

Nos compatriotes veulent des solutions concrètes et immédiates à leurs problèmes.

Mais ils s’inquiètent aussi pour l’avenir de leur pays, pour celui de leurs enfants.

Ils attendent de nous une vision de la société, un projet, une perspective de progrès. Ils demandent : si vous revenez au pouvoir en 2012, que ferez-vous ? Où voulez-vous conduire notre pays ?

Je ne vais pas là bien sûr vous décliner le projet des socialistes pour 2012. Ce projet est en chantier et nous avançons fortement. Ce tour de France nous a conforté dans nos certitudes.

La première certitude est que l’heure n’est plus à proposer quelques adaptations au système actuel, il faut en changer . La crise est globale, la réponse doit être globale.

Deuxième certitude, il est temps de renoncer à nos renoncements . La sociale démocratie traditionnelle a accouché d’un système de protection sociale qui est une référence dans le monde. Mais elle n’a pas su répondre aux enjeux de notre temps.   Il nous faut en effet réinventer les réponses aux défis de la mondialisation, des chocs démographiques, écologiques et technologiques.

Oui, c’est une nouvelle donne que nous devrons proposer .

*

- Une nouvelle donne économique et durable d’abord, en s’appuyant sur un Etat stratège qui régule puissamment l’économie, en oriente le cours et corrige les excès du marché ; un Etat stratège qui soutient la recherche et prépare l’avenir.

L’Etat devra donner au moins trois directions à l’économie de notre pays : conduire la mutation écologique de notre industrie, la révolution numérique de nos services et la transformation biologique et raisonnée de notre agriculture. Ce sont les révolutions industrielles du XXI° siècle.

A nous de nous y engager pleinement. En n’oubliant jamais que le génie français, c’est de réussir le mariage entre l’innovation et la solidarité. Le TGV et le RER, l’internet à haut débit et le prix unique du timbre, le Génopole, et les centres de santé de proximité.

Il ne s’agit pas de renoncer au progrès, à la science, à la technologie. Il s’agit de leur assigner une direction : le développement humain dans le respect de la planète.

Pour cela, soutenons la recherche aujourd’hui oubliée ; les créateurs, les innovateurs, les ingénieurs aujourd’hui supplantés par les financiers dans les entreprises ; les PME aujourd’hui étranglées par les banquiers.

*

- Nous voulons aussi une nouvelle donne sociale fondée sur un autre partage des richesses, sur une fiscalité profondément redistributive et une revalorisation du travail .

À la crise du chômage, s’ajoutent aujourd’hui une profonde crise du travail, un travail mal rémunéré et précarisé ainsi que des conditions de travail difficiles. La souffrance et le stress au travail, les maladies professionnelles, les harcèlements, les métiers pénibles et les rythmes absurdes se développent. N’oublions pas les suicides au travail, et je sais que la Bretagne à Lannion n’a pas été épargnée par ceux de France Telecom.

Oui, il faut revaloriser le travail, non pas par des slogans du type « travailler plus pour gagner plus » , mais en retrouvant le chemin de l’emploi, de la juste rémunération du travail, de la reconnaissance des compétences des salariés. Il nous faut mettre en place de nouveaux droits adaptés à un monde où il faudra pouvoir changer d’entreprise et sans doute de métier, de nouveaux droits pour protéger contre les changements nécessaires, mais aussi pour progresser professionnellement. C’est ce que nous appelons la sécurité sociale professionnelle tout au long de la vie.

C’est par cette réelle revalorisation du travail que passe aussi l’émancipation de chaque homme et chaque femme. Elle s’adresse bien sûr aux salariés, mais aussi aux travailleurs indépendants, artisans, commerçants, créateurs de TPE ou de PME, et au monde des nouveaux métiers des services ou des technologies, qui font tous la richesse de notre pays. Renouer le fil avec et entre tous ces hommes et toutes ces femmes qui font la force de   notre économie et la richesse de notre pays, c’est l’un des enjeux majeurs pour la France, auquel le socialisme du XXI° siècle doit répondre .

Cette nouvelle donne sociale doit permettre l’émancipation réelle de chacun et le développement de chaque territoire. Pour ce faire, il nous faut des services publics forts, mais aussi profondément rénovés .

En effet, il faut le dire, la gauche a souvent privilégié des réponses uniformes. Il nous faut aujourd’hui garder ces protections collectives que la droite veut mettre à bas, mais les adapter aux aspirations individuelles, aux difficultés et aux atouts de chacun.

Il convient en effet de personnaliser les réponses : par exemple en accompagnant chaque personne âgée, en tenant compte de ses aspirations, de sa situation de santé et de ses moyens financiers pour qu’elle prenne toute sa place dans la société, qu’elle réalise ses projets. Nous devons aussi apporter à chaque enfant les soutiens, les méthodes pédagogiques et les rythmes scolaires dont il a besoin. Ceci nécessite, et nous le préparons, un nouveau pacte éducatif, en redonnant leur fierté et leur place aux enseignants.

Ceci nécessite aussi de donner à chaque jeune une allocation d’autonomie pour se former, se loger et construire sa vie, quelle que soit la situation de ses parents. C’est ainsi que nous permettrons à cette jeune fille de la Seyne-sur-Mer, qui nous a tous émus, de construire sa vie.

*

- Nouvelle donne économique, nouvelle donne sociale mais aussi nouvelle donne démocratique face à un président autocratique qui veut décider de tout et mettre tous les pouvoirs sous sa coupe. Il nous faudra en 2012, construire une 6ème république fondée sur un régime parlementaire fort, des contre-pouvoirs restaurés, une presse et une justice indépendante, une vraie décentralisation, une démocratie sociale renouvelée ainsi que de nouvelles formes de participation des citoyens à la vie publique.

- Nouvelle donne internationale enfin   : une France respectée dans les enceintes internationales, pour son indépendance, pour ses valeurs. Une France fer de lance d’une Europe politique, économique et sociale-écologique, porteuse d’un message universel vers le monde, un nouveau monde solidaire avec le Sud.

*

Ce nouveau projet pour la France, vous l’avez compris, s’appuie profondément sur les valeurs de notre identité.

Il redonne du sens à une société qui l’a perdue sous les coups de butoir du libéralisme financier et de ceux qui le soutiennent.

Redonner du sens, c’est faire à nouveau rimer liberté et égalité, sachant que sans droits réels d’accès à l’éducation, au logement, à la santé,   à l’emploi, on n’est pas libre de construire sa vie.

Redonner du sens, c’est faire aussi des individus, des citoyens respectueux des règles et respectueux des autres.

Pas plus qu’aujourd’hui, la droite ne peut nous donner des leçons en matière économique ou de gestion tant son échec est grand, elle ne pourra non plus nous donner à l’avenir de leçons sur la sécurité. Quand, par idéologie, on supprime des effectifs dans la justice et la police, quand on supprime la police de proximité, quand on ne s’attaque pas aux causes profondes qui engendrent la violence, et bien l’échec est patent.

Mais donner du sens, c’est aussi demander aux Français -et ils l’attendent, ils nous l’ont dit-, de nous aider à former une société plus solidaire et plus fraternelle.

Il nous faut construire des nouveaux liens entre les personnes, des solidarités concrètes et collectives. Il nous faut retrouver le souci de l’autre : tendre la main à un enfant qui dérape, lutter contre l’isolement des plus âgés ou des plus exclus, avoir un autre regard sur ceux qui sont différents…

Cette société là, j’en suis convaincue, correspond à la France qu’on aime.

Le bonheur d’une société ne se résume pas à l’accumulation de biens matériels, même si chacun doit pouvoir bénéficier de l’essentiel pour vivre.

Le bonheur, c’est de ne pas être obligé de travailler le dimanche : on a six jours pour avoir, pour acheter, nous voulons garder un jour pour être, c’est-à-dire du temps pour soi, pour sa famille, pour les autres.

Le bonheur c’est de vivre dans une société apaisée parce que juste, et donnant sa chance à chacun.

Le bonheur, c’est de nouer autour de soi des relations amicales et affectives.

Le bonheur, c’est aussi de partager les grandes émotions que nous apporte la culture.

Dans le fond, ce que nous voulons, c’est une société qui prend soin de chacun, où chacun prend soin des autres, et où ensemble nous prenons soin de l’avenir.
C’est cela la France qu’on aime. Nous la ferons avec vous.
C’est cela le message de Rennes.

Martine Aubry au 9e congrès du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) à Grenoble

22-11-2009

Martine Aubry était présente au 9e congrès du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) à Grenoble et a félicité aurianne Deniaud, la nouvelle présidente du mouvement, élue le week-end dernier.

Dans un discours rassemblant les générations socialistes, la Première secrétaire du PS est revenue sur la situation de la jeunesse de France, et a encouragé le MJS à devenir une force de proposition pour le Parti sur les questions sociales.

«Je voudrais vous dire le plaisir qui est le mien, d’être ici avec vous, pour le 9e Congrès du Mouvement des Jeunes
Socialistes. Nous avons besoin de vous alors que le moment est lourd et inquiétant. La droite mène une bataille  idéologique. Un drôle de climat s’installe dans notre pays.

Les jeunes auraient pu nous aider à sortir de la crise. C’est le pari que nous avions fait en arrivant aux responsabilités en 1997, alors que le pays était endetté. La réalité de notre pays est actuellement toute autre. Les générations qui arrivent à l’âge adulte, depuis le milieu des années 1990, entrent dans la vie active bien plus tardivement et bien plus difficilement que leurs parents.

Ce problème n’est pas celui des jeunes. C’est le problème de la société française. Nous avons
l’impression que les jeunes sont victimes d’un bizutage permanent, un bizutage social. Quand ils ont la chance d’entrer dans une entreprise, en général, c’est pour y effectuer un stage. Le stage est logique lorsqu’on fait des études, mais une fois diplômé, il ne doit plus être autorisé. Il faut faire en sorte que les stages soient rémunérés, car il n’est pas acceptable d’utiliser les jeunes, leurs compétences, leur sens de l’innovation, pour ne pas les rémunérer. C’est pourtant le cas aujourd’hui.

23,9% des jeunes actifs sont au chômage. C’est un niveau record. Un jeune qui entre aujourd’hui sur le marché du
travail doit attendre de huit à onze ans pour obtenir son premier CDI. L’âge moyen d’accès à l’emploi stable est de 28 ans. Mais qu’ont donc fait les jeunes en France pour qu’il faille attendre huit ans pour utiliser leurs compétences ? Voilà ce qu’il faut changer. Il ne s’agit pas de proposer un CPE, ou je ne sais quel dispositif spécial, mais il faut proposer un vrai statut pour les jeunes.

La première pierre de ce statut est l’allocation d’autonomie, comme vous la proposez au MJS. Cela permettra à tous les jeunes d’avoir les moyens de vivre en se formant, en faisant eux-mêmes leur choix de vie librement. Je porte le combat pour l’allocation d’autonomie depuis longtemps parce que je sais l’injustice du système actuel :l’État consacre plus d’argent en exonérations fiscales aux familles les plus riches ayant un enfant à charge (1,7
milliards d’euros par an) qu’en aides directes aux étudiants (1,3 milliards d’euros). C’est un scandale auquel il faut mettre fin. Si nous l’emportons en 2012, nous créerons cette allocation d’autonomie.

Ce sera l’un de nos tous premiers chantiers. En attendant, et parce qu’il y a une crise violente pour tous
mais en particulier pour les jeunes, nous demandons d’agir vite sur la question du logement.

Je fais trois propositions simples mais urgentes : généralisons le cautionnement solidaire, pour supprimer les barrières d’accès au logement qui touchent les jeunes. Faisons-le dans nos collectivités ! Supprimons le mois de carence des aides au logement qui alourdit péniblement les dépenses d’entrée dans l’appartement, particulièrement
pour les étudiants lors de la rentrée en septembre. Enfin, donnons le même montant d’aides aux jeunes qui sont en
colocation. Avec le cautionnement solidaire obligatoire, les différences liées à la famille et aux ressources des parents sont gommées. Faisons cela aujourd’hui avant de mettre en place l’allocation autonomie.

Je voudrais terminer en vous disant :« On a besoin de vous ». Pas seulement du MJS, mais des jeunes en général. Nous
avons besoin des jeunes pour changer ce climat atroce qui s’est installé dans notre pays. Je ne pardonnerai jamais à
Nicolas Sarkozy d’avoir lié, par l’intermédiaire d’Éric Besson, le débat sur l’identité nationale à celui de l’immigration. Les jeunes, par définition, aiment la différence. Par définition, ils sont ouverts aux autres, ils aiment découvrir ce qui leur est étranger.Les jeunes ne sont pas refermés sur euxmêmes. Aujourd’hui, le projet
de Nicolas Sarkozy est de refermer la France sur elle-même. Il faut être fier de son identité, quelles que soient nos origines.

La gauche a trop souvent suivi la droite sur ce sujet, aujourd’hui, il faut arrêter de nous perdre. Il faut être fier de nos valeurs comme nous sommes fiers de l’identité de notre pays. Dans le Tour de France que j’effectue en ce
moment,àNancy,àGrenoble,à La Seyne-sur-mer ou à Rennes, partout, je rencontre des Français qui me disent, « Nous
avons envie de retrouver la France des droits de l’homme, notre pays et que nous avons perdue avec Nicolas Sarkozy ».

Nicolas Sarkozy fait honte à la France en mêlant identité nationale et immigration, les Français ne le suivront pas sur ce terrain. Les Français ont compris que ces milliers de sans-papiers, qui sont aujourd’hui exploités dans des
entreprises, doivent être régularisés. Les Français ont compris, notamment grâce à RESF, que l’enfant sans-papiers a la même part d’humanité que leur fils ou leur fille dont il partage le même banc d’école. Ils veulent qu’ils restent en France. Les Français ont compris cela, alors que le président, lui, n’a toujours pas compris.

Le Parti socialiste débattra dans les jours qui viennent. Mais je vous fais part ici de ma conviction. Je ne vais pas rentrer dans le détail,mais je veux profiter de cette journée pour lancer un appel à une régularisation large des sans-papiers qui veulent s’intégrer dans notre pays. Cette régularisation sera fondée sur des critères
simples et objectifs, en commençant par régler la situation des travailleurs sans papiers.

Nous proposerons une autre politique d’immigration qui tourne le dos à la rhétorique dégradante de « l’immigration
choisie ou subie ». Nous voulons construire un partenariat équitable et respectueux entre le pays d’accueil et le pays d’émigration. Je n’ose même pas citer Éric Besson qui, hier, parlait des « mariages gris », il ne manquait plus que cela pour que la honte ne l’atteigne définitivement. Nous voulons que l’on puisse aimer qui l’on veut, que l’on soit black, blanc, beur, ou homosexuel. Car on a le droit d’aimer qui l’on veut. Nous sommes d’ailleurs favorables
au mariage et à l’adoption pour les homosexuels.

Voilà quelques pistes que nous pourrons compléter et bâtir ensemble. Le Parti socialiste a besoin d’un Mouvement des
Jeunes Socialistes vivant et qui soit à l’image des jeunes de la société française. L’avenir du MJS est entre vos mains. Et à l’image des générations précédentes qui ont assumé leur part de travail, c’est à la vôtre aujourd’hui d’écrire votre page d’histoire. Bon travail et longue vie au MJS ! »

Martine Aubry

Martine Aubry : « le temps de la reconquête est venu »

07-10-2009

Seul le prononcé fait foi.

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale pour le travail décent. Elle revêt une force et un sens particuliers cette année dans notre pays. Les Français ont suivi avec effroi les 24 suicides de France Télécom, symboles ô combien terribles de salariés stressés, inquiets pour leur avenir et méprisés. Nous savons que beaucoup de Français vivent quotidiennement de mêmes conditions de travail, en silence mais dans la souffrance. Ces suicides sont le signe d’un système de plus en plus incontrôlé, qui marche sur la tête et conduit à des dégâts économiques et à la violence sociale.

Seuls le CAC 40, les bonus et les hautes rémunérations ont redémarré alors même que l’économie réelle ne bouge pas. On réduit les dépenses de l’éducation nationale et de la santé alors que les enfants ont de plus en plus de difficultés et que la demande de soins est majeure. On pense court terme alors qu’on devrait préparer l’avenir. C’est tout le système qu’il faut changer.

Parler de sortie de crise et même de reprise comme l’a fait le Président de la République est indécent. La croissance n’est toujours pas au rendez-vous, ce n’est pas un trimestre de hausse, dans un océan de nuages noirs et d’incertitudes qui fait le printemps économique. Le pouvoir d’achat des salariés, comme des retraités, stagne. Les licenciements se poursuivent et le chômage augmente, avec la précarité et les inquiétudes qui l’accompagnent. Comment ne pas penser aussi en cet automne aux 650 000 jeunes qui rejoignent le marché du travail, avec très peu de chances de pouvoir s’y insérer et construire leur vie ?

Cette situation sociale s’accompagne d’une situation financière calamiteuse, avec une dette explosive qui inquiète chacun des Français comme tous les observateurs. Les déficits, tant budgétaires que de la sécurité sociale sont abyssaux, de même que notre déficit commercial.

*

Et pourtant, face à cette situation, le Président de la République est fidèle à lui-même : il persiste et signe. Les annonces de cette rentrée sont toutes frappées du même sceau : l’inefficacité économique et l’injustice sociale. Le budget en est un exemple symbolique, puisque les deux seules nouvelles dépenses actives concernent le cadeau de 12 milliards d’euros aux entreprises par la suppression de la taxe professionnelle et des 2,5 milliards d’euros aux restaurateurs par la baisse de la TVA. Aucune mesure pour relancer le pouvoir d’achat ou l’emploi, alors même que des solutions existent ; nous avons fait de nombreuses propositions en la matière. Bien au contraire, les régressions se poursuivent : la taxe carbone injustement compensée et le scandaleux projet de fiscalisation des indemnités d’accidents du travail, en passant par la hausse du forfait hospitalier dans la loi de financement de la sécurité sociale.

*

Aujourd’hui, pour Nicolas Sarkozy, c’est la mi-mandat, mais pour la France, c’est le plein échec.

Nous aurons l’occasion d’y revenir dans les jours qui viennent. Mais aujourd’hui, c’est d’un autre parcours dont je veux vous parler : celui des socialistes.

Face à cette situation de crise profonde et d’échec du pouvoir, la responsabilité du parti socialiste est immense. Il doit tout à la fois combattre ce qui lui paraît injuste et nuisible pour notre pays et proposer des réponses à court terme. Il doit surtout préparer le projet de l’alternative avec toute la gauche.

Oui, le Parti Socialiste est aujourd’hui à mi-chemin entre une victoire ou une défaite en 2012.

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J’ai depuis longtemps la conviction que notre Parti ne peut être crédible sans une profonde rénovation.

Notre parti donne une image de renfermement sur lui-même, de sclérose et d’éclatement. C’est injuste pour nos élus et militants qui se battent quotidiennement pour défendre nos convictions et qui agissent ; mais c’est une réalité qu’il faut regarder en face.

Cette conviction s’est amplifiée encore depuis que j’exerce les fonctions de Première secrétaire. Les Français attendent un parti socialiste à nouveau ouvert, audacieux et novateur en matière démocratique, capable de capter les évolutions de toute la société pour apporter des propositions justes.

C’était l’enjeu du vote des militants socialistes du 1er octobre.

Et, il restera un avant et un après le 1er octobre 2009. Après ce vote, la rénovation est maintenant irrémédiable. Ce référendum interne conduit à une transformation majeure du parti socialiste, sans doute la plus importante depuis Epinay. Les militants se sont saisis de la rénovation et ont choisi de poursuivre l’élan de la Rochelle. Le visage du parti socialiste ne sera plus le même.

Les militants ont dit OUI largement au non-cumul des mandats, permettant ainsi un renouvellement des responsables, mais aussi un engagement encore plus fort de nos élus vis-à-vis ce ceux qui leur ont fait confiance. Nous appliquerons cette règle sans attendre une hypothétique loi. Je suis convaincue que les autres partis devront nous emboîter le pas. Regardez ces Ministres qui renoncent déjà à être tête de liste aux Régionales de peur qu’on leur demande d’appliquer le non-cumul !

Les militants ont dit OUI au choix de notre candidat à la présidentielle par des primaires ouvertes. Ils partageront désormais avec les Français qui le souhaitent un droit qui leur était réservé. C’est un beau message d’ouverture et de confiance vis-à-vis des Français.

Ils ont aussi décidé que notre parti doit ressembler à la France : la parité pour toutes les élections et dans toutes nos instances. Des candidats qui ressemblent aussi à la France, au regard de leur culture ou de leur âge. Pour cela, les militants ont dit OUI à la diversité et au renouvellement générationnel.

Enfin, les militants ont plébiscité l’élaboration d’une charte éthique et la création d’un comité chargé de la mettre en oeuvre. Nous avons déjà engagé le travail en refondant une liste des militants au niveau national qui ne puisse être contestée, et en fixant des règles pour sa mise à jour. Robert Badinter a accepté de conduire le travail sur la charte éthique, la définition des missions et la composition du comité.

Nous allons dès demain mettre en musique les décisions des militants en engageant le processus de réécriture de nos statuts. Une commission va être créée, associant toutes les sensibilités de notre Parti autour d’Arnaud Montebourg. Ce travail aboutira en juin 2010 lors d’une convention qui verra les militants se prononcer à nouveau sur les modalités d’application.

*

Oui, la rénovation est nécessaire ; c’est pourquoi j’ai voulu cette consultation militante. Mais elle ne suffit pas en soi. Notre organisation est au service de notre projet. C’est pourquoi je me suis attelée avec la direction à d’autres tâches.

Reprenons quelques instants le fil des derniers mois.

Après le Congrès de Reims, je m’étais fixée deux objectifs de nature très différente :

- Le premier, apaiser le parti. Le vote des motions au congrès s’est traduit par une très grande dispersion ; celui pour le poste de premier secrétaire par une grande division, avec le risque d’un parti coupé en deux. Dès le départ, j’ai pris toutes les initiatives possibles pour dépasser ce moment difficile, et je crois avoir pris fortement ma part pour rendre les relations avec Ségolène Royal simples et naturelles. Je l’ai déjà dit, nous sommes très différentes mais nous sommes d’abord socialistes. Ce rapprochement a permis de faire entrer dans la direction certains des amis de Ségolène, et de travailler ensemble dans la plus grande transparence. Cela s’est encore vu récemment lors du vote unanime sur le questionnaire aux militants. C’est cela aussi qui a permis que les militants s’emparent avec force de la rénovation.

- Le second objectif était bien sûr l’essentiel pour le parti socialiste : le remettre sur les rails et le replacer comme le premier parti d’opposition de nature à porter avec la gauche l’alternative en 2012.

Plusieurs chantiers étaient nécessaires. Ils sont aujourd’hui tous lancés et constituent notre feuille de route.

  • La rénovation, je viens d’en parler.
  • Un parti d’opposition à la politique du gouvernement qui fait entendre sa voix et ses propositions. C’est tout le travail qui a été mené avec la direction, par nos groupes parlementaires et nos élus : notre combat pour la Poste ou contre le budget et nos propositions de loi pour réformer le système financier et pour encadrer les hautes rémunérations, ou pour interdire les crédits revolving en sont les derniers exemples.
  • Un parti qui s’oppose et propose, et prépare aussi l’alternance : c’est tout l’objet de l’élaboration de notre projet. Nous l’avons engagée. J’ai appelé à une véritable offensive de civilisation car je suis convaincue qu’il ne suffira pas à la gauche d’avoir 4 ou 5 propositions phare aussi fortes soient-elles, pour être porteuse d’une espérance nouvelle, d’une alternative crédible à la politique de la droite. Nous avons entamé un tour de France pour débattre avec les Français de la société dans laquelle nous voulons vivre, de la France que nous aimons, et des valeurs qu’elle porte en son sein comme en dehors de ses frontières. Ce travail sur les valeurs, nous le menons avec les français ; ils sont très nombreux à participer à ces réunions publiques du tour de France ; les réformes concrètes, nous les proposerons avec l’ensemble des intellectuels, syndicalistes et acteurs engagés dans la société.
  • Nous avons défini une ligne politique sur les alliances. Nous nous sommes rapprochés de la gauche : le rassemblement à gauche d’abord, l’ouverture possible aux humanistes et aux démocrates ensuite à condition qu’elle s’accompagne de clarté et de transparence. La première étape est en marche, avec nos partenaires de gauche, pour construire sans hégémonie ce que j’ai appelé une « maison commune ». Nous partageons avec eux la volonté de commencer par travailler sur le fond et sur le projet. Les initiatives prises ensemble vont dans ce sens, et notamment la votation citoyenne sur la poste qui est un formidable succès comme la réunion commune sur l’emploi que nous organisons le 17 octobre où l’ensemble de nos partenaires de gauche seront présents.
  • Par ailleurs, nous avons repris toute notre place dans les instances internationales que nous avions délaissées, que ce soit au sein du PSE ou à l’Internationale Socialiste.

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Avec le vote du 1er octobre, se clôt une première phase.

Le parti socialiste a aujourd’hui à nouveau un cap et les moyens d’engager jusqu’au bout la profonde refondation de ses idées et de ses pratiques.

Il a un combat essentiel à mener dans les mois qui viennent, celui des régionales. Il ne s’agit pas seulement de garder des régions, mais de continuer à développer nos territoires et à protéger les Français. Le combat pour les régionales doit tous nous réunir, comme celui contre la réforme territoriale et fiscale de Nicolas Sarkozy. Loin de constituer une nouvelle étape de la décentralisation et une modernisation de nos institutions, il s’agit d’une vaste opération politicienne visant à récupérer les collectivités locales pour la droite, tournant le dos à l’avenir, à l’autonomie et à la démocratie locale.

*

Alors je veux aujourd’hui lancer une nouvelle étape, celle de la reconquête.

Nous avons beaucoup de travail à faire pour y parvenir. Mais je connais notre volonté, et j’ai confiance en nos capacités : nous avons beaucoup d’atouts pour réussir.

Nous avons mis en place les fondations et les murs. Il nous manquait le ciment. Le ciment c’est notre unité.

Les Français ne supportent plus nos querelles internes ; ils ont l’impression qu’elles prennent le dessus sur l’essentiel. Ils ont raison !

Comment faire entendre aux Français la portée de notre travail collectif si nos voix sont couvertes en permanence par des comportements ambigus, parfois même hostiles et des petites phrases distillées par certains ?

Comment réussir aussi sans l’engagement de tous les grands leaders de notre Parti qui portent la compétence, l’expérience et dont la voix compte pour les Français ?

Je veux être la Première Secrétaire d’un parti où les talents se rassemblent. Nous ne gagnerons pas sans le nécessaire rassemblement de tous les socialistes.

Nous avons beaucoup progressé depuis le Congrès de Reims, mais il nous faut le rassemblement jusqu’au bout. Le rassemblement dans les actes et pas seulement dans les paroles.

Des plus anciens qui ont tenu des fonctions et ont conduit notre parti vers des succès ; des « quadras » comme on les appelle, dont la jeunesse va de pair avec l’impatience à faire bouger les choses ; des jeunes car un parti n’existe pas quand il ne prépare pas la relève.

Nous avons une feuille de route majeure à remplir, la rénovation du Parti à mener à bien, le rassemblement de la gauche à accomplir, notre projet à écrire, le combat contre la réforme territoriale et fiscale, et puis l’union de tous, un pack des socialistes pour les régionales.

Le Parti Socialiste a besoin de toutes ses forces dans le parti, dedans et maintenant.

C’est la raison pour laquelle j’ai proposé à tous les grands leaders de notre Parti de rejoindre les instances de direction, ou pour ceux qui y sont déjà, de s’y impliquer plus fortement, et même lorsque cela est possible de prendre une part au travail politique.

J’ai rencontré Bertrand Delanoë et Laurent Fabius qui m’ont donné leur accord pour rejoindre le Bureau National. Je les remercie. Le PS a besoin de leur crédibilité, de leur force politique et de leur engagement.

Vincent Peillon et François Hollande qui font déjà partie du Bureau National, ont accepté de s’impliquer fortement et de s’engager dans notre combat pour les régionales.

Je proposerai à Ségolène Royal de rentrer, si elle le souhaite, dans la même démarche.

Nous discuterons dans les heures qui viennent du travail politique particulier qu’ils pourraient prendre en charge.

Aujourd’hui, nous faisons le choix du rassemblement des socialistes dès 2009.
Aujourd’hui, nous faisons le choix de la réussite pour 2012.
Aujourd’hui, est venu le temps de la reconquête.

Pour les Français.
Je vous remercie.

Mercredi 7 octobre 2009

Porter la rénovation dans les faits

12-09-2009

Martine Aubry Conseil national du 12 septembre 2009 – Paris, Maison de la Mutualité

Je voudrais d’abord, mes chers camarades, nous dire un bravo collectif pour ce coup d’envoi, ce coup d’envoi de la rénovation à peine quinze jours après La Rochelle, après un travail extrêmement pointilleux, écoutant chacun avec respect, comme cela a été dit par Arnaud, autour d’Arnaud et de François Lamy, je suis très heureuse ce matin que nous lancions effectivement cette rénovation.

Martine Aubry : Une « offensive de civilisation »

30-08-2009

Clôture de l’Université d’été
Seul le prononcé fait foi.

Cher(e)s Ami(e)s, cher(e)s Camarades,

Nous avons voulu que cette université d’été soit utile à la France et aux Français. Je crois que nous avons réussi.
Les Français doivent savoir qu’ils ont été au cœur des débats qui se sont déroulés, ici, à La Rochelle, pendant ces trois jours : pour apporter nos réponses à la crise, mais aussi pour préparer un projet de société et le rassemblement de la gauche.Ce travail nous l’avons mené avec les syndicalistes, les associations et les ONG, les mouvements d’éducation populaire, avec des élus, de militants mais aussi avec les autres formations de la gauche. Je le dis en votre nom à tous : la gauche, pour le Parti Socialiste, c’est notre histoire, c’est notre identité et c’est notre avenir. Je veux remercier toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur contribution.

Intervention de Martine Aubry au Conseil national du 9 juin 2009

10-06-2009

Conseil national du 9 juin 2009
Intervention de Martine AUBRY

Chers Camarades,

Notre Parti a subi dimanche une importante défaite électorale. Nous devons en comprendre les causes et en tirer toutes les conséquences.

Je veux tout d’abord remercier tous les militants qui n’ont jamais baissé les bras dans une campagne qui n’était pas facile.

Je veux aussi féliciter nos camarades qui ont été élus dimanche . Ils sont moins nombreux que lors du mandat précédent. Alors je leur dis, je leur demande : battez-vous deux fois plus. Défendez au parlement les idées et les propositions que nous avons portées. Soyez à la hauteur des espérances que nos électeurs ont placées en nous. Soyez à l’écoute du peuple silencieux de dimanche dernier qui a aussi besoin de nous.

Je veux aussi penser à ceux qui n’ont pas été élus dimanche. Ils ont bien sûr tout mon soutien et mon amitié même si cela je le sais ne les consolera pas.

*

Oui, chers camarades, je le disais, nous avons le devoir de regarder en face la signification des résultats du scrutin de dimanche . Nous devons le faire avec lucidité et sang froid .

Rien ne servirait de minimiser l’ampleur de notre défaite en se référant à d’autres périodes plus douloureuses de notre histoire.

Rien ne servirait d’en relativiser l’importance . Bien sûr, la roue tourne, on le sait, l’UMP a perdu les élections européennes de 1999 et 2004, cela ne l’a pas empêchée d’être victorieuse en 2002 et 2007. Mais pour cela, il faut savoir rebondir.

Déclaration de Martine AUBRY lors de la soirée des élections européennes 2009

07-06-2009

Les Français se sont exprimés et quand ils s’expriment il faut les entendre. Je veux tenir ici, ce soir, le discours de la lucidité et de la vérité.

Intervention de Martine Aubry lors de la venue des parlementaires et des élus locaux- 12 mai

12-05-2009

A un moment clé de la campagne européenne, les parlementaires et les élus locaux sont venus entendre le message de mobilisation du Parti socialiste pour les élections du 7 juin. Après avoir salué la présence de chacun, Jean-Christophe CAMBADELIS, directeur de campagne, a indiqué les enjeux et a donné la parole à tous les responsables engagés sur le terrain. Martine AUBRY en a fait la synthèse

Discours de Martine Aubry – Printemps des libertés

22-03-2009

Chers Amis, Chers Camarades,

On nous dit que nous ne sommes pas si nombreux, 1 500 personnes, sans doute même un peu plus. Ce n’est pas si mal pour un Parti qui reprend l’habitude de se retrouver, de travailler, de réfléchir entre deux élections –et pas seulement au moment des élections. Ce n’est pas si mal pour un Parti qui a le courage de parler, aujourd’hui, des libertés, avant qu’il ne soit trop tard. Et c’est un plaisir de voir notre Parti, grâce à tous ceux qui ont travaillé à cette journée autour de M.P. De La Gontrie, s’ouvrir à nouveau, ouvrir les portes et les fenêtres vers ceux qui n’auraient jamais dû s’éloigner de nous, si nous ne nous étions pas éloignés d’eux : les associations, les bénévoles, les acteurs de la solidarité… Ils étaient avec nous au cours de cette journée. C’est aussi un grand bonheur.

On nous dit « Vous parlez des libertés… mais ce n’est pas le sujet ! ». Je crois que ceux qui nous disent cela sont ceux qui nous disait, lorsque la loi TEPA a été votée, lorsque le bouclier fiscal a été voté, que nous étions trop durs avec Nicolas Sarkozy. Ils nous demandaient d’ailleurs d’attendre les effets de cette loi qui devait « libérer les initiatives »… Les effets, on les a vu et nous avions raison de nous y prendre au plut tôt. Là aussi, donc, nous avons raison d’être là sur le terrain des libertés, et je voulais vous remercier.

Martine Aubry – Discours de clôture du rassemblement des secrétaires de section

31-01-2009

Tout d’abord, merci à vous, pour ce que vous avez été capables de montrer déjà depuis deux mois aux Français sur ce qu’ils attendent de nous. J’ai l’impression qu’il y a déjà quelques regards qui nous voient à nouveau, qui ont l’impression que nous sommes là, que nous sommes là pour tendre la main, mais que nous sommes là aussi pour proposer beaucoup.
Je voudrais vous dire le plaisir, je dirais même la joie de vous retrouver, de retrouver, hier les premiers fédéraux, et aujourd’hui les secrétaires de sections. Vous dire d’abord bravo puisque vous avez été élus par les militants, et puis aussi bravo parce que depuis votre élection il y a beaucoup de nouveaux, certains m’en ont parlé dans les couloirs. Vous n’avez pas chômé ! Et ce n’est rien à côté de ce qu’il nous reste à faire.

Je le dis tout de suite, au début, parce qu’à la fin, autrement, vous allez dire : elle exagère, elle en demande trop.
Mais non, je sais que vous n’allez pas dire ça car je sais qu’on est tous dans le même mouvement.
Donc vous dire que cette journée est très importante. Cette journée, vous qui représentez les militants du Parti socialiste. Et les militants du Parti socialiste, c’est la force de notre parti.

Voeux à la presse de Martine Aubry, Première secrétaire

19-01-2009

UN NOUVEAU SENS, DES 2009

Bonjour à toutes et à tous.

Et merci d’avoir répondu si nombreux présents à l’invitation du Parti socialiste, et d’être venus cet après-midi dans cette sympathique salle de La Bellevilloise, au cœur de ce Paris vivant, populaire, fraternel, que nous aimons.

Intervention de Martine Aubry à l’issue du Conseil national du 25 novembre

25-11-2008

Martine Aubry a été élue Première secrétaire du Parti socialiste, à l’issue du Conseil national du 25 novembre. Pour son premier discours comme première des militantes, la maire de Lille a fixé une feuille de route collective : rassemblement et renouvellement profond, dans une ligne politique clairement ancrée à gauche. Voici l’intégralité de son discours.

Chers camarades, mon premier mot est : merci.

Le second va immédiatement à Ségolène pour lui dire : ensemble, on va gagner pour les Français. J’en suis convaincue.

C’est bien sûr avec beaucoup d’émotion et de gravité que je reçois la responsabilité que vous me confiez aujourd’hui. Je pense d’abord aux femmes. Aux femmes qui se sont battues avant nous pour qu’existe une parité en politique : après que Ségolène a été la première femme en France portée jusqu’au second tour de l’élection présidentielle, je suis fière, au nom de toutes celles qui se sont battues, d’être la première femme Première secrétaire du Parti socialiste.

C’est une responsabilité lourde, et je ne peux l’accepter que parce que vous êtes là, vous les quelque 200 000 militants du Parti socialiste.

Jean-Marc Ayrault – Intervention lors du débat sur la reconduction du mandat français en Afghanistan

22-09-2008

« Changeons ou nous serons contraints de partir »
Débat sur la reconduction du mandat français en Afghanistan

Assemblée nationale – lundi 22 septembre 2008

Jean-Marc Ayrault

Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Messieurs les Ministres, Mes chers collègues,

Discours de François Hollande – Université d’été de La Rochelle – Dimanche 31 août 2008

01-09-2008

Chers camarades,

C’est vrai que c’est un plaisir d’être, à la fin du mois d’août, à La Rochelle. On me demande souvent ce que je vais faire, en tout cas, l’année prochaine. Je veux vous rassurer, enfin si on m’invite et si cela se passe toujours ici, nous serons ensemble l’année prochaine à La Rochelle. Nous serons ensemble dans ce moment toujours un peu particulier, où l’on débat et en même temps, on s’agite. Il y a toujours une échéance avant La Rochelle : un congrès, une élection, une désignation ; on ne peut donc pas empêcher les socialistes de se réunir, de se réunir sans cesse et parfois au-delà même des heures qui devraient normalement être consacrées au repos, à la réflexion, à l’intimité.

Intervention de Francois Hollande – conférence de presse du parti socialiste sur la réforme des institutions

17-07-2008

Des propositions ont été faites par le Parti socialiste tout au long de ces derniers mois. Nous arrivons au moment ultime –la discussion n’est d’ailleurs pas terminée au Sénat- et j’ai cru lire qu’il y avait eu des initiatives du Président de la République. Nous avons à nous prononcer.

L’initiative du Président de la République arrive dans un moment qui n’est pas le bon. Quand il y a une réforme, on met tout sur la table et l’on fait en sorte d’obtenir les avancées qui sont souhaitées par les uns et par les autres, notamment sur les questions de mode de scrutin, de représentation de l’opposition, voire du pluralisme audiovisuel.

Cette démarche prise à la fin du processus, sans d’ailleurs qu’il y ait véritablement novation, pose un problème qui, en même temps, révèle ce qu’est la conception de Nicolas Sarkozy de nos institutions.

Discours de François Hollande devant le Conseil national du PS du 2 juillet 2008

03-07-2008

Chers Camarades,

Nous ouvrons le temps des contributions. Il y en a beaucoup et c’est d’ailleurs devenu un rite depuis plusieurs congrès. Il faut en sortir ce qu’il y a de plus pertinent pour notre parti, mais il faut aussi prendre la mesure du contexte dans lequel nous sommes.

Notre congrès va se tenir dans un moment où une crise, une crise grave, traverse l’ensemble du monde : une crise énergétique, une crise financière, une crise alimentaire, une crise immobilière, une crise économique.

Nous sommes à un moment où nos concitoyens attendent avec inquiétude ce que vont être les prochains mois compte tenu de ce contexte : un capitalisme qui ne parvient plus à trouver par lui-même son destin. 

Discours de F. Hollande devant l’Assemblée Générale des Parlementaires – 23 juin 2008

23-06-2008

Chers Camarades,

Je veux saluer les organisateurs de ce compte-rendu de mandat. Cela fait un an que nous avons sollicité le suffrage à l’occasion des élections législatives et cela fait un an que nous sommes dans l’opposition à la politique de Nicolas Sarkozy –même si cela fait quand même six ans que nous sommes dans cette situation.

Discours de F. Hollande à la Convention Nationale du 14 juin 2008

16-06-2008

Chers Camarades,

Il est apparu dans le débat d’aujourd’hui que tout le monde a salué le travail qui a été mené, même ceux qui ne voulaient pas voter la déclaration de principes –et je les respecte- et ceux qui se sont abstenus. Ils ont reconnu les progrès qui ont été faits, ils ont considéré qu’ils se reconnaissaient au moins pour une part dans cette déclaration. C’était, en définitive, l’objectif que nous recherchions : être non pas en accord sur tout –on ne pouvait pas l’être, mais au moins tous nous retrouver comme socialistes. Avant même que nous ayons nos débats de congrès –ils vont venir, ils sont là-, nous aurons été ensemble, conscients non pas simplement d’être socialistes, mais d’être clairs sur notre identité.

Intervention de François Hollande – Motion de censure – mardi 8 avril 2008

08-04-2008


Monsieur le Premier ministre,

L’opposition ne manquait pas de raisons pour mettre en cause aujourd’hui la responsabilité de votre gouvernement. Les Français nous avaient précédé d’une certaine façon à l’occasion des élections municipales et cantonales. Et leurs motivations rejoignaient les nôtres.

L’échec de votre politique économique, l’erreur du paquet fiscal, la dérive préoccupante des déficits, le plan de rigueur dont vous n’osez même pas prononcer le nom, la réforme de l’Etat aussi improvisée qu’injuste et surtout les manquements répétés à votre engagement de campagne sur le pouvoir d’achat… Autant de sujets qui expliquent, 1 an après votre accession à la direction du pays, la perte de confiance qui s’est installée chez nos concitoyens et les profondes inquiétudes qu’ils nourrissent à l’égard de votre politique.

Et pourtant, nous avons voulu placer notre débat de censure sur les graves décisions que le Président de la République vient de prendre à l’occasion du sommet de l’OTAN à Bucarest , aussi bien sur l’engagement de nos forces en Afghanistan que sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.

Chacun au-delà de sa sensibilité politique, ne peut nier l’importance de ces choix , les changements d’orientation qu’ils annoncent. Chacun mesure leur portée sur notre politique étrangère et sur notre stratégie de défense.

Afghanistan – Intervention de J.M. Ayrault du 1er avril 2008

01-04-2008

Assemblée nationale – Séance du mardi 1er avril 2008
Ordre du jour : Déclaration du gouvernement sur la situation en Afghanistan et débat sur cette déclaration

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre
Mesdames, Messieurs,

Le 26 avril 2007, entre les deux tours de l’élection présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy annonçait sur France 2 qu’il retirerait nos troupes d’Afghanistan s’il était élu. Il estimait alors, je le cite, que « la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne semble pas décisive. » Et il s’engageait à poursuivre la politique de rapatriement de nos forces armées entamée par Jacques Chirac.

Que s’est-il donc passé depuis un an pour que le chef de l’Etat change son fusil d’épaule? Pourquoi est-il devenu si urgent que la France renforce son effort de guerre ? Aucune explication n’est venue étayer la volte-face présidentielle.

Seul, sans information du Parlement et semble-t-il contre l’avis d’une partie de l’Etat major des Armées, le chef de l’Etat bouleverse la nature de l’engagement français en Afghanistan et le consensus national qui l’entourait.

Discours de F. Hollande au CN du 25 mars 2008

26-03-2008

Chers Camarades,

C’est avec plaisir que je vous retrouve au Conseil national après une victoire. Nous avons connu, dans le passé, des événements plus douloureux et nous pouvons donc savourer celui présent.

Il nous faut apprécier cette victoire, essayer d’en mesurer l’ampleur, d’en expliquer les causes et d’en juger la portée pour en tirer toutes les conséquences utiles pour le parti socialiste, bien sûr, pour la gauche elle-même et pour le pays.

Déclaration de Francois Hollande – Second tour des élections municipales et cantonales – dimanche 16 mars 2008

16-03-2008

Au moment où je m’exprime, le vote des Français est clair à l’occasion des élections municipales et cantonales. La gauche, aujourd’hui, grâce à la confiance qui lui a été apportée par nos concitoyens que je veux remercier, est majoritaire en voix dans notre pays à l’occasion de ce scrutin. Mais, elle est aussi majoritaire en nombre de villes de plus de 20 000 habitants. J’avais fixé l’objectif de 30 villes qui pouvaient être gagnées sur les 400 de plus de 20 000 h. Il semble que nous irons au-delà de cet objectif.

La gauche est également majoritaire en termes de départements dont elle aura la responsabilité au lendemain de ce scrutin. Aujourd’hui, nous pouvons penser gagner de 7 à 9 départements qui s’ajouteront au 51 dont nous avons aujourd’hui la charge.

Pour le traité , Pour le référendum – Jean-Marc Ayrault 6 février 2008

06-02-2008

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs,

Cette motion référendaire est une exigence démocratique. Parce que l’Europe le vaut bien. Parce que c’est le droit des Français. Parce qu’il n’y a pas d’autre voie pour exprimer le double engagement des socialistes : pour le traité ; pour le référendum .

Les Français ont rejeté le traité constitutionnel européen qui leur était soumis le 29 mai 2005. Près de trois années plus tard, un nouveau traité a été négocié. Il doit être ratifié par les Français.

Cette exigence devrait nous rassembler toutes et tous.

A quelque banc que nous appartenions, que nous souhaitions approuver ou au contraire désapprouver le traité de Lisbonne, nous devrions partager cette volonté de rendre la parole à notre peuple.

Entendons-nous bien, il n’y a pas chez moi de mythification de la voie référendaire. La démocratie représentative est une voie tout aussi noble, tout aussi démocratique. Mais aujourd’hui elle n’est pas la plus logique, ni même la plus solide pour l’avenir de l’Europe. Un traité rejeté par le peuple doit être représenté au peuple même s’il a changé de contenu. C’est une question de confiance vis-à-vis des Français .

Intervention de François Hollande – Rassemblement des secrétaires de section – Mutualité – dimanche 20 janvier 2008

20-01-2008

Chers Amis, Chers Camarades,

Sept semaines avant les élections municipales et cantonales et nous sommes prêts, unis. Ce rassemblement était indispensable. Nous sommes unis parce qu’il y a pour les Français une obligation qui nous est faite d’être au rendez-vous.

Je veux, à ce moment, dire combien le travail de Bruno Le Roux et de la commission électorale, de Daniel Vaillant pour le rassemblement de la gauche a pu porter ses fruits. Nous sommes présents, nous les socialistes, sur des listes que nous conduisons le plus souvent avec des candidats –parfois sortants qui aspirent à renouveler le mandat qu’ils ont reçu du peuple- mais aussi de nouveaux candidats –il y en a beaucoup, avec des candidats plus jeunes –c’est un bon signal que le renouvellement des générations-, avec des candidates plus nombreuses –notamment, dans les villes de + de 20 000 habitants, en tête de liste, avec des candidates et des candidats dits de la diversité qui veulent s’appeler tout simplement « la réalité de ce qu’est notre pays », avec des générations nées ici, qui sont Françaises comme les autres, même s’ils n’ont pas la même couleur de peau. Ils sont dans cette République métissée que nous voulions pour notre pays.

Discours de François Hollande – Forum de la rénovation « les socialistes et l’individu »- 20 janvier 2008

20-01-2008

 

Chers Amis, Chers Camarades,

Il m’arrive de dire -dans des moments de grande confidence- que j’aime le Parti socialiste. Parfois, je me dis que c’est un acte de foi, en tout cas un acte d’engagement. Mais, ce matin, à écouter les rapports, à entendre les interventions, à vous voir ici, militants, responsables du Parti socialiste, je me dis que lorsque le Parti socialiste réfléchit, débat, cherche, propose et rassemble tous les socialistes, oui, j’aime de parti-là.

Lorsqu’au lendemain d’une défaite honorable, mais cruelle, nous avons –vaille que vaille- décidé d’engager un processus qui pouvait permettre à notre parti de redresser la tête –au sens des idées, de retrouver des formes de délibérations collectives et de préparer de la meilleure des façons notre congrès, il y avait du scepticisme, il y avait des doutes, des interrogations. Tout cela conduira-t-il à la clarification espérée ? Y aura-t-il, pour notre parti, des avancées –en termes de concepts, d’idées, de propositions, d’approches- tirées de toutes ces discussions souvent menées d’en haut ? Serons-nous capables de relever les trois défis qui nous ont été posés lors des scrutins du printemps dernier : quel est notre rapport à la Nation, quelle est la place du marché, quel est le rapport entre individu et société ?

Vœux de Francois Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, à la presse, jeudi 10 janvier 2008

10-01-2008

les voeux de françois HOLLANDE a la presseJe veux vous présenter, au nom de l’ensemble du Parti socialiste, nos meilleurs vœux pour l’année 2008.

En ce début d’année 2008, en entendant les uns ou les autres ou, plus exactement, toujours le même, je me disais que ce qui nous menaçait c’était en définitive la confusion des enjeux, le tourbillon des images, la perte de sens des mots qui sont utilisés ou proférés, l’instrumentalisation des peurs et, pour tout dire, la résultante de tout cela qui peut être le fatalisme ou la résignation.

Face à ces menaces, je veux former le souhait qu’en 2008 nous marquions deux volontés : la lucidité et l’engagement. La lucidité est indispensable, elle est au cœur de tout. Elle ne vaut pas simplement pour un parti, pour des hommes et des femmes eux-mêmes engagés. Elle vaut pour une société, elle vaut pour des citoyens.

Discours de François Hollande à la Convention Nationale de ratification des têtes de liste aux municipales.

15-12-2007

Chers Amis, Chers Camarades,

Ce moment est important pour nous. Après le cycle des élections du printemps dernier, les interrogations légitimes après une défaite, les attentes aussi qui sont portées sur nous dans les scrutins prochains de mars puis dans notre congrès.

Les socialistes pourraient-ils, à l’occasion des élections municipales et cantonales, se mettre en bon ordre, faire des listes de rassemblement avec leurs partenaires de la gauche, faire une place à la diversité, tenir compte des exigences de la parité, faire en sorte que les différentes sensibilités de notre parti, elles-mêmes, se retrouvent sur nos listes ? Et voilà que vous venez de voter à l’unanimité ! Je ne vais pas bouder mon plaisir.

Nous sommes rassemblés et il le fallait parce que les élections municipales et cantonales qui viennent sont un rendez-vous politique majeur. Un rendez-vous d’abord pour les Français. Les élections locales de mars sont des élections qui vont changer la vie quotidienne de nos concitoyens. Selon que nous aurons des succès, selon que la droite l’emportera, cela ne sera pas le même environnement pour vivre dans les villes concernées. Ce ne seront pas les mêmes politiques de logement, les mêmes politiques de transports, les mêmes politiques de solidarité, les mêmes politiques de petite enfance, les mêmes politiques d’aménagement du territoire.

Discours de François Hollande au meeting de Toulouse sur le pouvoir d’achat

06-12-2007

Chers Amis, Chers Camarades,
Nous avons pour Toulouse beaucoup d’espoir car nous voulons en finir avec la malédiction qui veut que dans cette ville qui vote à chaque grand scrutin national pour la gauche et pourtant, encore et toujours une municipalité de droite depuis 1971 ! Tous les espoirs de victoire reposent donc sur les épaules de Pierre Cohen. Je ne veux pas charger trop le fardeau, je veux plutôt élever le défi.

Il a d’ailleurs préparé le terrain ; il a rassemblé les conditions : d’abord unir les socialistes –et ce n’est pas une mince affaire ! Il a été désigné par les militants –mais cela ne suffit pas toujours ! Il a fait mieux que cela : il a rassemblé la gauche. Toute la gauche sera sur la liste de Pierre Cohen ! C’est la première fois, à Toulouse, que nous nous présentons ainsi, unis et rassemblés. Cela ne garantit pas le succès, mais cela aide à le préparer.

On peut aussi nous interroger : jusqu’où allez-vous vous rassembler ?

Discours de clôture du premier forum de la rénovation : François Hollande

24-11-2007

Le Premier secrétaire du PS, François Hollande, a conclu le premier forum de la rénovation,
“les socialistes et la nation”, le 24 novembre à Avignon.

Chers Amis, Chers Camarades,

Rénover, c’est travailler. Penser l’avenir, c’est faire l’effort collectif de prendre les sujets les plus difficiles et d’essayer de les traduire politiquement. C’est ce que j’ai voulu, au lendemain des élections présidentielle et législatives, pour sortir d’une conclusion convenue qui aurait simplement convoqué un Congrès qui, lui-même, se serait organisé comme toujours autour de nos sensibilités pour choisir –et c’est normal- une direction et un Premier secrétaire. J’ai voulu que, collectivement, nous fassions l’effort de savoir pourquoi nous n’avions pas réussi à convaincre et comment, demain, nous pourrions y parvenir.

Rénover le Parti socialiste, c’est nécessaire. C’est toujours nécessaire et n’attendons pas les défaites pour engager ce processus. Même après les victoires, nous pouvons rénover. C’est nécessaire, mais ce n’est jamais le moment : au lendemain d’une élection, chacun est fatigué et reporte à plus tard les décisions utiles.

Aujourd’hui –et je comprends l’interrogation- nos concitoyens attendent un Parti socialiste à l’offensive sur le pouvoir d’achat, sur la protection sociale, sur les retraites, sur une conception de l’exercice du pouvoir. Ils attendent un Parti socialiste dans la dénonciation –et il y a matière. Et nous, nous proposons aujourd’hui une réflexion sur la Nation ! Je vois bien les commentaires : ces socialistes vraiment ! Ils sont incroyables ! Les Français sont en manifestation, dans les cortèges et eux, doctement, réfléchissent à la Nation !

François Hollande, discours au Conseil national du 27 octobre 2007

30-10-2007

Chers Camarades,

Nous devons relever trois grands défis qui nous sont posés et pas simplement au terme d’une consultation électorale qui s’est dénouée comme chacun le sait, mais pour affronter les échéances qui viennent.

Le premier défi est de savoir qui nous sommes, nous les socialistes, face à l’enjeu national qui, finalement, décide de beaucoup. Décide de notre rapport au monde, décide de notre engagement européen et décide aussi du contrat social que nous voulons promouvoir.

Le second défi est celui de la mondialisation ; non pas simplement de savoir comment on la domine à l’échelle internationale –nous avons déjà nos réponses-, mais de savoir comment, justement en France et en Europe, nous l’appréhendons, nous la gagnons. Et non pas de la juger –nous l’avons fait entre nous à de nombreuses reprises : une ouverture au monde qui offre des retombées économiques, mais aussi qui déstructure des territoires et creuse des inégalités. Donc, c’est de savoir comment nous la dominons économiquement, comment nous pouvons être plus compétitifs en France et en Europe.

Le troisième défi est celui de l’individu, en sachant bien que nous sommes le parti de l’émancipation personnelle, individuelle, que le but même du socialisme est de faire de chacune et de chacun un être en tant que tel, un citoyen pouvant à la fois connaître son bonheur privé et participer par son action à la solidarité qui fonde aussi sa propre réussite.

Si nous parvenons à non seulement poser des questions mais à apporter des réponses sur ces trois sujets-là, je pense que notre rénovation aura été utile et n’aura pas été simplement la préparation de notre congrès.

Trois textes peuvent en sortir :

Discours de Francois Hollande – Journée parlementaire – Paris – le 17 septembre 2007

17-09-2007

Chers Amis, Chers Camarades,

Il me revient de conclure notre journée et je souhaitais que notre journée parlementaire soit orientée sur deux sujets majeurs : l’évaluation des 5 premiers mois du quinquennat et l’ouverture de la confrontation sur l’ordre du jour parlementaire et de la session extraordinaire qui vient ainsi que de la session ordinaire qui va s’ouvrir.

Je salue tous les parlementaires socialistes, mais aussi les radicaux de gauche et les apparentés. Cela nous permet d’avoir, à l’Assemblée nationale, un groupe de 204 députés. C’est une force, à condition de s’en servir.

Notre journée parlementaire se tient 5 mois après l’élection de Nicolas Sarkozy et à la veille d’annonces -que l’on nous dit importantes- du Chef de l’Etat.

Le contexte a déjà changé. Avant l’été, tout paraissait possible : le paquet fiscal devait forcément créer un choc de confiance et donc de croissance ; le pouvoir d’achat devait mécaniquement progresser avec la libéralisation des heures supplémentaires ; l’immobilier devait nécessairement être stimulé par les déductions d’intérêts d’emprunts ; les déficits publics se résorber rapidement à l’horizon 2010 et la compétitivité des entreprises miraculeusement s’améliorer à mesure des cadeaux fiscaux accordés à leurs dirigeants.

Après l’été vient le temps de la réalité ; la réalité est, finalement, une dame bien polie ; elle prend son temps, elle est respectueuse, soucieuse même des apparences. Elle laisse un pouvoir s’installer ; elle lui permet de prendre ses premières décisions. Puis, dame réalité devient plus pressante, un peu moins patiente et vient, progressivement, présenter la note : la croissance sera bien inférieure à 2 % -c’est établi pour l’année 2007 ; le pouvoir d’achat est devenu la première préoccupation des Français et est amputé par les hausses de prix dans tous domaines ; la crise financière et immobilière qui secoue les Etats-Unis tend, de manière implacable, à s’élargir au reste du monde et nous en avons déjà les premières traductions avec la réduction des crédits bancaires ; les partenaires européens s’alarment –non sans raison- de nos déficits grandissants ; le commerce extérieur atteint un niveau record : 30 milliards d’euros pour l’année 2007. Voilà comment, en quelques mois, le climat a déjà changé.

François Hollande – Discours de clôture de l’Université 2007

02-09-2007

Chers Amis, Chers Camarades,

Merci Chers Maxime, Olivier, de nous voir accueilli.

Merci d’être venus à notre rendez-vous de La Rochelle, car les commentaires allaient bon train. Je m’interrogeais avec gravité : allais-je venir seul à La Rochelle ? . Y aurait-il encore un socialiste dans la salle ? Mais, je connais la dramaturgie de La Rochelle. Quand tout le monde est là, on dit oh ! là ! là ! que va-t-il se passer ? Ils y sont tous ! Quand certains ne viennent pas –même pour de bonnes raisons- voilà que nous serions démunis. Et bien, jamais nous n’avons été aussi nombreux et les présents ont toujours raison. Quelles que soient les circonstances. Lorsqu’il s’agit de préparer les échéances décisives –comme l’année dernière- ou d’en tirer les conclusions –comme cette année ; de fêter les victoires –et cela nous est heureusement arrivé ces dernières années- ou de surmonter les défaites –et c’est notre devoir aujourd’hui.

François Hollande : « Etre utile aujourd’hui, c’est ne pas vous accorder notre confiance »

03-07-2007

Dans une intervention de vingt minutes, faisant suite au discours de politique générale de François Fillon, le 3 juillet à l’Assemblée nationale, François Hollande a enjoint le Premier ministre à ne pas se contenter d’incantations mais à « aller jusqu’au bout des réformes », « à faire l’effort de vérité indispensable ». Sur le fond, il a indiqué que le grand point de clivage portait sur « la politique de croissance » : « Je considère aujourd’hui que votre paquet fiscal, votre choc fiscal est économiquement inapproprié, socialement injuste et budgétairement aventureux. » 

« Les Français ont voté. Et leur choix nous engage tous.
Vous, au nom de la majorité, à tenir vos promesses.
Nous, au nom de l’opposition, à offrir une alternative. C’est la règle en démocratie.

Discours de François Hollande au Conseil national du 23 juin 2007 : « Nous devons ouvrir un nouveau cycle

23-06-2007

François HollandeÀ l’occasion de Conseil national du 23 juin, François Hollande a évoqué des premières pistes d’analyses des deux défaites à l’élection présidentielle et aux élections législatives. Il est également revenu sur les risques qu’une gouvernance de droite allait faire peser sur la France durant les cinq prochaines années avant de conclure sur le processus de rénovation.

« Merci à tout le parti de s’être mobilisé pour les élections législatives. C’était un moment difficile. On connaît les enchaînements, les logiques. Il y avait de la déception, de la douleur, peut-être même du fatalisme. On voyait ce que l’abstention pouvait produire. Et pourtant, le Parti –dans toute sa diversité, dans ses profondeurs, avec ses responsables s’est mobilisé et a fait que non seulement nous avons tenu bon, mais fait davantage.

Je veux saluer les candidats : ceux qui ont gagné, ceux qui ont perdu. Remercier tous ceux qui se sont investis dans ces campagnes et qui permettent au Parti, au lendemain de ce cycle, d’être présent, d’être fort, même s’il n’a pas été victorieux.

Les socialistes viennent de subir deux défaites successives. Elles sont certes honorables, mais lourdes de conséquences.

Déclaration de François Hollande au soir du second tour des élections législatives

17-06-2007

Les Français ont voulu, pour ce second tour des élections législatives, corriger la tendance qui s’était dessinée lors du premier tour.

Ils semblent avoir réussi en offrant à la gauche –et notamment au Parti socialiste- un groupe parlementaire d’au moins 200 députés, soit 25 % de plus que dans l’Assemblée sortante, celle de 2002.

Je tiens au nom même de la démocratie à les en remercier. Par ce vote, nos concitoyens ont entendu installer d’abord une force face au nouveau pouvoir permettant l’équilibre et le contrepoids indispensable en démocratie.

Ils ont voulu aussi exprimer un doute, voire une crainte à l’égard des premières mesures injustes du gouvernement de François FILLON, et notamment l’annonce de cette « TVA sociale » et les franchises médicales. Ils ont aussi réprouvé la méthode qui consiste, avant une élection, de ne pas avouer clairement les intentions du nouveau pouvoir.

La « vague bleue » annoncée qui devait déferler n’a donc pas eu lieu. Il y aura dans la prochaine Assemblée, et tant mieux, de la diversité et du pluralisme. C’est bon pour le pays. La France marchera sur ses deux jambes : une majorité, car il y a une majorité –je la reconnais- qui doit avoir un gouvernement, et une opposition, celle que la gauche –et notamment le Parti socialiste- va incarner.

Je reste néanmoins lucide sur la situation. Le Parti socialiste s’est redressé, au-delà même de ce que certains pouvaient espérer. Mais, en même temps, l’abstention reste forte et la droite a désormais la quasi-totalité du pouvoir.

C’est pourquoi, les socialistes sont confrontés à une double exigence :

  • Ils doivent être une opposition utile au pays, qui critique chaque fois que c’est nécessaire, mais qui propose sur chaque sujet. Nous le ferons.
  • Ils doivent tirer toutes les leçons des scrutins qui viennent de se dérouler, se renouveler autant qu’il sera possible et, déjà dans la future Assemblée, il y aura grâce à nous plus de femmes et, je l’espère, plus d’élus issus de notre diversité. Ensuite, rénover la gauche, la refonder si c’est nécessaire –et c’est nécessaire- pour qu’elle constitue l’alternative indispensable pour les échéances futures.

Discours de François Hollande – Meeting à Nantes

04-06-2007

Chers Amis,

Je veux saluer Jean-Marc Ayrault comme maire de Nantes, comme prochain député de Loire-Atlantique, comme président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale depuis 10 ans ; cela a passé si vite que l’on a le sentiment de commencer.

Je veux dire ici à Ségolène Royal que, partout où je vais, les gens me disent que, certes nous n’avons pas gagné le 6 mai, mais quelle belle campagne ! quel engagement ! quel courage ! quelle force ! et quelle envie de continuer ! Nous avons l’occasion dans une semaine d’utiliser notre bulletin de vote pour corriger l’élection présidentielle –sans doute, mais pour faire en sorte d’équilibrer le Parlement. Nul besoin d’attendre 2012. Nous avons encore la possibilité d’agir avant. Nous devons donc tous participer au scrutin. Les élections législatives peuvent nous donner les moyens d’agir, de faire entendre notre voix, celle des jeunes qui se sont engagés pour la première fois dans une élection et qui peuvent éprouver de la déception, sans aller jusqu’au désespoir ; celles des « vieux routiers » de la gauche qui savent bien qu’une défaite d’aujourd’hui peut se transformer en victoire demain. Nous ne nous résignons jamais à l’abandon, au fatalisme. On aurait pu, en effet, gagner tout de suite, mais ils ne perdent rien pour attendre : nous sommes là ; nous sommes une force ; nous sommes le Parti socialiste avec sa longue histoire, avec son bel avenir qu’il faudra rénover, refonder, changer, mais ce sera toujours le Parti socialiste. Avec ses valeurs, ses principes, ses idéaux. Et l’on modernisera, bien sûr ; on a bien compris qu’il y avait la mondialisation ; on sait qu’il y a nécessité d’avoir des entreprises compétitives, dynamiques. C’est un socialiste qui a permis d’éradiquer l’inflation en France : François Mitterrand. Et qui a permis de restructurer les entreprises ? Des Premiers ministres socialistes : Pierre Mauroy, Laurent Fabius, d’autres encore. Et qui a permis de faire réellement diminuer le chômage et pas dans les statistiques : Lionel Jospin. On a donc aucune leçon à recevoir de ces pseudos modernisateurs, pour qui la modernité c’est moins de protection, moins de droits pour les salariés et plus de liberté pour les entreprises.

Elections législatives – Paris (Zénith) – Discours de François Hollande

29-05-2007

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Chers Amis,

Lorsque les socialistes sont rassemblés, rien ne peut les arrêter. Vous êtes rassemblés parce que les Français demandent qu’on le soit. Vous êtes rassemblés, parce que vous voulez être à la hauteur du défi qui vous est lancé. Vous êtes rassemblés, parce que vous voulez le changement dans notre pays. Vous savez que seuls les socialistes peuvent l’offrir aux Français.

Merci à vous tous, socialistes depuis toujours, socialistes d’un jour, socialistes de demain, d’être là avec nous, ensemble, pour la bataille qui s’annonce. Merci à ce parti, ce grand parti que j’aime, qui est la force et qui se présente devant les Français avec fierté. Fierté d’avoir respecté la parité pour les élections législatives ; fierté d’avoir renouvelé autant que c’était possible nos candidats pour les élections législatives ; fierté d’avoir engagé –et il y aura encore beaucoup à faire- la diversité des quartiers, des origines, des couleurs, pour représenter la société française.

Nicolas Sarkozy a lancé, au Havre nous dit-on, son appel ; il veut une majorité à sa main pour mener sa politique à sa guise. Nous lançons donc notre appel de Paris : nous voulons une majorité de gauche pour prêter main-forte aux Français et leur donner non pas la rupture par rapport au pacte social ou au pacte républicain, mais l’espérance, l’espérance d’être demain une France plus juste et plus forte.

Nous sommes bien conscients des dangers qui s’annoncent et de l’adversaire qui est devant nous. C’est tout de même une machine infernale. Il veut tout dévorer, tout absorber, tout broyer, tout digérer. Face à ce pouvoir vorace, il faut une gauche coriace et nous le serons dans les jours qui viennent.

Depuis le 6 mai, tout est fait pour décourager le vote. On veut donc décourager le vote, déconsidérer l’enjeu. Il n’y aurait même plus à voter ; il suffirait d’entendre le Président de la République demander sa majorité pour qu’elle lui soit donnée. Comme par décret, avant même que les Français n’aient voté. On veut dévaluer l’adversaire ; nous n’aurions même pas le droit de gagner ; cela nous serait interdit. Nous avons donc le devoir de gagner ces élections législatives.

C’est un devoir non pas pour nous-mêmes, pour être plus nombreux à l’Assemblée nationale –encore que cela ne fait pas de mal !

Notre devoir est vis-à-vis des Français, de tous ceux qui nous attendent, qui nous espèrent, qui veulent une politique équilibrée, qui veulent du changement, mais pour le meilleur pas pour le pire, et qui veulent comprendre le sens de ces élections législatives.

Discours de François Hollande – Meeting à Bordeaux

23-05-2007

Chers Amis,

J’ai plusieurs raisons fortes d’être parmi vous, en tant que Premier secrétaire, à Bordeaux. La première est pour saluer le résultat de Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle en Gironde. Si tous les départements français avaient fait aussi bien, cela aurait un autre visage, convenons-en ! La deuxième est que nous sommes pris par l’esprit de conquête. Si nous sommes rassemblés ce soir, ce n’est pas simplement pour garder nos 5 circonscriptions –même s’il faut se battre pour les garder-, mais c’est aussi pour en conquérir d’autres car, il y en a d’autres, en Gironde, à gagner. Et, si j’en cite une parmi d’autres –il ne faut pas y voir malice-, c’est bien parce que nous voulons, au-delà de la parité, limiter le cumul des mandats ; il nous paraît très important que Michèle Delaunay puisse être la prochaine députée de Bordeaux. Nous ne voulons pas de mal à Alain Juppé, mais nous voulons tout simplement qu’il ne soit pas trop accaparé : maire de bordeaux depuis peu, Ministre du développement durable… tout un programme ! Et maintenant, candidat député. Non ! Nous allons y mettre bon ordre, un ordre juste, et ce sera Michèle Delaunay qui vous représentera.

Conseil national du 12 mai 2007 : intervention de François Hollande

12-05-2007

Chers Camarades,

Nous sortons d’une élection présidentielle qui a été d’une rare intensité. La mobilisation a été exceptionnelle et, à bien des égards, cette élection présidentielle marque des ruptures politiques profondes.

La première : dans la crise démocratique, il y a eu pour cette élection une participation civique qui a atteint un niveau inégalé sous la Vè République (85 %).

La deuxième : en souvenir, sûrement mais pas seulement, du 21 avril 2002, un vote utile qui s’est imposé à gauche comme à droite.

La troisième : il y a eu, malgré l’émergence d’un centre, un renforcement de la bipolarisation qui a repris tous ses droits comme en témoigne d’ailleurs le faible nombre de votes blancs et nuls au second tour du scrutin.

La quatrième : la droite veut faire de son succès non pas une continuité, mais une rupture non pas seulement par rapport au chiraquisme, non pas seulement par rapport à la gauche, mais par rapport au pacte social lui-même, celui qui avait pu être établi en consensus, en compromis ou en lutte depuis 50 ans.